Nous vivons aujourd’hui, sans aucun doute, la plus grande crise du Christianisme de toute son histoire, à cause du matérialisme et de l’individualisme de la société industrielle, ainsi que de la morale libérale qui mène à l’esclavage spirituel. Notre monde s’appauvrit spirituellement à mesure qu’il se développe du point de vue technique et scientifique. Nous faisons la douloureuse constatation que le système économique de notre civilisation planétaire est fondé sur l’égoïsme. Nous produisons pour satisfaire le désir toujours davantage de produits, besoins que nous inventons continuellement et nous stimulons jusqu’à la pathologie les impulsions sexuelles. Le principe du plaisir est le fondement du libéralisme économique. Prisonnier de l’image, l’homme moderne, privé des fondements et de l’expérience de la vie en Christ, perd non seulement le sens du bien et du mal, mais aussi le sens du péché, à savoir de la responsabilité devant Dieu. Aujourd’hui peu de gens savent encore ce que signifie dans le christianisme la vérité inchangeable qui engendre les lois morales éternelles et les lois naturelles. Beaucoup de vérités, jadis évidentes pour tout le monde, sont loin aujourd’hui d’être perçues comme telles : que signifie la famille, que signifie au sein de la famille l’homme et la femme ? La vérité fondamentale sur laquelle est basée la famille naturelle comme union entre un homme et une femme est relativisée par les théories du genre, par la famille monoparentale ou par la réduction de la famille à un contrat qui peut être rompu à tout moment et autant que l’on veut. La globalisation et la sécularisation pénètrent avec puissance jusque dans l’Église !
Le phénomène de la globalisation nous préoccupe surtout nous, les Roumains, qui avons le plus grand taux d’émigration économique parmi tous les peuples européens : plus de sept millions de Roumains ont quitté leur pays après sa libération de la dictature communiste. Ceci représente un tiers de la population du pays. La Roumanie est un pays effectivement en voie de disparition !
La mission de l’Église en Occident est de trouver ces co-nationaux répandus partout, jusque dans les moindres villages, et de les aider à trouver un « chez eux » dans une communauté paroissiale que nous ne pouvons former qu’avec de grands sacrifices, à cause du manque de lieux de culte et de moyens financiers.
Pourtant, en tant que chrétiens, nous ne pouvons pas être pessimistes. Dieu œuvre aujourd’hui encore d’une manière mystérieuse, peut-être plus que dans le passé, justement parce que « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Romains 5, 20). Nous constatons ainsi chez beaucoup de gens, surtout des jeunes, l’existence d’un « besoin religieux », la recherche du sens de la vie qui ne peut être autre que Dieu. Et ces jeunes qui s’engagent dans l’Église sont plus exigeants dans leur manière de vivre la foi et leur respect envers la Tradition que les personnes âgées. Le recherche de Dieu est évidente aussi chez beaucoup de gens qui se trouvent dans la difficulté. Il paraît que dans les épreuves, plus que dans d’autres situations, l’homme cherche Dieu dont il attend l’aide et la délivrance dans son chagrin. Et Dieu aide et soulage ceux qui mettent leur espérance en Lui : « tous ceux qui espèrent en Toi ne seront point confondus » (Psaume 24, 3).
Si jadis, dans la société chrétienne traditionnelle, le prêtre attendait que les fidèles viennent à l’église pour les faire communier au Christ présent dans Sa Parole et dans le Sacrement de l’Eucharistie, aujourd’hui il doit aller à leur recherche, là où ils se trouvent : chez eux, à l’hôpital, sur leur lieu de travail, dans la rue… afin de les ramener au bercail de l’Église. Jésus dit à Ses disciples qu’Il était « ému de compassion pour la foule, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont point de berger » (Marc 6, 34), et il les envoie à la recherche de la brebis perdue. La mission se tourne en premier lieu vers les brebis perdues, dépourvues de toute orientation spirituelle. Notre mission pastorale ne vise plus des masses de fidèles qui écoutent pieusement la parole du prêtre, car ces masses n’existent plus, mais elle devient personnelle, tournée vers chaque fidèle en particulier. Dans ce sens, nous, les orthodoxes, nous avons à disposition le Sacrement de la Confession, un moyen de service pastoral individuel extrêmement important, qui peut créer entre le prêtre et le fidèle un lien spirituel semblable à celui entre un Père et son fils.
Je crois que nous, les chrétiens, et en premier lieu les serviteurs de l’Église, par notre peu de foi et par l’asservissement à ce monde, nous sommes les premiers responsables de la grande crise du christianisme d’aujourd’hui. Lorsque le sel perd sa saveur, il ne sert plus qu’à être jeté dehors (Matthieu 5, 13) ! La responsabilité incombe aussi à nos théologies scolastiques, qui, séparées de la source vive de la Liturgie, de la prière mystique et de l’ascèse, nous ont habitués à un exercice purement intellectuel de la foi et à des systèmes qui conceptualisent la vie et la réduisent au rationalisme. L’homme d’aujourd’hui, saturé d’informations et connaissances abstraites, a besoin d’une parole vivante et aimante, qui touche son cœur. Il a besoin d’exemples qui incarnent vraiment l’amour de Dieu et de communautés eucharistiques accueillantes qui le soutiennent dans sa recherche spirituelle ; de communautés capables de dépasser toute division, et qui soient un ferment pour l’unité du monde.
† Le Métropolite Séraphin

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