Discours de sa Béatitude le Père Daniel, Patriarche de l’Eglise Orthodoxe Roumaine, à la pose de la pierre de fondement de la nouvelle Cathédrale Episcopale de Madrid – Espagne, dimanche, 18 avril 2010.
Vos Eminences,
Vos Excellences,
Monsieur l’Ambassadeur,
Messieurs les membres du Corps Diplômatique,
Messieurs les représentants des autorités locales,
Très révérends et vénérables Pères,
Chers fidèles,
Le Christ est ressuscité !
L’office de pose de la première pierre d’une nouvelle église est un grand événement rempli de sainteté, par lequel nous demandons la bénédiction et l’aide de Dieu pour l’édification d’un lieu de culte.
C’est le témoignage d’une foi vive et sacrificielle de la communauté de roumains orthodoxes qui vivent et travaillent dans ce pays. C’est la preuve du désir des roumains vivant dans ces contrées d’avoir leur propre lieu de culte, où ils puissent prier, rendre grâce et recevoir la bénédiction de Dieu, qui vient par la rencontre avec Lui. Et la nouvelle église que nous souhaitons offrir à notre Sauveur Jésus Christ comme offrande de notre foi, de notre travail, de notre sagesse, de notre savoir-faire et de notre générosité, sera un signe de bénédiction sur la communauté qui l’édifie, et sur la ville de Madrid où cette église sera édifiée.
L’église n’est pas seulement notre maison, mais surtout la maison de Dieu, où est présent et où fait son œuvre le Dieu glorifié dans la Trinité. Cette vérité a été exprimée de façon très imagée par le grand penseur chrétien Origène, au IIème siècle de l’ère chrétienne, lorsqu’il a dit: « L’église est remplie de Trinité », et la participation à la vie de l’Eglise, c’est la communion d’amour et de vie avec la Sainte Trinité. Selon Saint Grégoire de Nysse, tout dans l’Eglise est rempli du Christ Crucifié et Ressuscité, parce que « Celui qui regarde l’Eglise regarde le Christ Qui Se forme et S’édifie Lui-même en y ajoutant ceux qui sont sauvés » (Homélie 13 au Cantique des Cantiques).
C’est pourquoi, le Saint Apôtre Paul enseigne à son disciple Timothée « comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l’Église du Dieu vivant, la colonne et l’appui de la vérité. » (cf. I Timothée 3, 15). Nous comprenons par là que Dieu est partout présent, mais surtout Il est présent de la façon la plus intense dans Son église ou dans Sa maison, dans laquelle Il voit, Il écoute, Il parle avec ceux qui L’appellent dans la prière et accomplit l’œuvre de notre déification. L’église est « le temple de Dieu, lieu saint, maison de prière (...) ciel sur la terre, où habite le Dieu céleste », comme le disait le Patriarche Germain de Constantinople1. Nous vénérons, donc, l’espace sacré de l’église et nous faisons le signe de croix devant le lieu de culte, non parce que ce serait une œuvre architecturale d’exception ou le fruit d’une inspiration, même exceptionnelle, de son architecte, mais parce qu’en elle est présent et travaille Dieu Lui-même, qui la sanctifie et la purifie « afin de faire paraître devant Lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible » (cf. Ephésiens 5, 23).
Par la bénédiction du fondement d’une nouvelle église, on circonscrit donc un espace sacré de la communion entre l’homme et Dieu, entre ciel et terre, comme lieu pour la « maison de Dieu » et « porte du Ciel » (cf. Genèse 28, 17). Par cette « porte du Ciel » entre mystiquement le Christ, Roi de gloire, dans Son Eglise où Il est toujours présent par les Saint Sacrements qui s’y accomplissent, et prodigue à ceux qui prient Ses dons célestes.
Dans l’office de pose de la première pierre d’une église, pierre sur laquelle est inscrit le signe de la sainte croix, on montre, d’ailleurs, que le fondement de ce lieu de culte est le Christ Lui-même, Crucifié et Ressuscité, La pierre de la tête d’angle (cf. Ephésiens 2, 20), Tête et Sauveur de l’Eglise (cf. Ephésiens 5, 23).
