Ajouté le: 5 Mars 2018 L'heure: 15:14

Le témoignage d’un autre type de commencement

Au mois de mars 1998, la communauté orthodoxe roumaine d’Europe Occidentale et Méridionale a reçu un jeune chiriarque, élu par les représentants des paroisses et validé par le Saint Synode de l’Église Orthodoxe Roumaine.

En ce temps-là, je me trouvais à Paris, pour des Études approfondies et un doctorat en droit canon, et j’étais maître assistant à la Faculté de Théologie de Cluj-Napoca. À partir de ce moment et jusqu’à aujourd’hui j’ai été impliqué dans l’activité administrative de l’éparchie et j’ai participé aux principaux moments de la vie de l’Archevêché et de la Métropole.  En cette heure anniversaire, je me permets d’apporter ces lignes en témoignage, tout en rendant gloire à Dieu pour tout ce qu’Il a permis de faire avec Sa bénédiction le long de ces 20 ans. 

Je me rappelle que les premiers jours de l’activité administrative du nouveau hiérarque ne ressemblaient pas du tout à ce que je connaissais d’une administration éparchiale au pays. Les conseillers de l’éparchie, de braves gens, pour une part des Français convertis à l’orthodoxie, mettaient au service de l’Église leur temps libre, et dans ces conditions, les réunions de travail avaient lieu une fois par mois, le travail quotidien étant accompli pour la plupart par Son Éminence le Père Joseph appuyé par quelques collaborateurs volontaires. On ne pouvait pas parler d’un appareil administratif, dans  la mesure où les conditions matérielles faisaient défaut, ainsi que les bureaux proprement-dits et la cathédrale épiscopale. On ne pouvait même pas espérer des bureaux ou une résidence épiscopale, vu que les prix des immeubles et les loyers à Paris étaient inaccessibles pour l’éparchie en cours de réorganisation. 

Dans ces conditions, tout devait être démarré à partir de zéro. 

Une personne bénie de Dieu, la Mère Anastasia, professeur universitaire à la retraite, vivant dans un monastère orthodoxe où Son Éminence avait été prêtre et père spirituel pendant quelques années, a mis à la disposition de notre Archevêché pour une période déterminée l’appartement laissé en héritage à ses enfants, qui étaient partis à l’étranger pour des études. Ce geste fut un don du ciel. L’appartement situé non loin de l’Arc de Triomphe à Paris a servi pendant de plus de deux ans comme résidence épiscopale, siège administratif et chapelle épiscopale.

Quelques familles s’étaient déjà liées au Père Joseph dès l’époque où il étudiait à Paris et était prêtre servant du monastère de Bussy-en-Othe. L’une d’entre elles, dès l’époque où Son Éminence le Métropolite Séraphim était locum tenens de l’Archevêque, avait reçu la bénédiction de transformer en chapelle un abri de jardin d’environ 7 mètres carrés. C’est ici, dans l’atmosphère des veilleuses qui éclairaient deux icônes royales peintes par un iconographe d’Égypte spécialement pour ce lieu, que Son Éminence a célébré les premières liturgies pontificales. Même s’il y avait eu plus de prêtres et de diacres, il n’y avait pas la place pour le service, c’est pourquoi on ne remarquait pas l’absence de la synaxe, la synaxe des anges étant sans doute présente. 

L’intimité d’un tel lieu de culte et la proximité entre l’évêque et les quelques fidèles apportait un état de communion difficile à décrire avec des mots.

Le besoin d’un lieu de culte en région parisienne se faisait ressentir de plus en plus. Dieu a permis à un proche du nouveau hiérarque de trouver une petite église en bois, construite par la communauté norvégienne à Sèvres ville d’Avray, à proximité de Versailles.

Pour ceux qui  l’ont vue même avant qu’elle soit louée, elle fut sans doute un signe de la Providence. L’archevêque orthodoxe roumain de Paris, venu du pays des églises en bois du Maramureș, célébrait dans une «cathédrale» en bois dans la ville des lumières. 

