Ajouté le: 5 Octobre 2009 L'heure: 15:14

La résurrection du fils de la Veuve de Naïm

19e dimanche après la Pentecôte (Lc, 11-16)

 

Le Christ nous conduit vers le bonheur

Le Seigneur est au début de Sa vie publique : Il a prononcé Son grand discours inaugural, le « Sermon sur la montagne », qui constitue la nouvelle loi, l’échelle spirituelle qui permet, par ses huit degrés, d’atteindre la perfection et d’accéder au Ciel. Aussitôt après avoir annoncé la Bonne Nouvelle par Sa parole, Lui le Verbe de Dieu, Il accomplit des œuvres thaumaturgiques (des miracles) pour témoigner de la puissance divine qui est en Lui et pour confirmer Sa Parole : Il sauve de la mort le serviteur du Centurion, atteint d’une maladie incurable. Le lendemain Il se met en route vers Naïm, une petite ville qui se trouve à peu près à 30 km au sud de Capharnaüm sur les collines du petit Hermon et d’où on a une belle vue sur Nazareth. C’est là qu’Il va accomplir ce très grand miracle, qui n’est relaté que par Saint Luc.

Mais avant de parler de l’évènement lui-même, il faut d’abord brosser le tableau qui a une signification symbolique remarquable, d’autant plus que le Christ est au début de Sa mission terrestre.

Naïm signifie « bonheur » en hébreu1 L’évêque Jean faisait remarquer, dans une homélie inspirée2, que devant la porte de cette ville du bonheur, qui symbolise le Ciel,  deux cortèges, deux foules allaient se rencontrer, tous deux conduits par un jeune homme, le cortège du Christ et le cortège du jeune homme mort. Ces deux « processions3 » allaient en sens inverse : l’une allait vers la vie et l’autre vers la mort.

Le Christ, qui a environ 30 ans et qui est donc un homme dans la plénitude de la jeunesse, conduit ceux qui veulent le suivre (Ses disciples et la foule de ceux qui ont entendu le Sermon sur la montagne) vers le bonheur éternel, le paradis réouvert, le Royaume de Dieu. C’est un cortège ascendant (Naïm est à flanc de montagne).

L’autre cortège est une pompe funèbre, qui fuit le bonheur. Il est conduit par un jeune-homme mort, suivi par sa mère, une veuve en larmes, et par une foule de gens tristes. Il tourne résolument le dos au bonheur (il n’y a qu’une porte à Naïm, comme dans le Royaume de Dieu) et va définitivement vers la mort. Ce cortège représente l’humanité déchue, qui est exclue du Paradis. La veuve en larmes symbolise Eve, qui a perdu l’Epoux céleste -Dieu- et qui a engendré l’humanité pour la mort. Son fils mort est un tout jeune homme4 parce que le péché est un enfantillage : l’Homme n’est pas parvenu à la maturité. Elle pleure son enfant, l’humanité vouée à la mort. C’est un cortège descendant.

La rencontre de ces deux cortèges est saisissante. Et il y a une adéquation étonnante entre la réalité historique et le symbole. En effet cet évènement est historique : c’est vraiment le Christ qui est là et Il va réellement ressusciter ce jeune homme ; tous ces gens ont un nom et ils ont existé. Mais simultanément cette scène représente symboliquement la chute de l’Homme et son relèvement par le Christ.

