La première est une adaptation du conte de Noël : « Là où est l’amour, là est Dieu » de Léon Tolstoï
Martin Avdiéitch est savetier. À la mort de sa femme et de tous ses enfants sauf le dernier âgé de trois ans, il se met à son compte pour éviter de s’en séparer. Mais avec l’âge, il devient amer car cet enfant étant tombé malade est lui aussi, mort. Il se met à désespérer de tout. Il demande à mourir en reprochant au Seigneur de ne pas l’avoir repris plutôt que son fils unique. Un pèlerin de passage, lui dit qu’il ne nous appartient pas de juger ce que Dieu a fait, que c’est au-dessus de notre intelligence et que son désespoir vient de ce qu’il veut vivre pour son propre bonheur et que c’est pour Dieu qu’il nous convient de vivre et qu’ainsi il supportera tout facilement : c’est le Christ Lui-même qui nous le révèle. Le cœur saisi par ces paroles, Martin achète alors un Nouveau Testament en gros caractères, et sent dans son âme un tel apaisement qu’il prend l’habitude de le lire tous les jours, à tel point qu’il ne peut s’en arracher. En allant au lit, il ne gémit plut comme auparavant en pensant à la mort de son fils unique mais il glorifie Dieu en disant que c’était Sa volonté.
Et sa vie change du tout au tout. Plus il lit l’Évangile plus il comprend, et sereine est son âme. Un soir, très tard, il lit Saint Luc1, au chapitre VI, versets 29 à 31 :
« Àcelui qui te frappe à une joue, présente-lui aussitôt l’autre ; et si quelqu’un t’ôte ton manteau, ne l’empêche point de prendre aussi l’habit de dessous.
Donne à tout homme qui te demande, et si quelqu’un t’ôte ce qui est à toi, ne le redemande pas.
Et ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le leur aussi de même. »
Puis le verset 46 où le Seigneur dit :
« Mais pourquoi m’appelez-vous Seigneur, Seigneur, tandis que vous ne faites pas ce que je dis ? »
Et les suivants où le Christ parle de l’homme qui écoute Ses paroles et ainsi bâtit solidement sa maison, tandis que celui qui ne le fait pas, la bâtit sans fondement.
Avdiéitch en a le cœur rempli de joie car il comprend que si sa maison est bâtie sur le roc, peu importe s’il est seul, il se sent si léger ! Il se relève encore pendant la nuit pour lire le chapitre VII du même Évangéliste. Le récit de Simon le Pharisien et de la femme qui brise un vase d’albâtre pour en oindre le Christ et Lui baigne les pieds de ses larmes en ne cessant de les baiser le met en question, et il se compare à ce Pharisien, s’accusant de n’avoir pensé qu’à lui-même, et se demandant comment il aurait accueilli le Christ s’Il était venu chez lui. Il s’endort et entend soudain une voix à son oreille : « Martin ! ». Il se réveille en sursaut : « Qui est là ? ». Personne à la porte. Il se rendort et à nouveau, la même voix distincte : « Martin ! Eh ! Martin ! Regarde demain dans la rue, Je viendrai te voir. » Avdiéitch ne sait plus s’il a rêvé, s’il a été l’objet d’une illusion. Le lendemain, il se met alors à observer la rue de la fenêtre du sous-sol où il travaille, en se courbant…
Il appelle et accueille ainsi plusieurs personnes par charité. Un vieux bonhomme frigorifié qui n’a plus la force de déblayer la neige, auquel il sert tasses de thé sur tasse de thé. Ce dernier lui demande s’il attend quelqu’un. Et Martin lui parle de cette parole qui lui est allé droit au cœur la veille, celle de notre Batiouchka2 le Christ, comme Il a souffert, comme Il a marché sur terre, comme Il est venu chez le Pharisien… et comment ne pouvait-on pas honorer de son mieux notre Batiouchka le Christ ? Et Martin continue en lui racontant cette voix qui lui a murmuré deux fois « Attends-Moi, Je viendrai demain ». Et comme il L’attend toujours ! Il continue à parler du Christ qui servait, S’abaissait, allait toujours chez les plus humbles, les pécheurs, les pauvres artisans comme lui, le savetier… alors son hôte, se signe, se met à pleurer et s’en va en le remerciant de l’avoir traité ainsi.
Puis en face de sa fenêtre, il aperçoit une pauvre paysanne étrangère, en habits d’été, dans le froid, et qui n’a pas de quoi emmailloter son nourrisson. Il va la chercher, la restaure et lui donne avant de partir vingt kopecks, son dernier châle pour l’enfant, ce qui la fait fondre en larmes.