C’est ici que s’est formée la première communauté autour du nouveau hiérarque. Trois, cinq, quinze, trente fidèles et deux mois après la petite église était déjà trop étroite. Il était évident que le problème n’avait pas été résolu, mais il était déjà certain qu’autour du hiérarque se constituait une communauté de gens désireux d’une vie ecclésiale naturelle, où les pasteurs et les ouailles se réjouissent simplement de la communion en Christ.  Il y avait une atmosphère comme je n’en avais jamais vu auparavant. Le pasteur était le catalyseur. Comme nous n’avions accès à la petite église que pour les fêtes, les maisons des proches se sont transformées naturellement en lieu de culte pour les offices du carême, pour les hymnes acathistes, les paraclisis, la prière du cœur. C’est là que j’ai senti d’une manière directe la valeur des paroles de Saint Ignace d’Antioche qui montre que là où se trouve le pasteur entouré du clergé et des fidèles, là se trouve l’Église.   

En même temps l’Archevêque a commencé à visiter ses paroisses. À l’époque s’étaient organisées seulement 30 communautés environ dans toute l’Éparchie, dont certaines étaient constituées de français convertis à l’orthodoxie. De ces orthodoxes qui ont vécu la conversion, nous avons beaucoup appris sur le besoin de vivre la foi dans la simplicité et la beauté du cœur qui acquiert la tranquillité en comprenant le Mystère du Royaume. 

L’archevêque faisait preuve dès le début d’un esprit missionnaire dynamique. Pour la première fois j’ai vu un homme qui pouvait être disponible, lucide, avoir un conseil spirituel pour le cœur de chacun même après seulement quelques heures de sommeil, entre deux voyages de milliers de kilomètres au volant d’une voiture qui elle aussi touchait au bout de ses forces. Après seulement quelques semaines, le nouveau hiérarque est arrivé à traverser l’Europe, de la Suisse au Portugal et de Sicile en Irlande du Nord, et partout où il allait il laissait quelque chose de l’enthousiasme et la joie de vivre la foi. Les quelques prêtres qui étaient déjà présents dans les différentes régions des pays de l’Archevêché ont bientôt compris la dynamique missionnaire et les fruits n’ont pas tardé à paraître. Les paroisses se multipliaient d’un mois à l’autre. 

Entre ses voyages missionnaires, le Père Joseph confessait et soutenait spirituellement les membres de la communauté de Paris, dans la petite chapelle de l’appartement rue Théodore de Banville.

À un moment donné, en revenant d’une réunion qui avait eu lieu à l’Institut Saint Serge, qui suivait une nuit de confession et de veille après un assez long voyage, je lui ai demandé, affligé de voir son état de fatigue qui s’approchait de l’épuisement : « Jusqu’à quand vous pensez pouvoir tenir ainsi ? » La réponse m’a désarmé : « Tout le temps que je porterai l’encolpion. Si je ne peux pas vivre ainsi mon service d’évêque, je peux rester un simple moine ». 

Je me suis dit dans mon cœur qu’il n’y avait rien d’autre à faire que d’essayer autant que possible de porter les charges qu’il pouvait nous confier, si cela pouvait alléger un peu son fardeau. 

Le père Cyprien, brave servant, ancien collègue de service à Bussy-en-Othe, a pris de plus en plus de responsabilités pastorales dans la petite chapelle en bois, alors que le Hiérarque était en mission, et pour le chant et le secrétariat, Dieu a fait venir d’Italie un autre théologien à l’esprit de sacrifice, le père Jean-Cassien, actuellement l’Evêque Orthodoxe Roumain du Canada.  On était déjà une équipe qui s’était approprié l’esprit du Père. En absence des lieux de culte nous transformions en églises les parcs – les bancs se transformaient en chaire de conseil spirituel – et les maisons de ceux qui sentaient le besoin de s’approcher de Dieu. 

Nous avions de merveilleux fidèles : des étudiants, des ingénieurs, des médecins, des artistes, des ouvriers, mais aussi de nouveaux immigrants à la recherche d’une meilleure vie à l’étranger. Les jeunes se sentaient à l’aise aux côtés du jeune archevêque et se sont beaucoup rapprochés, appréciant la joie d’une vie religieuse sans moyens matériels mais remplie de contenu spirituel.

