Ma rencontre avec Mère Silouana
C’est en 2012, lors d’un pèlerinage en Roumanie organisé par la Métropole roumaine de l’Europe occidentale et méridionale que j’ai eu la surprise et la joie de rencontrer Mère Silouana pour la première fois dans sa paroisse de la ville de Iaçi. J’étais déjà psychothérapeute depuis une quinzaine d’années et je souffrais d’une tension entre ma formation de psy et mon engagement de chrétienne orthodoxe. Me dire chrétienne en milieu psy pouvait bien souvent attirer des moqueries comme si j’étais un spécimen archaïque en voie d’extinction et côté orthodoxe, à l’église, il me fallait bien souvent taire ma profession car la méconnaissance totale de l’apport des thérapies séculières pouvait être malheureusement perçu comme des pratiques dangereuses. Je me sentais bien souvent coupée en deux.
Aussi quand j’ai entendu Mère Silouana parler d’une part, de la nécessité de bien se connaître en utilisant des moyens de connaissance de soi offerts par les sciences humaines et d’autre part de se nourrir des Pères de l’Église, je croyais rêver. Dans le court échange que nous avons eu, elle m’a fait comprendre qu’être orthodoxe et psy était une bénédiction pour l’Église d’aujourd’hui et que son souhait était de rencontrer des psy qui pourraient transmettre sa pédagogie. Sur le moment, cette vision m’est apparue comme improbable, mais en rentrant chez moi, je n’ai eu de hâte que de réécouter ses paroles inspirées et de les transcrire. C’est alors qu’une demande d’article sur Mère Silouana m’a été faite par Apostolia. Faire connaître le message de Mère Silouana m’est apparu comme un don du Ciel car la moniale atypique qu’elle représentait ouvrait un nouvel espace encore peu fréquenté par les orthodoxes. Puis, j’ai revu Mère Silouana en France lors d’une rencontre organisée à Saintes par Père Paul Ganem. Elle a lu l’article, fut touchée de la réception de son message en terre orthodoxe de France et à la suite, pour notre plus grand bonheur, elle a proposé des séminaires de formation à sa pédagogie pour les français. Mère Silouana adorait la France et les français. Le mouvement était enclenché et c’est ainsi qu’un groupe d’une douzaine de personnes s’est constitué et nous avons participé pendant 6 ans à ses séminaires qui jusque-là n’étaient destinés qu’aux roumains. Ce fut une grande bénédiction, beaucoup de Joie mais aussi beaucoup de travail. Travail sur soi avec l’aide de l’Esprit-Saint. Mère Silouana ne faisait pas dans la demi-teinte. Soutenue par l’humble prière de deux de ses moniales, elle nous a fait plonger avec vigueur dans nos profondeurs bien souvent tourmentées pour apprendre à offrir toutes nos douleurs au Christ. Son enseignement est très concret. Il s’agit de partir de ce que nous vivons dans notre chair, dans notre esprit et d’identifier avec de plus en plus de finesse ce qui fait obstacle à la rencontre avec Dieu et notre prochain. Alors, telle une maman africaine qui prémâche les aliments pour ensuite les redonner à son bébé, nous nous sommes dans un premier temps laissé nourrir de cette nouvelle pédagogie pour pouvoir petit à petit découvrir en nous la pédagogie divine. L’enseignement a été très sérieux, très structuré mais toujours dans la Joie, car avec Mère Silouana on ne reste pas collé au fond dramatique de nos douleurs ancestrales, mais on rit beaucoup. Nous repartions toujours régénérés par un souffle de Vie vivifiant.
Le Père Constantin
Le jour même de ses funérailles, le Père Constantin Sturzu, prêtre de la paroisse qui jouxte le monastère Saint Silouane à Iaçi a révélé dans un émouvant hommage à Mère Silouana comment il avait eu la Joie de la rencontrer et comment il avait découvert son œuvre à travers le Centre de Formation et de Conseil des Saints Archanges Michel et Gabriel qu’elle venait de créer rue Talparari. Dès leur arrivée, les moniales ont commencé des réunions hebdomadaires qui s’appelaient « les soirées Talparari », véritable école de la connaissance de soi et de la compréhension de l’œuvre de Dieu dans nos vies. L’enseignement de Mère Silouana, nous dit Père Constantin, est une invitation à devenir de plus en plus vivants, plus audacieux tout en apprenant à connaître et confesser nos péchés, à broyer nos cœurs sans relâche en les offrant à la miséricorde du Seigneur, à garder le désir ardent de la Sainte Communion, à être très présents à la Liturgie et à cultiver sans cesse la prière.
