Parole de Sa Béatitude DANIEL, Archevêque de Bucarest, Métropolite de Muntenia et de Dobrogea, Locumtenens du trône de Césarée en Cappadoce et Patriarche de l’Eglise Orthodoxe Roumaine, à l’occasion de sa visite missionnaire à la paroisse de Coslada, le 17 avril 2010.
Le Christ est ressuscité !
En vérité Il est ressuscité !
Nous sommes tous bénis par Dieu avec la joie de la Résurrection de notre Sauveur Jésus Christ et avec la joie de la rencontre avec vous, dont nous avons entendu de belles choses.
Hier dans l’avion, j’ai lu l’historique de cette paroisse, qui ressemble à son nom, Coslada, qui signifie large pierre. Il s’agit donc d’une pierre à large ouverture, ce qui signifie une solide base et un large horizon ; cela est la pierre de la foi, la pierre de la confession de la vraie foi et l’ouverture vers l’Eglise universelle. Les Roumains, par le fait qu’ils sont latins, ont cette ouverture vers l’universalité, héritée de nos ancêtres latins ; comme héritiers des geto-dacs, ont la stabilité dans la foi, dans la foi orthodoxe de l’Orient. D’autre part, tout vrai roumain ressemble à un chêne. Le chêne laisse éclore de grandes branches car il a de fortes racines. Un chêne qui n’aurait pas de solides racines et n’aurait que de larges branches risquerait de se renverser, de s’écrouler à la venue de l’orage. Nous maintenons cette pierre comme tête d’angle, la pierre de la confession de la vraie foi.
C’est pourquoi, lorsque le Saint Apôtre Pierre confessa la divinité du Christ, Celui-ci lui dit : Tu es Pierre et sur cette pierre Je bâtirai Mon église. En grec, petros signifie un caillou, que l’on peut lancer. Petra signifie un roc. Tu es un caillou et sur ce roc Je bâtirai Mon Eglise. … Tu es un caillou que l’on déplace de part et d’autre, mais le roc, la pierre inébranlable sur laquelle se bâtit l’Eglise, est le Christ Lui-même.
Ainsi, d’après le nom, votre paroisse appelle à la confession de la vraie foie, à la fidélité envers la vraie foi, et en même temps, à l’ouverture, à l’élargissement de pensée et d’action, ce qui signifie une coopération avec nos frères chrétiens orthodoxes de ce pays, et bien sûr, inévitablement, avec nos frères romano-catholiques, ici majoritaires.
L’église de la paroisse de Coslada, dont j’ai évoqué l’étymologie, est dédiée à Saint Nectaire de Pentapolis, car il fut évêque de Pentapolis au Nord de l’Afrique, mais il est connu en Roumanie sous le nom de Saint Nectaire d’Egine puisqu’il fut le père spirituel d’un monastère de l’île d’Egine, et c’est là qu’il fut trouvé et enterré. On le dit Thaumaturge ou faiseur de miracles, particulièrement de guérisons, car déjà de son vivant, il reçut de Dieu le don de guérir ceux qui souffraient de différents maux. Après sa mort, ses reliques furent dispersées dans divers pays, et furent emmenées quelques années plus tard en Roumanie, et vous avez vous aussi une partie des saintes reliques. Il s’en trouve également à Bucarest, au Monastère de Radu Voda, mais nous les avions emmenées spécialement à Iassy, lorsque j’étais Métropolite de Moldavie et de Bucovine, lors de la consécration d’une très grande église, une des plus grandes, la première après la Cathédrale métropolitaine de Iassy.
Il est intéressant de voir comme ce saint de la première partie du vingtième siècle est devenu si connu dans toute l’orthodoxie, et son culte s’est rapidement propagé de la Grèce vers les autres pays orthodoxes.
En vertu du fait qu’il se nomme Thaumaturge ou Guérisseur, cette paroisse est investie d’un programme missionnaire, programme inscrit dans le fait même que le saint protecteur en est un guérisseur. Vous avez ainsi un double programme : le premier provenant de la localité de Coslada, la confession de la fidélité en la foi orthodoxe, et en même temps l’ouverture au dialogue et à la coopération, et deuxièmement la guérison. Le mot guérison en grec peut signifier la thaumaturgie, mais plus profondément encore, le sotiria-salut. Le Sauveur Jésus-Christ est appelé le Guérisseur, Sotir-Soter. En latin le Salvator. Mais le salut en latin se dit salus, salutis. En même temps le salut et la santé ! Dans la prière de l’Eglise orthodoxe que l’on répète le plus souvent, ou la demande de prière la plus concentrée et la plus répétée, nous prions pour leur (sa) santé et leur (sa) salut !