La petite église en bois était trop étroite et la première fête de Pâques a prouvé encore une fois la nécessité de trouver un autre lieu de culte. 

Par la miséricorde de Dieu et la disponibilité du responsable de l’église Saint Sulpice de Paris, à la fin de l’année 1998 on nous a prêté la chapelle du sous-sol de l’église du quartier latin. C’est là que chaque samedi soir nous préparions avec le hiérarque le lieu de culte, en posant les icônes et les objets de culte, et dimanche après la Divine Liturgie nous les enlevions. La première iconostase mobile a été réalisée par l’un des scénographes les plus réputés au monde, un Roumain, dans les ateliers de l’Opéra de Paris. Il était constitué de quatre panneaux peints, sur lesquels étaient posées des icônes réalisées par un jeune orthodoxe roumain, qui a abandonné le métier de comédien pour le service de l’autel. 

La crypte de Saint Sulpice fut les catacombes qui ont vu renaître la paix de la communauté roumaine de Paris. Ceux qui ont vécu la beauté et la paix des prières de cet endroit peuvent comprendre la manière dont Dieu élève ce qui est humble. Maintenant encore, la communauté de Saint Sulpice a un charisme particulier.

À l’automne 1998, Dieu a amené à Paris des étudiants et des étudiantes en théologie, qui se sont engagés dans le service de l’Église et déjà la mission pouvait être développée. Certains ont pris la voie du monachisme, d’autres celle du service de l’autel en tant que prêtres. 

Pour l’amour de Son Éminence, les fidèles se rassemblaient en groupes de prière et à côté des étudiants et des simples ouvriers, des gens d’une grande culture et des artistes s’intégraient aux communautés en apportant des amis qui découvraient, loin du pays, un autre type d’Église. Je dis un autre type parce qu’il n’y avait pas le faste des églises et les cérémonies auxquelles nous étions habitués dès l’enfance. Tous les lieux de culte étaient improvisés mais avaient l’éclat de la simplicité et de l’esprit de sacrifice. 

Même si nous étions déjà quelques prêtres à entourer le hiérarque, il n’arrivait pas que nous célébrions en synaxe parce que lorsque Son Éminence se trouvait à Paris, chacun était envoyé en un autre lieu pour rassembler les fidèles disséminés à travers toute la France. La même chose arrivait en Italie et en Espagne, au Portugal, en Suisse, en Belgique, au Royaume-Uni de la Grande-Bretagne, en Irlande du Nord. Les prêtres venus pour étudier, une fois qu’ils avaient compris l’esprit missionnaire dans lequel était réorganisée l’œuvre pastorale dans cette partie de l’Europe, encouragés par les prêtres qui étaient déjà dans ces pays, parcouraient des centaines de kilomètres pour soutenir les Roumains dans tous leurs besoins spirituels. 

Tout ce qui tenait à l’église était contenu dans une valise, et tout endroit tant soit peu décent était transformé en lieu de prière. Chacun donnait quelque chose du peu qu’il avait et nous nous réjouissions tous de la miséricorde de Dieu. 

Même s’il n’y avait pas encore beaucoup d’immigrants roumains en Europe Occidentale, on observait déjà un rythme de croissance de la présence roumaine qui annonçait un vaste terrain de mission. 

Pendant la seconde moitié de l’année 1999, il était déjà évident que la structure organisationnelle de l’Archevêché devait s’adapter aux nouvelles réalités. Ainsi, après la modification du Statut canonique de l’Archevêché, on a esquissé une structure d’organisation qui puisse évoluer selon les besoins. Ont été fondés quatre vicariats : de France, d’Italie, d’Espagne et du Portugal, du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l’Irlande du Nord, avec leurs doyens pour chaque pays. 

