Tant qu’il ne s’est pas approché de la connaissance, l’homme passe par des hauts et des bas dans sa manière de vivre ; mais quand il a abordé à la connaissance, il ne fait plus que monter. Dès lors qu’il monte, le progrès de sa connaissance ne connaît plus de fin, jusqu’à ce que vienne le siècle de gloire et qu’il en reçoive toute la richesse. Plus un homme devient parfait en Dieu, plus il marche à sa suite. Et dans le siècle véritable, Dieu lui montrera sa Face, mais non son essence (cf. Ex 33 18-20). Car plus les justes, [ici-bas,] accèdent à la vision de Dieu, plus ils voient une énigme de sa vision, comme une image vue en un miroir mais, dans l’au-delà, ils contemplent la manifestation de la vérité.
Le feu qui prend dans du bois sec s’éteint difficilement. De même, quand la flamme divine tombe dans le cœur de celui qui a renoncé au monde, l’incendie qu’elle répand ne s’éteindra pas, il est plus vif que le feu.
Quand l’action du vin pénètre dans les membres, l’Intellect perd le souvenir exact de toute chose ; de même, quand le souvenir de Dieu s’est emparé de l’âme, il efface du cœur tout souvenir des choses visibles.
L’Intellect qui a trouvé la sagesse spirituelle est comme un homme qui a découvert un navire prêt à prendre la mer : s’il monte à son bord, il lui permet de traverser la mer de ce monde et d’atteindre l’île du siècle à venir. Telle est en ce monde la sensation des choses à venir : elle est comme une petite île dans la mer ; celui qui s’en approche n’a plus à peiner sur les vagues [que soulève] l’imagination dans le siècle présent.
Quand un marchand a écoulé toute sa cargaison, il se hâte de revenir à sa maison ; de même, tant que le moine se trouve dans la phase « pratique » de sa vie spirituelle, il s’attriste d’avoir à se séparer de ce corps ; mais quand il a ressenti dans son âme qu’il a « racheté le temps »1 et qu’il a reçu les arrhes du siècle à venir, c’est lui qu’il désire. Tant que le marchand est sur la mer, la crainte habite ses membres, car il a peur que la tempête ne se lève et que ne soit englouti l’espoir qu’il mettait dans son travail ; de même, tant que le moine est en ce monde, la crainte impose sa marque à la vie qu’il mène, car il a peur que la tempête ne se lève contre lui et que ne soit perdu le travail qu’il a accompli depuis sa jeunesse jusqu’à sa vieillesse. Le marchand guette la terre ferme, et le moine l’heure de la mort.
Le marin observe les étoiles quand il navigue en pleine mer, car c’est aux étoiles qu’il se fie pour diriger son navire jusqu’à ce qu’il ait atteint le port. De même, le moine observe sa prière, car c’est elle qui le met sur la voie droite et dirige sa marche vers le port où le mène la vie qu’il passe à prier à toute heure. Le marin cherche à apercevoir l’île où il pourra accoster et s’approvisionner, avant de se diriger vers une autre île. Ainsi navigue le moine tant qu’il est en cette vie. Il passe d’île en île, c’est-à-dire de connaissance en connaissance. Au fur et à mesure que se succèdent les îles, et donc les connaissances, il progresse jusqu’à ce qu’il quitte la mer et parvienne au terme de son voyage, à la Cité véritable. Là, les habitants n’ont plus à faire du commerce, mais chacun se repose, [jouissant] de sa richesse. Bienheureux celui dont les marchandises n’ont pas été englouties dans ce monde vain, dans les profondeurs de la grande mer. Bienheureux celui dont le navire ne s’est pas brisé et qui, avec joie, est parvenu au port.
Le nageur plonge nu dans la mer, jusqu’à ce qu’il ait trouvé la perle ; de même, le moine sage traverse nu cette vie, jusqu’à ce qu’il ait trouvé en lui-même la perle, Jésus-Christ. Et quand il l’a trouvée, il ne cherche plus à posséder quoi que ce soit d’autre qu’elle. La perle se garde dans les trésors, et les délices du moine se préservent au sein de l’hèsychia.
Il est préjudiciable pour la vierge de se trouver dans les assemblées et au milieu de la foule ; de même il n’est pas bon pour l’Intellect du moine que celui-ci ait de nombreuses rencontres.
Où qu’il se trouve, l’oiseau regagne son nid pour y faire ses petits ; de même le moine qui a du discernement se hâte vers sa demeure pour y produire le fruit de vie.
Le serpent, lorsque tout son corps est meurtri, protège sa tête ; de même, le moine sage préserve en tout temps sa foi, qui est le fondement de sa vie.
Le nuage cache le soleil ; de même, beaucoup de paroles recouvrent l’âme qui commence à être illuminée par la contemplation dans sa prière.
L’oiseau que l’on appelle héron, disent les sages, est rempli de joie et d’allégresse quand il s’éloigne des régions habitées et s’en va demeurer dans un lieu désert ; il en va de même de l’âme du moine ; celui-ci reçoit la joie céleste lorsqu’il s’éloigne des hommes, s’en va habiter dans le pays de l’hèsychia et y attend le temps de son exode.
On dit de l’oiseau que l’on appelle sirène que tout voyageur qui entend son chant mélodieux en est si captivé qu’il oublie, à cause de la douceur de ce chant, la vie elle-même ; il tombe et meurt. La même chose se produit pour l’âme : quand la douceur céleste entre en elle par l’exquise mélodie des paroles de Dieu que perçoit la sensibilité spirituelle de son Intellect, l’âme tout entière en est si ravie qu’elle oublie la vie corporelle, enlève à son corps tout appétit, et s’élève vers Dieu au-delà de cette vie.
Saint Isaac le Syrien, Discours ascétiques, 73, 9-21,
Trad. R.P. Placide Deseille, Monastère Saint Antoine le Grand et Monastère de Solan, 2006
1. C.-à-d. qu’il a su mettre à profit le temps de sa vie terrestre pour le bien de son âme, Ép 5, 16.

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