Père Constantin nous donne un aperçu du style de Maica Silouana : « Les gens venaient à l’église de Talparari pour rencontrer Maica (c’est comme ça que nous l’appelions tous pour faire court), mais elle était aussi invitée à aller faire des conférences ou des séminaires en Roumanie ou à l’étranger. C’était quelqu’un de charismatique qui savait transmettre le sens profond des choses en langage simple et clair. Elle était non-conformiste, avait de l’humour et savait manier l’autodérision. Elle parlait avec beaucoup de spontanéité, confiante dans l’inspiration de l’Esprit-Saint. »
L’enseignement de Mère Silouana : apprendre à devenir des myrophores
En 2019, lors d’une conférence donnée à Cluj le dimanche des Myrophores, Mère Silouana nous disait comment elle avait petit à petit appris à devenir une femme myrophore et nous invitait à devenir également des femmes et des hommes porteurs-porteuses de parfum. Ces Myrophores, parties de bon matin au tombeau du Christ pour aller lui faire l’onction, savaient très bien que l’entrée du tombeau était fermée par une lourde pierre mais leur foi était grande : quelqu’un allait leur rouler la pierre. Elles savaient qu’elles ne pourraient pas rouler cette pierre toutes seules, elles ne pourraient ni la bouger, ni la soulever, que seul Dieu savait quoi faire.
Oui, seul Dieu peut soulever les lourdes pierres de nos péchés, de nos perversions, de nos dysfonctionnements, mais Il a besoin de nous, de notre co-participation, de notre engagement. L’enseignement de Mère Silouana est une véritable école de connaissance de soi pour apprendre à actionner notre libre-arbitre et devenir des collaborateurs de Dieu de plus en plus conscients.
Ainsi, Mère Silouana nous invite à cultiver cette foi des Myrophores, à avancer sur la voie du Christ, sur la voie étroite de notre foi en nous connaissant nous-mêmes de mieux en mieux. Son enseignement nous donne des clés très contemporaines pour décrypter en nous tous les schémas d’inadaptation que nous avons bâtis sur le sable mouvant de nos mois blessés, mais qui verrouillent une véritable relation au Seigneur. Maica Efrema, qui continue l’enseignement de Maica Silouana, désigne ces modes pervertis de relation au monde, à notre prochain et bien évidemment à Dieu comme des « mensonges ». Ainsi tout le but de cette fine pédagogie est d’aller identifier avec précision tous nos mensonges et d’apprendre à les offrir au Seigneur comme une prosphore pour découvrir le véritable Amour de Dieu.
Seigneur ! Enseigne‑moi le véritable désir (dor1) de toi !
La première question du premier séminaire était « Qui suis-je ? » Je suis cette personne qui fait de bonnes actions, qui se confesse, qui travaille sur mes passions, mais à quoi cela me sert-il ? Cela va alléger mes fardeaux pour m’élever davantage vers le Seigneur, cela va éveiller en moi un véritable désir d’être avec Dieu. Mais très rapidement je peux me rendre compte que ce que je fais ne me suffit pas. Je peux très vite sentir une certaine insatisfaction à ne pas être vraiment qui je suis. Mais quelle est donc cette insatisfaction ? Qui suis-je vraiment ?
« Si tu savais le don de Dieu » … tu connaitrais ce désir ardent de Dieu, ce « Dor ». Alors, à nous de décrypter nos divers désirs. Il y a ceux qui nous font prendre l’autoroute du pilote automatique comme le désir d’avoir, de capter le regard de l’autre, de faire des choses. Ce désir-là est une impasse, un enfermement dans le cycle infernal de nos passions et il y a le véritable «Dor» de Dieu qui nous fait prendre le chemin bien tracé par des générations et des générations de Pères et de Saints qui nous mène au Royaume.
Alors, nous dit Maica Silouana, réveillons en nous ce Dor ! « Seigneur enseigne-moi le Véritable désir de Toi ! »
Ce « Dor » de Dieu qui est la flamme de la Vie, nous en faisons l’expérience de temps en temps, mais il est aussi souvent mis en mode pause. Alors, parce que nous ne vivons pas en permanence en ce lieu de rencontre avec Dieu qui nous donne la Joie, nous devons donc continuellement faire ce saut intérieur, ce saut noétique.
C’est sur ce chemin du retournement que Maica Silouana nous a accompagnés en nous aidant à clairement identifier, grâce à des exercices très pratiques et la prière, tout ce qui fait obstacle à une véritable rencontre avec le Christ.
La lettre d’à Dieu
Quelques mois avant sa naissance au Ciel, voici la lettre que Maica a adressée à tous ceux qui l’aimaient.
« Mes chers enfants, je vous en prie, invoquez le Nom du Seigneur et sachez que si je vais au Ciel, si je passe dans l’éternité, je vous prends tous avec moi dans mes prières. Je vous aime. N’ayez pas peur de la souffrance. J’ai souffert énormément quand j’étais jeune. Maintenant mon âme se repose et mon corps souffre. Vous savez mes enfants ce que sont les rides ! Ce sont les fissures de la terre brûlée par lesquelles on voit la beauté de l’âme. Dans la Sainte Joie, je vous embrasse… ».
Par les prières de notre bien-aimée MAICA SILOUANA, Seigneur intercède pour nous afin que nous puissions, chacun dans notre vocation singulière, continuer son œuvre… dont notre monde d’aujourd’hui a tant besoin. AMIN.
Christine Artiga
Notes :
1. DOR du latin Dolus, dérivé de Dolor : douleur. Sentiment complexe qui mêle nostalgie, mélancolie, douleur et joie. Mot exprimant le souhait irrépressible et persistant de revoir quelque chose ou quelqu’un qui nous est cher. C’est un mot que Mère Silouana affectionnait particulièrement pour parler de l’ardente langueur, sorte de nostalgie de Dieu.

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