L’homme est un microcosme, disent les Pères. En lui se concentrent toute l’humanité et toute la création. C’est pourquoi la spiritualité orthodoxe est une spiritualité du cœur. Ce que nous appelons « hésychasme » ou « vie hésychaste », c’est l’effort ininterrompu, qui se poursuit jusqu’à verser son sang contre le péché (cf. Hébreux 12, 4), avec l’aide de la grâce du Saint Esprit, afin d’arriver à la purification des passions et à la paix du cœur (les synonymes de l’« hésychie » étant la paix, la tranquillité, le calme).
En ce sens, la spiritualité orthodoxe est une spiritualité hésychaste, vécue le long des siècles par de grands ascètes, qui nous ont appris l’art du combat avec notre propre égo, enclin au péché, pour pouvoir jouir de la paix du cœur. Tout combat est mené selon certaines règles (cf. I Corinthiens 9, 24-27). Le combat spirituel est le plus difficile parce qu’il ne se dirige pas contre un ennemi visible, mais contre un ennemi invisible, contre le diable, qui « rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera » (cf. I Pierre 5, 8). Notre combat n’est donc pas contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes (cf. Éphésiens 6, 12). Même si le diable n’a aucun pouvoir sur l’homme, il réussit pourtant, par sa malignité, à le réduire en esclavage et à le détruire, si celui-ci ne sait pas comment le combattre. Il profite du penchant de la nature humaine vers le péché et concentre son combat sur les points faibles. Chaque homme a ses faiblesses propres dont il ne peut se délivrer s’il ne les reconnaît pas et s’il ne les combat pas afin de les vaincre. Le diable a raison de nous surtout par l’indifférence et par la peur. L’homme vigilant se défend des attaques de l’ennemi par la prière en toute heure et par l’abstinence de la nourriture et la boisson. L’indifférent se laisse vaincre, surtout parce que le péché est mêlé au plaisir des sens. Mais le plaisir attire, plus tôt ou plus tard, la douleur. Et fuyant la douleur, l’homme passionnel se jette à nouveau dans les bras du plaisir. C’est ainsi que le diable nous attrape dans un cercle vicieux dont nous ne pouvons sortir qu’avec beaucoup de détermination et avec l’aide d’un père spirituel expérimenté.
Le diable nous tente surtout par l’imagination. L’homme s’imagine le péché non encore commis ou déjà commis et s’en délecte, ce qui est déjà un péché. Si elle n’est pas chassée, l’imagination peut faire de l’homme un parfait esclave, même s’il s’abstient de pécher en action. C’est pour cela que les Pères ascétiques parlent de la « garde de l’esprit » ou des pensées, parce que la pensée est la porte d’entrée du péché dans le cœur. L’esprit est une énergie du cœur et ne peut trouver le repos que lorsqu’il y « descend », avec l’aide de la prière. Sinon, il se dissipe sans arrêt dans les choses extérieures. Et parce que nous passons tous le plus clair de notre temps dans les filets des soucis de ce monde, il nous est très difficile de nous concentrer dans la prière afin qu’elle « descende » de l’esprit dans le cœur. Car seulement la prière du cœur, à savoir la prière qui s’accomplit avec l’esprit uni avec le cœur, est une vraie prière, qui nous donne la paix et la joie de la communion avec Dieu et les semblables. Pourtant, nous ne devons pas renoncer à la prière, même si nous ne pouvons pas toujours prier d’une manière pure, à savoir avec la pensée circonscrite dans les paroles de la prière, comme nous l’enseigne Saint Jean Climaque. Les pères ascétiques disent que la prière pure se gagne par beaucoup de prière. C’est pourquoi le Sauveur nous incite à veiller et à prier pour ne pas tomber dans l’épreuve (cf. Matthieu 26, 41), et le Saint Apôtre Paul nous dit : « Priez sans cesse » (I Thessaloniciens 5, 17). Ainsi, petit à petit, nous arrivons à la « perception du cœur » qui représente « la perception de Dieu » (Saint Isaac le Syrien), présent dans notre cœur par la grâce que nous avons reçue au Baptême. Pourtant, la grâce du Baptême reste inerte tant que nous vivons dans l’indifférence. Elle nous quitte même lorsque nous commettons le péché. Mais elle revient si nous nous humilions et si nous tournons le dos au péché par le repentir et la confession devant le père spirituel.
La grâce du Baptême se renouvelle en nous surtout par la prière communautaire, à savoir par les Saints Sacrements, les hiérurgies et les prières de l’Église qui ont leur source dans l’Eucharistie, le Sacrement du corps et du sang du Seigneur, sans lesquels nous ne pouvons pas avoir la vie en nous. « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’avez point la vie en vous-mêmes. » (Jean 6, 53). Une vie hésychaste est inconcevable en dehors de l’Église, à savoir sans la participation à la Sainte et Divine Liturgie et la communion fréquente au corps et au sang du Seigneur. Les ermites vivaient dans la solitude, la prière et l’ascèse ininterrompues, mais le samedi et le dimanche ils participaient à la synaxe liturgique et communiaient aux Saints Sacrements.
La Divine Liturgie fait descendre le ciel sur la terre, unit le ciel et la terre. C’est la création humaine la plus élevée, tout ce que l’homme a pu créer de plus beau pour cultiver son âme, l’ennoblir et la rendre parfaite. La culture humaine a son origine dans le culte religieux, c’est un prolongement de celui-ci. Une création cultive l’homme dans la mesure où elle est plus proche du culte apporté à Dieu et s’en inspire.
† Le Métropolite Séraphin

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