Dans ce sens, les Saints Pères de l’Eglise ont souligné constamment le lien entre l’Eglise en tant que lieu de culte et l’Eglise comprise comme Corps du Christ. Dans la tente dressée par Moïse sur le Mont Sinaï, ils ont vu ainsi, tant l’image sacrée du lieu de culte, que le modèle de leur communion de tous dans le Christ. Ceci montre qu’entre les deux mondes il y a un lien profond. Rassemblés dans l’église, nous nous rassemblons en Christ, dans la communion d’amour de la Très Sainte Trinité. D’ailleurs, dans la pensée du Saint Apôtre Paul, « se rassembler dans l’église » signifie la célébration de l’Eucharistie, la communion-même avec le Corps et avec le Sang du Seigneur (cf. I Corinthiens 11, 18). Ceci montre l’unité des fidèles dans un certain lieu, qui matérialise et rend visible leur unité avec le Corps du Christ. Par la participation, dans l’église, à la Sainte Eucharistie, nous devenons un seul Corps avec le Christ, Son Corps mystique, c’est-à-dire l’Eglise: « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang du Christ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps du Christ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps; car nous participons tous à un même pain. » (cf. I Corinthiens 10, 16-17).
En entrant dans l’espace sacré de l’église, en participant aux offices et aux Saints Sacrements qui s’y opèrent, en communiant au Corps et au Sang du Seigneur, les fidèles se rencontrent dans le même Christ, dépassant tout ce qui les sépare. C’est une communion synchronique entre les fidèles des différentes communautés, mais aussi une communion diachronique qui lie les générations. Comme le dit si bien le Père Dumitru Stăniloae: « Tous les fidèles de tous les lieux de culte rencontrent le Christ toujours sacrifié et communient à Lui, en dépassant le temps et l’espace divers où ils communient. A proprement parler, ce dépassement de l’espace et du temps n’est pas un oubli de notre vie dans l’espace et le temps, mais son élévation dans le plan impérissable et ouvert à l’universel. Nos responsabilités imposées par le temps et l’espace qui nous est propre, et qui s’y accomplissent ou non, deviennent des responsabilités avec des répercussions éternelles et qui nous concernent tous »3. Tout comme le Christ-Seigneur a élevé au-delà du temps et de l’espace les « traces » ou « souvenirs » de Son sacrifice sur la croix, de même nous allons élever, gravées dans nos êtres, les suites de notre vie.
La présence d’un lieu de culte orthodoxe en Espagne, est, ainsi, à la fois un signe de l’identité et de l’ouverture, de la diversité et de la communauté. De notre identité nationale et de notre ouverture européenne, de la diversité de la tradition et de la communion dans la foi. Elle constituera un repère spirituel stable et certain pour tous les roumains qui vivent ici dans un contexte socio-culturel différent de celui qu’ils avaient chez eux, en les aidant, en même temps, à supporter plus facilement les conséquences de la séparation de leur pays natal et à s’intégrer plus facilement dans le pays d’adoption.
Par l’entrée dans la maison de Dieu, par la vénération des icônes, par la participation aux saints offices, par le dialogue avec Dieu, le fidèle se sanctifie. Il se sanctifie, et, à son tour, il sanctifie toute la création. Car l’église – lieu de culte, a le rôle de rendre permanente la grâce de Dieu dans la vie de l’homme, et les fidèles se sentent devenir, dans cet espace, « concitoyens des saints et habitants de la maison de Dieu » (cf. Ephésiens 2, 19).
Selon les paroles de Saint Irénée de Lyon, l’Eglise a été « plantée dans ce monde comme un paradis » étant le centre liturgique de la création, parce que la création entière, l’univers ou le cosmos, se sanctifie par l’Eglise. Le Saint Esprit – le Sanctificateur, est Celui qui transforme la création en Eglise, l’univers entier participant, par l’Eglise, au pélerinage de l’humanité « de la mort à la vie, de la terre au ciel » (Canon de la Résurrection). L’église intègre donc toute la diversité de la beauté du monde dans la vocation de déification de l’homme. C’est pourquoi, même l’église dans le sens de lieu de culte exprime le sens du monde, en lui rendant la transparence et en l’ouvrant vers le mystère, selon les paroles d’Olivier Clément. En elle nous trouvons la beauté de l’amour et de la bonté divine qui se donne en partage à ceux à ceux qui osent entrer dans l’intimité de Sa présence aimante.
C’est pourquoi, aussi, les prières lues à la pose de la première pierre de la nouvelle église sont des prières par lesquelles nous demandons l’aide et la bénédiction de Dieu afin de pouvoir mener à bonne fin l’œuvre d’édification de ce lieu de culte. Chantant avec le psalmiste: « Si le Seigneur ne bâtissait la maison, en vain se fatigueraient les bâtisseurs; si le Seigneur ne gardait la cité, en vain veillerait le gardien » (Psaume 126, 1), nous reconnaissons que tout ce que nous avons, y compris la chance d’édifier une nouvelle église, vient du Dieu très Miséricordieux, Source de toutes bontés.