Mais et la santé et le salut sont des dons de Dieu, reçus au Baptême et durant notre vie mais chaque don suscite un devoir – le devoir de cultiver le don reçu et de le mettre au profit des autres. Aucun don ne nous est fait pour nous-mêmes, mais tous les dons sont personnellement reçus pour être mis à profit de manière communautaire. On dit « En donnant ce que nous avons reçu, nous gagnons le Paradis », c’est-à-dire en donnant ce que nous avons reçu, le don devient une joie bienheureuse.
Bien, qu’est-ce qu’une communauté chrétienne se trouvant sous le patronage spirituel d’un saint ? C’est une communauté de guérison. C’est un témoignage de santé spirituelle et corporelle. Saint Nectaire le Thaumaturge, c’est-à-dire le Guérisseur, présente en lui ce qui dans le Christ est présent en plénitude. Tous les saints nous font prendre part aux dons du Christ, c’est-à-dire à la grâce de la Toute-sainte Trinité. Les saints rendent visible la présence du Christ dans l’Eglise ; de même que les Saints Mystères qui sont porteurs de guérison. Le Baptême nous guérit de l’éloignement de la Toute-sainte Trinité, l’onction de la Sainte Huile nous guérit des maladies spirituelles et corporelles, et le sacrement du repentir ou de la sainte confession, la confession des péchés, suivie du sacrement de la sainte Eucharistie nous guérit de notre séparation et de notre éloignement de Dieu, ce qui se nomme le péché. Le sacrement du repentir et celui de l’Eucharistie nous guérissent du péché, et le péché est la violation de la volonté de Dieu et l’éloignement de Dieu, de notre semblable et de nous-mêmes. Lorsque nous communions, on dit le serviteur de Dieu ou la servante de Dieu, on prononce alors le nom, communie pour la rémission des péchés, et on ajoute et pour la vie éternelle. La rémission des péchés, on la voit dans les trois Evangiles dits synoptiques – de Matthieu, Marc et Luc. Saint Jean l’Evangéliste, le disciple bien-aimé du Sauveur Jésus-Christ, écrivit son Evangile plus tard que les autres évangélistes. Et il compléta avec ce que les autres évangélistes n’avaient pas assez accentué. Lui nous montre quelle est la signification profonde du Baptême. Ce n’est pas seulement la rémission des péchés, mais l’entrée dans le Royaume de Dieu. Et il nous a montré, de la même façon, que la sainte Eucharistie ne nous est pas seulement donnée pour la rémission des péchés, mais comme un avant-goût, comme arrhes, comme anticipation, c’est le mystère de l’immortalité, c’est pourquoi on l’a appelé l’antidote ou le médicament de l’immortalité.
Ici, dans cette église de Saint Nectaire le Guérisseur, nous guérissons du péché et recevons les arrhes de la vie éternelle. Lorsque les fidèles communient ici, aux Portes Royales, qui symbolisent les portes du Royaume des Cieux, on chante communiez au Corps du Christ, goûtez à la source immortelle. Ainsi nous goûtons maintenant au Mystère de la source immortelle, les arrhes de la vie éternelle.
Puis, une communauté eucharistique, une paroisse orthodoxe est le lieu où nous guérissons de l’éloignement de nous-même. Pas seulement de l’éloignement de Dieu. Quand nous ne prions plus, quand nous ne nous recueillons plus en nous-même, nous nous éloignons de nous-même. Le péché nous éloigne de Dieu et de nous-même. Lorsque le Fils Prodigue, qui était au bord du gouffre, qui était près de mourir de faim, a réalisé le risque où il se trouvait et a dit : Je me lèverai et retournerai auprès de mon père ! Mais l’Evangile dit : Rentrant alors en lui-même ou Retrouvant ses esprits. Le péché est une perte de ses esprits, une sortie de soi-même. Le retour à Dieu, le retour aux siens, le retour à l’amour, la communion lorsque nous nous sommes trop éparpillé dans le mal. En grec, le mot joie se dit har (grâce en roumain), et la source de la joie est haris-la grâce de Dieu. La grâce de Dieu apporte la joie dans l’âme de l’homme.
Lorsque nous venons à l’Eglise guérir de l’éloignement de nous-même et nous unir aux autres dans la prière, nous guérissons encore de l’éloignement de ceux de notre maison, ceux dont nous faisons mémoire ici dans la prière, et par les diptyques que nous donnons, nous nous sentons proches des autres. Nous faisons des listes de tous ceux qui nous sont chers : parents, enfants, proches, amis, et nous ajoutons aussi à la liste ceux dont personne ne fait plus mémoire, pour qui plus personne ne prie. Puis nous prions alors pour ceux qui se sont endormis dans le Seigneur. Particulièrement durant le Grand Carême, tous les samedis, nous faisons mémoire des trépassés, des morts. Pourquoi ? Parce que notre prière unie à la grâce de Dieu rend l’amour plus fort que la mort.
