Le Christ est le soleil qui se lève sur la nouvelle création, sur le cosmos liturgique, c’est le « soleil de justice qui porte la guérison dans ses ailes »1, l’« Orient d’où vient la gloire de Dieu »2. Le symbolisme archaïque de résurrection, de victoire de la vie, que revêt universellement l’aurore, triomphe du jour sur les forces démoniaques de la nuit, trouve son sens définitif dans le cantique de Zacharie lorsqu’il nomme le Christ « soleil qui se lève pour éclairer ceux qui se tiennent dans les ténèbres et l’ombre de la mort »3.
Il faut donc « prier le matin pour que la résurrection du Christ soit fêtée par une prière matinale ». Et « lorsque se couche le soleil et que par suite cesse le jour, de nouveau il faut prier. Le Christ étant notre vrai soleil et notre vraie lumière, lorsque s’en vont soleil et lumière de ce monde et que nous demandons le retour de la lumière, c’est l’avènement du Christ donnant la grâce de l’éternelle lumière que nous réclamons.5 »
Le cycle du jour et de la nuit, baigné désormais dans la lumière du Christ qui est venu et qui vient, est donc pour nous le symbole du « jour sans fin », du « jour sans nuit ». C’est pourquoi notre prière selon le rythme diurne devient, précise saint Cyprien, une « imitation de ce qu’un jour nous devons être ».
« Si donc, dans les Écritures, le Christ est nommé soleil véritable et vraie lumière, aucune heure ne peut, pour les chrétiens, échapper au devoir d’adorer Dieu à tout instant et en tout temps. Puisque nous sommes dans le Christ, c’est-à-dire dans la lumière du vrai soleil, tenons-nous tout le jour en prière. Et quand, ramenée par l’ordre du monde, la nuit revient à son tour, rien de ses ténèbres ne peut faire tort à ceux qui prient : ils sont fils de lumière et dans la nuit, pour eux, il fait jour. Quand, en effet, est-il privé de soleil et de clarté, celui dont le clair soleil s’appelle Christ ? »6
La victoire sur la mort devient une victoire sur la nuit. Celle-ci (que la Genèse ne désigne pas nommément : « Il y eut un soir et il y eut un matin »7) s’insère dans le tissu du temps comme une image de la mort. Bonne comme elle, certes, puisqu’elle force l’homme à renoncer à son apparente autonomie, à s’abandonner, à faire confiance (que l’on songe à l’hymne admirable de Péguy8), à reprendre force dans le sommeil : « (Tu) nous a donné le sommeil comme repos de notre faiblesse et comme relâchement des fatigues de notre chair sujette à beaucoup de souffrances »9. Bonne, mais redoutable, signes des ténèbres méoniques introduites par l’homme dans la création : « Aussitôt la bouchée prise, Judas sortit. Il faisait nuit »10.
Le Christ, par sa résurrection au cœur de la nuit, a changé le sens de celle-ci : elle devient le réceptacle d’une lumière nouvelle, qui ne connaît pas de déclin, vie lumineuse libérée de la mort.
C’est pourquoi, « parvenus au coucher du soleil et regardant la clarté du soir », nous chantons : « Lumière joyeuse de la sainte gloire du Père... ô Jésus Christ »11.
La nuit physique devient comme le sacrement de la nuit nuptiale où le Fiancé, déjà secrètement présent au cœur des ténèbres, les arrachera pour la joie parfaite du face à face. C’est pourquoi le chrétien ne peut dormir comme les autres, dans l’inconscience de la mort ou le cauchemar des passions. Il veille, et sa veille est eschatologique : « Voici que le Fiancé arrive au milieu de la nuit ; et bienheureux l’homme qu’il trouvera veillant... »12 Et même lorsque ses yeux se ferment, il prie que veille son cœur :
Olivier Clément,
Transfigurer le temps - Notes sur le temps à la lumière de la tradition orthodoxe, Delachaux et Niestlé, 1959

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger
Conținutul acestui website nu reprezintă poziția oficială a Departamentului pentru Românii de Pretutindeni
Copyright @ 2008 - 2023 Apostolia. Tous les droits réservés
Publication implementaée par GWP Team