Dans ce monde sécularisé, extrêmement égoïste et matérialiste, le plus souvent marqué d’indifférence spirituelle, il est de plus en plus difficile de voir dans les dons Celui qui les donne, dans ce qui nous entourre Celui qui nous donne tout. Or, par les prières adressées à Dieu, y compris dans cet office de pose de la première pierre d’une église, nous rendons consciente la vérité que le monde est un don de Dieu, un moyen de communion avec Lui et non pas un espace de la haine ou de la manifestation de la cupidité égoïste.
Nous avons prié aujourd’hui tous ensemble pour que le Saint Esprit vienne et bénisse le début de cette belle œuvre. Nous en félicitons à cette occasion son Excellence, le Père Evêque Timothée, de l’Evêché Orthodoxe Roumain de l’Espagne et du Portugal, le père recteur Teofil Moldovan, le conseil paroissial et toute la communauté orthodoxe roumaine de Madrid, travailleuse et missionnaire, éclairée par la piété et par la profondeur de la tradition roumaine, tous les fondateurs et tous ceux qui ont offert leur aide pour le futur lieu de culte, ainsi que tous les clercs et les fidèles présents à cet événement sacré et solennel de spiritualité et dignité chrétienne.
Nous sommes heureux de pouvoir dire que, à moins de trois ans de la fondation de l’Evêché Orthodoxe Roumain dans la Péninsule Ibérique, voici que le nombre des paroisses s’est doublé dans ces lieux, en signe de votre grande piété et du désir d’avoir dans chaque communauté de roumains un prêtre et une paroisse orthodoxe. Nous savons aussi qu’il y a d’autres paroisses qui se préparent à édifier des lieux de culte à la gloire de Dieu (Alcala de Henares, Barcelona, Roquetas del Mar, Guadalajara, Alcasar de San Juan, Calatayud, Figueras, Castelion etc.). Tout cela témoigne de la foi inébranlable des roumains chrétiens orthodoxes et de leur amour pour l’Eglise de leurs ancêtres, comme du fait que nos prêtres accomplissent pleinement leur devoir.
Certes, tout cela n’aurait pas été possible sans l’aide et le soutien constant de l’Eglise Catholique Romaine d’Espagne, qui a montré toute sa sympathie envers les besoins des communautés de roumains et nous a beaucoup aidés en mettant à la disposition de nos paroisses ici des lieux de culte dans lesquelles on puisse se rassembler et célébrer des offices orthodoxes.
Nous aimerions aussi remercier les autorités locales madrilènes, la Mairie de Madrid qui a accordé la concession de ce terrain à la paroisse orthodoxe roumaine de Madrid, ainsi que le Corps Diplomatique Roumain, qui a compris le rôle particulier de l’Eglise Orthodoxe Roumaine dans la vie des centaines de milliers de roumains qui vivent dans cette partie de l’Europe.
Nous prions le Christ Seigneur, Crucifié et Ressuscité, de vous protéger, de vous donner Son aide sainte et Son soutien dans le travail si important de construction de la Cathédrale épiscopale roumaine de Madrid, témoignage au-delà des siècles de la foi sacrificielle de tous ses fidèles et ses bienfaiteurs.
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Etant donné que ce jour, 18 avril 2010, a été décrétée jour de deuil national en Roumanie, en mémoire des victimes de l’accident d’avion de Russie, parmi lesquelles son Excellence Lech Kaczynski, président de la Pologne, d’autres dignitaires polonais, y compris des membres du clergé orthodoxe, nous envoyons l’assurance de toute notre compassion au peuple polonais, éprouvé en ce moment par la tragédie de Smolensk. Dans ces moments de douleur et de tristesse, nous transmettons à toute la nation polonaise – au nom des hiérarques, du clergé et des fidèles de l’Eglise Orthodoxe Roumaine – nos plus sincères condoléances, et nous prions le Christ Seigneur, Qui est ressuscité des morts, de faire reposer en paix les âmes de ceux qui sont morts, et de consoler les familles qui ont perdu leurs proches d’une façon si tragique.
†DANIEL,
Patriarche de l’Eglise Orthodoxe Roumaine
Notes :

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
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