Le père archimandrite Sophrony Sacharov (1897 – 1993) a été l’un des plus grands pères spirituels de l’Église Orthodoxe du 20è siècle. Les pères spirituels, pour nous les orthodoxes, ce sont nos Pères dans l’âme qui nous conseillent dans l’Esprit Saint sur la voie du salut. D’origine russe, le Père Sophrony a vécu pendant plusieurs années sur la Sainte Montagne de l’Athos, aux côtés de Saint Silouane du Mont Athos († 1938), et à partir de 1950 en France, où il a fondé une communauté monastique avec laquelle il s’est ensuite installé en 1957 en Grande Bretagne, dans l’Essex. C’est là qu’il s’est endormi dans le Seigneur en 1993. En 2019, il a été canonisé. Le Monastère Saint Jean Baptiste de l’Essex est le monastère orthodoxe le plus connu en Occident. Des moines et des moniales d’origines les plus diverses y vivent. Homme d’une culture vaste, le Père Sophrony a découvert dans son Maître, Silouane, un moine simple – que la plupart des gens ignoraient –, mais rempli du Saint Esprit, un homme dans lequel le Saint Esprit avait accompli son union ontologique avec l’humanité et la création entières.
Car le Bienheureux Silouane avec son cœur compatissant ressentait tous les hommes comme ses propres membres et souffrait avec le monde éloigné de Dieu, qui gisait sous l’emprise du malin. Il priait avec des larmes pour que tous les hommes et tous les peuples puissent connaître Dieu par le Saint Esprit. De même, Saint Silouane se sentait uni à toute la création de Dieu, qu’il respectait comme soi-même, n’osant même pas arracher une petite branche d’un arbre ou écraser un insecte. Le Père Sophrony a fait connaître au monde Saint Silouane, en publiant ses écrits, d’une simplicité et d’une richesse véritablement évangélique, traduits déjà dans plus de 20 langues. Surtout l’expression : « Tiens ton âme en enfer et ne désespère pas », entendue par Silouane de la bouche du Sauveur Lui-même, s’adresse à l’homme contemporain qui vit souvent la réalité de l’enfer. Malgré cela il ne doit à aucun instant désespérer ou perdre son courage dans la lutte avec les tentations et les difficultés de la vie.
Le Père Sophrony a composé plusieurs prières, parmi lesquelles la « Prière pour l’aube ». Ayant connu de près le Père Sophrony, je sais à quel point il insistait pour que toute prière se fasse avec l’attention qui lui est due et la disposition de l’âme nécessaire pour que l’esprit puisse descendre dans le cœur où siège Dieu. Malheureusement, notre cœur est souvent insensible à la présence de Dieu. Il peut s’y rendre sensible seulement par la prière, à condition que la prière « descende » de la tête (esprit) dans le cœur. Dans les moments de prière authentique, l’esprit cesse la dissipation qui le caractérise et, uni avec le cœur, trouve son repos. D’après l’Écriture Sainte et les Pères ascétiques (les grands ascètes dans la prière et le jeûne), le cœur est le centre de l’être humain, le lieu où se rassemblent comme dans un foyer toutes les puissances psycho-physiques de l’homme, qui sont autant d’énergies du cœur. L’esprit lui-même est une énergie du cœur, surgit du cœur et se répand dans tout notre être et dans tout l’univers. L’esprit, comme énergie du cœur, ne doit pas être confondu avec le cerveau qui est un organe. Lorsque nous prions avec attention et douleur pour les péchés commis, l’énergie de l’esprit, empreinte de prière, descend dans le cœur. Et au tréfonds du cœur, nous rencontrons Dieu comme une chaleur de la grâce. Nous sentons donc le cœur se remplir de chaleur, de paix et d’amour pour tous les hommes et pour toute la création. Nous nous sentons unis avec Dieu et avec toute Sa création. Mais pour y parvenir le chemin est long, il dure une vie entière. Toute la vie nous devons combattre « jusqu’au sang » (Hébreux 12, 4) avec le péché qui vite nous entoure et porter avec patience notre croix au jour le jour, en multipliant notre prière, le jeûne et les bonnes actions. La croix de la souffrance, des maladies et des afflictions, acceptées de tout cœur et mises sur le compte de nos propres péchés, s’avère être une grande bénédiction. Car cela nous aide à voir notre impuissance ontologique et à mettre tout notre espoir seulement en Dieu. La prière en temps d’épreuves descend plus facilement dans le cœur que lorsque nous sommes en bonne santé et que tout va bien.
Sachons également que le divorce entre l’esprit et le cœur produit du stress, de l’épuisement et du découragement. Seulement en unissant l’esprit et le cœur dans la prière nous acquerrons l’équilibre de l’âme dont nous avons tous tellement besoin. De là nous comprenons la nécessité absolue de la prière pour une vie harmonieuse et saine. Certes, il n’est pas facile de prier toujours avec l’esprit uni avec le cœur. Pour cela nous devons prier vraiment beaucoup, « sans cesse », selon l’exhortation du Saint Apôtre Paul (1 Thessaloniciens 5, 17). Car en priant beaucoup nous arrivons petit à petit à la prière du cœur, qui n’est plus mélangée avec aucune pensée étrangère. De même le jeûne alimentaire et une vie sobre en tout, comme le fait d’endurer les afflictions et d’accomplir les bonnes actions envers nos semblables qui se trouvent dans le besoin, aide l’esprit à descendre plus facilement dans le cœur, qui devient, petit à petit, un cœur compatissant, à savoir un cœur qui sent Dieu, les hommes et toute la création vivre en lui.
Le traitement de toutes les maladies et de toutes les épreuves que nous avons chacun d’entre nous est la prière. Prions Dieu de nous donner une prière ardente, qui aide l’esprit à ne plus s’éparpiller à l’extérieur, mais à descendre dans le cœur afin de sentir Dieu. Et lorsque nous sentons Dieu dans notre cœur nous allons sentir aussi nos semblables comme nos propres membres et nous ferons le bien spontanément, de la manière la plus naturelle, sans attendre que quelqu’un sollicite notre aide. Certes, personne ne peut ignorer la prière de l’Église dont surgit la prière personnelle en tout temps et en tout lieu. Je doute que ceux qui disent : « je prie chez moi, je n’ai pas besoin de la prière de l’Église » arriveront jamais à ressentir vraiment la prière dans leur cœur.
En conclusion, un cœur compatissant, comme celui de Saint Silouane, de Saint Sophrony et de tous les saints, récapitule en lui toute l’humanité et toute la création. Il dépasse toutes les frontières, toutes les barrières, y compris confessionnelles. Prions Dieu de nous donner un tel cœur compatissant !
† Métropolite Séraphin

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