Enfin, toujours de sa fenêtre, il voit une vieille marchande ambulante avec un petit panier de pommes et qui porte sur son dos un sac de petit bois qu’elle pose par terre pour dégager son épaule douloureuse, tout en mettant le panier avec les quelques pommes sur une poutre ; un gamin en profite pour lui dérober une pomme. Elle l’attrape par une manche, l’enfant se débat, elle lui arrache sa casquette et lui tire les cheveux en tempêtant. Le gamin hurle. Martin sort et se précipite en voulant les séparer.
« Laisse-le babouchka3, pardonne-lui au nom du Christ. »
« Je vais lui pardonner de telle sorte qu’il s’en souviendra jusqu’à la prochaine correction. Je vais le conduire au poste le vaurien. »
Et Martin de supplier la vieille. Elle le lâche et le gamin veut s’enfuir mais Martin le retient :
« Demande pardon à babouchka, ne le refais plus, je t’ai vu prendre la pomme. »
L’enfant demande pardon en pleurant et Martin prend une pomme pour lui qu’il veut payer à la babouchka, tout en la priant de pardonner. Mais elle veut punir cet enfant de façon mémorable… et alors Avdiéitch de lui dire : « Babouchka, babouchka, Dieu ne juge pas ainsi, s’il faut fouetter pour une pomme que nous faut-il faire pour nos péchés ? Nous devons pardonner à tous, surtout à ceux qui ne savent pas ce qu’ils font, sinon il ne nous sera pas pardonné » et de lui raconter la parabole du débiteur inique. Alors la babouchka et le gamin l’écoutent. Finalement, elle s’attendrit tout à fait et le gamin lui porte son sac de bois sec en disant que c’est sur son chemin. La babouchka a même oublié de réclamer le prix de la pomme à Avdiéitch, qui s’en retourne chez lui.
Après son travail, il reprend son Évangile et se souvient du songe de la veille. Il croit entendre remuer derrière lui, se retourne et voit des gens dans le coin qu’il ne peut distinguer mais une voix lui murmure à l’oreille : « Martin ! Eh ! Martin ! Ne me reconnais-tu pas ? » – « Qui es-tu ? » – « C’est Moi ! » Viennent-alors tous ceux qu’il a accueillis et rencontrés pendant la journée, qui lui disent chacun à son tour : « C’est Moi ! C’est Moi ! C’est aussi Moi ! » Et pour finir la babouchka et l’enfant qui lui sourient et s’évanouissent…
Avdiéitch se signe, la joie au cœur et lit l’Évangile où il s’est ouvert :
« J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; J’ai eu soif et vous m’avez donné à boire. J’étais étranger et vous m’avez accueilli. »
Et au bas de la page : « Ce que vous avez fait à l’un des plus petits de Mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait. » (Matt. XXV)
Oui, Avdiéitch comprend alors qu’il ne s’est pas trompé et que le Sauveur est venu chez lui et que c’est Lui qu’il a accueilli ce jour-là.
Éd. Seuil, 1961 – traduction du Russe E. Halperine-Kaminsky,
adaptation A. Monney
* * *
Deuxième anecdote, actuelle, qui vient de l’Ancien Ephrem de Vatopédi (Athos) en réponse à une jeune femme restée veuve et qui s’interroge sur la voie à prendre dans sa vie solitaire.
L’Ancien lui répond en lui racontant le fait suivant : en allant à Thessalonique, il rencontre sur son chemin, une vieille yaya4 – très pauvre, qui vend des gâteaux secs pour subsister. Elle a une immense icône du Christ chez elle. Chaque matin, elle se prosterne devant Lui et Il lui parle : « Aujourd’hui, va dans telle rue » ou « Ce matin, passe par cette rue » ou encore : « Ne va pas là, il y aura des voleurs » ou « Arrête-toi dans cette rue, mets-toi devant cette boutique mais n’y entre pas car ils se moqueraient de toi » et ainsi de suite. Et tout se passe selon la Parole du Seigneur. Il est son Ami, elle n’en doute pas, se tait et L’écoute c’est-à-dire, Lui obéit – dans la confiance de l’amour réciproque. L’Ancien Ephrem est émerveillé face à cette foi qui vit une relation si simple et forte avec le Christ. Cette pauvre yaya trouve tout naturel que le Christ lui parle chaque matin avant qu’elle s’en aille vendre sa modeste marchandise.
Il commente en disant à cette jeune femme désemparée dans son veuvage, que le Christ est le meilleur Ami, le meilleur Père et Sa Mère, la meilleure qui soit. À elle d’agir pour qu’Ils le deviennent en commençant par lire chaque jour un chapitre de l’Évangile. Et ainsi, elle vivra son union avec Dieu et ne se sentira plus jamais seule.
En conclusion, ces deux récits peuvent nous donner la marche à suivre pour cette année qui vient de commencer : bonne route avec Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie !
Anne Monney

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