Dans le Livre des Cantiques il est dit : L’amour est plus fort que la mort, et nous, nous montrons par la prière pour les défunts un amour plus fort que la mort. Voilà comment, en l’église de Saint Nectaire le Guérisseur nous guérissons de la douleur de l’éloignement, de la souffrance causée par la distance, parce que nous nous sentons proches de ceux que nous portons dans notre âme. Nicolae Iorga disait : Les hommes ne meurent pas lorsque nous les portons au cimetière, mais lorsque nous ne mettons plus de fleurs sur leurs tombeaux, lorsque nous les oublions, ils sont morts. Si nous ne les oublions pas ils ne meurent pas. Ils vivent par notre amour, par notre prière pour eux. Ainsi, voilà comme l’Eglise est une source de joie, une source de guérison, une source de communion, une source d’espoir. Une multitude d’hommes traversent la souffrance de la maladie, de l’éloignement, s’ils prient avec les autres, ensemble, s’ils sont conseillés à temps et encouragés, ils traversent plus facilement les tribulations, les épreuves, tandis que les autres, ceux qui n’ont eu personne à leurs côtés, et pour qui personne n’a prié, ont succombé et sont tombés dans le désespoir. C’est ainsi que l’Eglise est le lieu où nous recevons la bénédiction de la communion, la joie de la communion et la source de l’espérance. C’est pourquoi Saint Jean Chrysostome a dit : Si tu as péché une fois, viens à l’Eglise, pleure sur tes péchés, demande pardon et tu seras guéri. Si tu viens à pécher encore une deuxième fois, puis une troisième, puis une millième, viens à l’Eglise, car l’Eglise est un hôpital, non un tribunal. C’est le lieu de la guérison.
Que le Dieu Bon nous aide à sentir que l’église du Saint Hiérarque Nectaire le Thaumaturge ou le Guérisseur est le lieu de notre guérison, le lieu de notre joie et le lieu de notre croissance dans la communion chrétienne, roumaine, et dans l’amitié et la fraternité avec nos frères et sœurs d’Espagne, qui eux aussi sont ici chrétiens depuis longtemps, depuis le temps du Saint Apôtre Paul. Et voilà, nous nous réjouissons que vous ayez trouvé dans ce pays non seulement un lieu de travail, mais encore un lieu de prière. Parce que le travail le plus important c’est la prière. Tout travail implique en général que nous fassions quelque chose autour de nous. La prière est une construction à l’intérieur de nous. Et ce que nous avons amassé autour de nous reste dans ce monde, lorsque nous passons à la vie céleste. Or, ce que nous avons amassé dans notre âme – bonté, pardon, miséricorde, foi inébranlable, amour fraternel – nous l’emportons avec nous dans l’éternité. Donc cette église d’ici, de pierre, nous aide à bâtir l’église de notre cœur, de notre âme.
Et je m’arrête ici, en disant que Monseigneur Timothée a rappelé que de dehors on n’a pas l’impression qu’il y ait une église à l’intérieur, mais nous complèterons : de l’intérieur on ne dirait pas que c’est un marché, mais un sanctuaire et une antichambre du Royaume des Cieux.
Nous vous félicitons et vous souhaitons de nombreuses années de santé et de joie, et comme signe de bénédiction et d’estime pour cette communauté, nous offrons au prêtre de la paroisse une Croix de bénédiction, car c’est une croix patriarcale.
Que Dieu vous accorde de nombreuses années pleines de bénédictions !
Le Christ est ressuscité !
En vérité Il est ressuscité !
De même, nous souhaiterions vous offrir l’icône de Saint Denys l’Exigu, père de l’ère chrétienne, qui en 330 vint à Rome et proposa au Pape Jean de ne plus compter les années à partir de la fondation de Rome, mais de la Naissance du Sauveur Jésus Christ. Donc lui est – vous êtes de cette région de Galaţi, non ? – Saint Denys était aussi originaire de là-bas ! Il traduisit ensuite les Saint Canons du grec en latin, et il est aussi le père du droit canon.
Casiodor disait que l’homme le plus érudit et le plus fervent qu’il ait connu était ce sage moine de Dobrogea, qui connaissait bien la mathématique, l’astronomie, l’histoire, et disait qu’il jeûnait beaucoup, ce moine d’Orient, de Dobrogea, mais il ne jugeait pas ceux qui, parmi les latins, jeûnaient moins. Nous souhaitons que vous poursuiviez le jeûne, mais surtout que nous apprenions tous de Saint Denys à joindre la connaissance à la spiritualité, une culture étendue à une foi ferme et fidèle, et que nous coopérions, que nous soyons en dialogue, en coopération avec nos frères chrétiens d’Occident.
Ad multos anos !

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger
Conținutul acestui website nu reprezintă poziția oficială a Departamentului pentru Românii de Pretutindeni
Copyright @ 2008 - 2023 Apostolia. Tous les droits réservés
Publication implementaée par GWP Team