Prenant en compte cette évolution, le grand nombre de paroisses nouvellement fondées dans toutes ces régions et les perspectives à venir, en février 2000, l’Archevêché Orthodoxe Roumain d’Europe Occidentale et Méridionale a été organisé, par Décision du Saint Synode de l’Église Orthodoxe Roumaine, en Métropole Orthodoxe Roumaine d’Europe Occidentale et Méridionale, et Son Éminence l’Archevêqu Joseph a été élevé au rang de Métropolite ; en même temps, avait lieu l’ordination du premier évêque vicaire, Son Excellence Silouane de Marseille. 

L’absence d’un siège administratif était très pesante. L’appartement prêté en 1998 devait être libéré et rien ne laissait espérer une embellie.  Il y avait des rumeurs selon lesquelles l’État Roumain possédait en région parisienne un immeuble qui n’était utilisé qu’occasionnellement, mais les informations restaient non officielles. Au mois de septembre 2000,  Son Éminence l’Archevêque  Joseph a commencé les démarches pour solliciter l’appui en vue d’obtenir l’usage de cet immeuble. Même si initialement les réponses n’étaient pas encourageantes, vers la fin de l’année 2000 nous avons reçu l’annonce que l’immeuble situé à environ 30 km de Paris pouvait être donné en usage à l’éparchie pour une période déterminée. C’est ainsi que le 1er décembre 2000, le siège administratif de la Métropole Orthodoxe Roumaine de l’Europe Occidentale et Méridionale a été inauguré à Limours. 

C’est toujours par l’œuvre de Dieu que, dans la cour de cet immeuble, en 2003, a été construite une église en bois. Cette église est devenue chapelle métropolitaine, lieu de culte du monastère organisé dans le cadre de la résidence métropolitaine.  

La pertinence et la cohérence de la vision pastorale-missionnaire de l’année 2000 se sont avérées être providentielles. Le nombre des communautés s’est multiplié par dix autour des prêtres accueillis par notre métropole, par l’appui des chiriarques et des facultés de théologie du pays. Pour être prêtre dans la diaspora, au-delà des connaissances linguistiques et pastorales-missionnaires, l’un des critères était aussi la capacité de s’adapter aux conditions de vie de cette partie de l’Europe, y compris la possibilité d’assurer sa propre autonomie financière par des compétences professionnelles complémentaires. 

Ainsi, grâce au grand nombre de roumains établis à l’ouest et au sud de l’Europe, on est arrivé à compter, vers la fin de l’année 2008, dans les 4 vicariats, autour de 400 paroisses orthodoxes roumaines et 6 communautés monastiques. 

Après l’intronisation de Sa Béatitude le Patriarche Daniel,  avec la réorganisation statutaire de l’Église Orthodoxe Roumaine en 2008, sur la structure déjà posée en 2000, on a fondé l’Évêché d’Italie (fondée en 2007; Mgr Silouane a été intronisé le 8 mai 2008) et l’Évêché d’Espagne et du Portugal (fondée en 2008; Mgr Timothée a été intronisé le 25 mai 2008), intégrés à la structure canonique métropolitaine prévue à cet effet, autour de l’Archevêché d’Europe Occidentale ayant son siège à Paris. Le couronnement de ce processus a été représenté par l’unification de la communauté orthodoxe roumaine de Paris, la cathédrale historique des Roumains de Paris devenant cathédrale métropolitaine. Ce lieu de culte est aujourd’hui la Cathédrale d’une Métropole avec plus de 700 lieux de culte et de service missionnaire.

Dans l’immeuble attenant a été installé le Centre orthodoxe d’Études et de Recherches « Dumitru Stăniloae » inauguré en 2009 par Sa Béatitude le Patriarche Daniel. Cette institution théologique s’est fixé comme objectif d’appuyer l’œuvre apostolique dans cette partie de l’Europe, mettant à disposition du clergé et des fidèles des modules de formation en théologie, de façon à ce que les vocations soient soutenues aussi bien au niveau spirituel qu’au niveau intellectuel. 

En ce temps d’anniversaire nous rendons grâce à Dieu pour tout !

P. Patriciu-Dorin Vlaicu, Conseilleur Canonique et Doyen de la Belgique

 

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