Ajouté le: 1 Septembre 2017 L'heure: 15:14

L’homme et la création

Le thème de la création et de l’environnement nous préoccupe aujourd’hui de plus en plus, parce que nous assistons à une dégradation sans précédent de la nature, qui menace l’existence même de l’humanité. La perspective de la destruction irrémédiable des ressources naturelles ne peut laisser indifférent aucun d’entre nous. Entre l’homme et la création il y a une relation ontologique. L’homme, disent les Pères de l’Église, est un microcosme ; il récapitule en lui-même toute l’humanité et toute la création. Seul le péché pétrifie notre coeur pour que nous ne ressentions plus cette merveilleuse unité !

Le péché de l’homme, à savoir son envie démesurée, est la raison principale de sa souffrance. Le plaisir égoïste transforme les autres en instruments de pouvoir et de profit, et transforme la relation en proie à ravir pour la satisfaction des besoins personnels. Mais pour les chrétiens, les créatures et la création même ne sont pas des « choses » ou des « objets » qui puissent être exploités sans aucun respect. Selon notre foi, l’homme a reçu de son Créateur une triple dignité : royale, prophétique et sacerdotale. La dignité royale rend l’homme responsable devant Dieu et ses créatures. Adam a reçu le pouvoir de régner sur toute la création et la sagesse de donner des noms à tous les êtres vivants (cf. Gn. 1, 28 ; 2, 19-20). Mais la dignité royale ne signifie pas de régner en despote ; au contraire, elle représente une sollicitude envers toute la création. Plus encore ; étant lui-même doué du pouvoir de créer, l’homme a le devoir d’embellir la création de Dieu par ses propres créations.

En vertu de la dignité prophétique, l’homme est doué de sagesse, afin de connaître Dieu et Sa volonté. La volonté de Dieu se découvre à l’homme dans la mesure où il garde le lien avec Dieu par la prière et l’obéissance à Ses commandements. Ainsi, l’homme progresse dans la connaissance de Dieu et dans Son amour, expérimente une relation vivante avec Lui, se rend de mieux en mieux compte du fait que « Dieu est tout en tout », car « en Lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes 17, 28). En même temps, l’homme progresse dans la connaissance des "raisons divines" des créatures. Chaque créature a une raison, un sens, elle sert à quelque chose. Rien n’existe au hasard ! Et notre devoir est d’utiliser la raison qui nous a été donnée afin de découvrir tous ces mystères de Dieu qui se cachent dans chaque créature, dans chaque existence. C’est alors que l’homme devient vraiment un prophète de la création.

En tant que sacerdote de la création, l’homme est appelé à offrir la création et soi-même à Dieu, Qui donne la vie à tout ce qui existe. Dans l’Eucharistie, nous offrons à Dieu les éléments fondamentaux qui entretiennent notre vie terrestre : le pain et le vin, et nous recevons en échange ce qui nous rend véritablement vivants. Mais en même temps nous nous offrons nous-même et l’un l’autre et toute notre vie, avec celle de tous les êtres auxquels nous sommes ontologiquement liés. Par le Baptême, le Christ a restauré en nous ces trois dignités : royale, prophétique et sacerdotale. Cependant, la grâce du baptême ne nous renouvelle pas si nous ne participons pas nous-mêmes à son œuvre par la foi et par l’ascèse. Car en tout nous sommes ouvriers avec Dieu (cf. I Cor. 3, 9). Seulement par la foi et par l’ascèse, la grâce peut vaincre dans l’homme ses penchants passionnels qui entretiennent « l’ancien homme ». L’ascèse de la prière, du jeûne alimentaire, de la lutte contre les passions afin d’obtenir les vertus, soutenue par la grâce des Saints Sacrements, approfondissent en nous la conscience de l’unité ontologique de toute l’humanité et de toute la création. Le changement d’attitude envers la création commence donc par le changement de notre propre cœur avec l’aide de l’ascèse.