La veuve « dolente », comme on le disait en ancien français5 ne regarde pas le Christ et ne Lui dit rien, parce qu’elle ne Le connaît pas et que, face à la mort, « on ne peut rien » : elle est entièrement dans sa souffrance. Mais le Christ, Lui, l’a vue. Il ne dit pas qui Il est. Mais l’Evangile nous révèle une merveille : voyant la souffrance de cette veuve qui a tout perdu, le Seigneur est « ému de compassion6 pour elle ». La compassion consiste à « souffrir avec quelqu’un », c’est-à-dire à porter sa souffrance, le soulager. Une émotion est un sentiment qui s’exprime physiquement, c’est-à-dire qu’elle est vécue dans la chair : elle permet d’entrer en communion avec l’autre. Dans l’Antiquité une femme était d’abord soumise à son père, puis à son mari, puis si elle le perdait, à son fils (si elle avait la chance d’en avoir un). Une veuve qui perdait son fils n’était plus rien, n’avait plus de place dans la société. Le Christ a pitié d’elle : ses larmes touchent son cœur. Puis le Seigneur console la veuve : « ne pleure pas ». Lorsqu’une épreuve nous fait fondre en larmes et qu’un ami nous dit : « ne pleure pas », quelle consolation ! C’est déjà l’aurore du renouveau : on sent poindre une lueur d’espoir. La première parole du Christ est toujours pour réconforter, rassurer et aider, en toutes circonstances.

Deuxième acte : le Seigneur touche le cercueil (la civière). Il arrête le cortège de la mort. Les deux cortèges auraient dû seulement se croiser, s’ignorer. Mais en fait, il y a une vraie rencontre. La main divine qui a tout créé touche la mort pour la transformer en vie. Le Christ change le cours inexorable de l’histoire : par Son incarnation, Il arrête la descente abyssale de l’humanité vers le non-être, la régression infernale.

Puis Il commande à la mort : « Jeune homme, Je te le dis, lève-toi »7 (Moi qui suis le Verbe du Père, Je t’ordonne de revivre. « Et le mort s’assit et se mit à parler » : la position debout (qui va suivre juste après) et la parole, sont les deux signes visibles de la vie. Le jeune homme est ressuscité, et devant une foule de témoins. C’est la première fois que le Seigneur ressuscite un mort. Ce miracle confirme tout ce qu’Il a dit sur la Montagne.

Mais cette histoire admirable ne s’arrête pas là. L’Evangile ajoute une phrase qui peut sembler anodine, mais qui a une signification théologique importante : « Jésus le rendit à sa mère ». Le Christ rend à Eve l’humanité qu’elle avait enfantée pour la mort : Il restaure Eve. C’est pourquoi le personnage de la veuve peut aussi symboliser l’Eglise, comme le dit Saint Ambroise de Milan8 Mais on peut aussi y voir l’image de Marie, car la Théotokos a, par son comportement, apporté le repentir pour toute l’humanité et ses larmes ne cessent de fléchir le cœur de Son Fils (qu’on se souvienne de Cana : « ils n’ont plus de vin »)9. Marie rachète Eve.

Les deux cortèges désormais ne font plus qu’un : tous sont rassemblés, réunis par le Christ qui les conduit vers le bonheur éternel, la vie divine. Tout le peuple est dans l’admiration, car « un grand prophète a paru » et « Dieu a visité Son peuple ».

2000 ans après, nous sommes toujours dans la même admiration. Laus tibi, Christe !

P. Noël Tanazacq
 
Notes:
1. Naïm a le double sens de « beauté » et de « agréable » : délicieux.
2. Evêque Jean de St Denis : la Veuve de Naïm ou le Christ source de bonheur, in : Homélies, Présence orthodoxe, 1971, p.74-773.
3. Du latin « procedere » : aller en avant, s’avancer.
4. Dans le texte latin « adolescens »,et dans le grec « néaniskos » :i l devait avoir 15 à 16 ans.
5. Du latin « doleo »: éprouver de la douleur, être affligé….
6. Dans le texte latin : « misericordia ». Mot à mot : avoir un cœur compatissant.
7. Dans le texte latin : « surge », de surgere : se mettre debout. Surgere a donné surrexit, puis resurrexit, dans le latin chrétien.
8. Par ses larmes, l’Eglise ramène [les morts] à la vie. Traité sur l’Evangile de St Luc , I (S.C. n° 45 bis, p. 214-215).
9. Marie est aussi comme la veuve : elle est une mère sans homme.
 

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