La spiritualité orthodoxe est une spiritualité par excellence ascétique. Nous, les orthodoxes, nous sommes convaincus que la foi chrétienne doit transformer et sanctifier l’homme dans sa réalité complexe et indivisible : esprit, âme et corps. Ceci est impossible à défaut d’une ascèse compréhensive, qui concerne toutes ces trois composantes de l’être humain dans son unité.

Nous avons mentionné plus haut l’ascèse de la prière, du jeûne alimentaire et de la lutte contre les passions. Que signifie l’ascèse de la prière? Le simple fait de trouver chaque jour un peu de temps pour la prière et de nous évertuer à participer à la Divine Liturgie chaque dimanche est déjà une ascèse. Une ascèse plus grande encore, c’est l’effort que nous faisons pour nous concentrer dans la prière, afin que notre esprit ne se dissipe pas, mais descende dans le cœur, pour que la prière devienne petit à petit une « prière du cœur ». C’est seulement lorsque nous prions avec « l’esprit dans le cœur » que la prière engage tout notre être et le sanctifie. C’est à ce moment-là seulement que nous allons sentir vraiment la joie de la prière. Et ceci parce que le cœur est le centre de l’être, là où se concentrent comme dans un foyer toutes les forces psychiques et physiques de l’homme et où se cache la grâce du baptême. Une telle prière conduit petit à petit à « sentir le cœur, ce qui signifie sentir Dieu » (Saint Diadoque de Photicé). Notre cœur se remplit de compassion pour tous les hommes, pour les animaux et les plantes, pour tout ce qui existe. Nous vivons ainsi de la manière la plus réelle l’unité ontologique avec toute la création, nous devenons un avec tous et avec tout ce qui existe ! A ce moment-là, nous ne serons plus capables de faire le moindre mal à aucune créature. Au contraire, nous allons souffrir avec tous ceux qui souffrent et avec toute la création qui soupire elle-aussi, en attendant la délivrance du péché de l’homme qui la défigure et la détruit par son avidité.

A son tour, l’ascèse du jeûne alimentaire soutient la prière, aide l’esprit à descendre dans le cœur et met un frein aux envies pécheresses qui détruisent l’homme. « Personne ne peut prier avec un estomac plein », dit un précepte ascétique. Parce que le ventre repu attire l’esprit dans les sens, qui les allume d’une envie charnelle. Alors la prière devient impossible.

La pratique du jeûne confirme que celui-ci est une grande bénédiction, aussi bien pour l’âme que pour le corps. C’est intéressant de savoir qu’aujourd’hui certaines études médicales recommandent deux jours de jeûne par semaine, où l’homme s’abstienne totalement de manger et de boire pendant au moins 20 heures. Le jeûne est donc une source de santé pour l’âme et pour le corps. L’abstention de manger et de boire conduit l’homme à la maîtrise de soi, à une vie mesurée en tout, au respect des autres hommes et au respect envers la nature environnante.

En même temps, la prière et le jeûne sont un moyen pour chasser les passions, tout comme une source de force et d’espérance pour porter notre croix quotidienne. Les difficultés et les souffrances qui n’épargnent personne ne peuvent être portées sans prière et sans abstinence. Il est important de comprendre que ceci représente la conséquence de nos péchés et non pas le châtiment de Dieu, Qui permet cela en vertu de notre liberté, afin que par cela justement nous arrivions à nous repentir, nous sachions revenir à Lui pour tout vaincre avec Son aide. Dieu n’a pas créé la souffrance, ni la mort ; celles-ci sont la conséquence du péché que nous ne pouvons vaincre qu’avec Son aide, en nous engageant dans la foi, par la prière et par l’ascèse.

L’homme guéri des passions, maître (roi) de lui-même et de la création de Dieu, ne peut rester passif et indifférent envers la souffrance de ses semblables et de la création, mais s’implique dans leur vie par tous les moyens, y compris au niveau politique, afin d’alléger la souffrance et de sauver de la perdition la création toute entière.

† Métropolite Séraphin

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