« Ô Galates insensés, qui vous a fascinés, pour ne pas obéir à la vérité, vous aux yeux de qui a été dépeint Jésus Christ crucifié au milieu de vous ? » (Ga. III, 1)
Avant d’en venir au thème essentiel de cette épître de saint Paul, voyons d’abord qui sont les destinataires de cette lettre et quel est le but que l’Apôtre des nations se fixe en la leur faisant parvenir. Dans l’Écriture sainte, ce nom de Galates renvoi à des tribus celtes qui, passant d’abord par la Grèce continentale, vinrent s’établir en Asie mineure vers le début du IIIe siècle avant notre ère, autour des villes d’Ancyre, de Tavium et de Pessinonte, cités situées au centre de l’Asie mineure. Ce territoire des Galates est d’abord assez restreint, mais il va s’agrandir au fur et à mesure du temps, pour constituer un royaume qui englobera la Lycaonie, la Pisidie et une grande partie de la Phrygie. Un territoire assez vaste donc, mais qui en 25 avant Jésus Christ, à la mort du dernier de ses rois, deviendra une province romaine. Lorsque l’empereur romain Dioclétien réorganisa l’Empire, ce territoire sera partagé entre les diocèses d’Asie et du Pont et, de ce fait, la Galatie sera à nouveau réduite au seul territoire peuplé par les Galates.
Dans l’Ancien Testament, au deuxième Livre des Maccabées, il était déjà question de ces tribus celtes appelées Galates, quand il est décrit une bataille sous le règne de Sennakérib, lorsque Judas Maccabée exhorta pour leur donner du courage, ses six mille hommes, en leur rappelant une victoire remportée contre les Galates : « Il énuméra aussi les cas de protection dont les aïeux furent favorisés : sous Sennakérib, quand périrent cent quatre-vingt-cinq mille hommes, en Babylonie dans une bataille contre les Galates, où le nombre total de ceux qui prenaient part à l’action s’élevait à huit mille hommes avec quatre mille Macédoniens et où, les Macédoniens mis en difficulté, les huit mille anéantirent cent vingt mille ennemis, grâce au secours venu du Ciel, et firent un grand butin » (II Mac. VIII, 19-20).
Saint Paul, au cours de ses voyages missionnaires où il annonce le kérygme évangélique, est venu par deux fois dans cette région, comme nous le dit le Livre des Actes des Apôtres : « Ils [Paul et Timothée] traversèrent la région phrygio-galatique, le Saint Esprit les ayant empêchés d’annoncer la Parole en Asie » (Ac. XVI, 6) et au début du troisième voyage : « Après y avoir passé quelque temps [à Antioche], il repartit et parcourut successivement le pays galate et la Phrygie, fortifiant tous les disciples » (Ac. XVIII, 23). C’est pendant ces voyages missionnaires que furent fondées les Églises auxquelles l’épître est adressée : « … aux Églises de Galatie ; à vous grâce et paix… » (Ga. I, 2b-3a). Il convient de se rappeler qu’au temps de l’Apôtre, la Pisidie et la Lycaonie étaient intégrées dans la province de Galatie et que ces deux régions furent évangélisées lors du premier voyage, lorsque Paul et Barnabé envoyés en mission par l’Église d’Antioche « arrivèrent à Antioche de Pisidie » (Ac. XIII, 14b).
La datation de l’épître
Il n’y a pas unanimité à ce propos, chez les commentateurs. Une première hypothèse veut que notre épître ait été rédigée et envoyée à ses destinataires avant le Synode de Jérusalem (Ac. XV), c’est-à-dire avant que Paul ne visite la Lycaonie et la Pisidie. Selon cette hypothèse, l’épître aux Galates serait la plus ancienne, écrite après le premier voyage missionnaire, elle aurait été envoyée d’Antioche vers 49. Elle serait donc antérieure à I et II Thessaloniciens dans ce cas. Mais, selon la position des anciens Pères, la lettre aurait été adressée aux seuls Galates qui méritent au sens stricte ce nom, c’est-à-dire aux Galates du Nord après le second voyage missionnaire tel qu’il est mentionné en Actes XVIII, 23 déjà cité. L’épître aurait été envoyée vers 56, d’Éphèse, peu de temps avant la rédaction de l’épître aux Romains avec laquelle elle a une évidente parenté quant aux thèmes développés. Notons pour finir sur cette question dont l’examen détaillé est hors de propos dans cet article, que Ga. II, 1-10 concerne les questions et évènements identiques à ceux qui furent présentés et débattus au Synode de Jérusalem selon le récit qu’en donne Actes XV.
Le but de cette épître adressée aux Églises de Galatie
Bien qu’il était atteint d’une mystérieuse maladie évoquée dans la deuxième épître aux Corinthiens : « Et pour que l’excellence même de ces révélations ne m’enorgueillisse pas, il m’a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan chargé de me souffleter, pour que je ne m’enorgueillisse pas » (II. Cor. XII, 7), c’est néanmoins l’Apôtre des Gentils lui-même qui proclama le kérygme qui donnera naissance à ces Églises. Les Galates le reçoivent comme un ange de Dieu et même comme le Seigneur ! : « Vous le savez ; mon corps était bien malade, quand pour la première fois je vous ai annoncé l’Évangile, et pour ce corps, qui vous était une épreuve, vous n’avez marqué ni dédain ni dégoût ; loin de là, vous m’avez accueilli comme un ange de Dieu, comme le Christ Jésus » (Ga. IV, 13-14). C’est pourquoi il se souvient avec émotion et gratitude de leurs témoignages d’affection, eux qui : « s’il eût été possible » se seraient arraché les yeux pour les lui donner (Ga. IV, 15).
Ainsi l’Apôtre montre l’attachement qu’il a pour « ses chers Galates », il les appelle ses « petits enfants » pour lesquels il « endure à nouveau les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (Ga. IV, 19). Les Galates avaient reçu l’Esprit Saint (Ga. III, 2), des Églises furent fondées et des miracles accomplis parmi eux. Dieu leur avait envoyé l’Esprit de son Fils « qui crie : Abba ! Père ! » afin qu’ils ne soient plus esclaves mais fils adoptifs à la suite du Fils, fils et héritiers « de par Dieu » (Ga. IV, 6-7).
Cependant, lors du second voyage missionnaire, l’Apôtre est témoin d’un refroidissement de la foi : « Où sont-elles donc ces protestations de bonheur ? » (Ga. IV, 13), « Serais-je devenu votre ennemi en vous disant la vérité ? » (Ga. IV, 16). L’Apôtre ne transige pas, il parle avec fermeté, dans un esprit d’amour, mais sans rien concéder. Il répète ce qu’il avait déjà dit : « Nous l’avons déjà dit, et je le redis aujourd’hui : si quelqu’un vous annonce un Évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! » (Ga. I, 9).
Celui qui annonce un autre évangile semble gagner du terrain et saint Paul, bien qu’il soit loin, est très exactement renseigné sur les progrès de l’hérésie qui mettrait en cause l’existence même de ces Églises, si elle parvenait à ses fins. Il faut rappeler que ce sont les Gentils qui composent en majorité ces Églises : « Oui, c’est moi, Paul, qui vous le dis : si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien » (Ga. V, 2), ce qui signifie que seule sauve la foi en Christ. Mais il y avait dans ces mêmes Églises des fils d’Israël et des prosélytes convertis au Christ, ayant une bonne connaissance des Livres saints, comme le démontre l’abondance des citations de l’Ancien Testament, présentes dans l’argumentation de Paul pour réfuter les Judaïsants. Qui sont-ils ces Judaïsants ? Des gens très attachés aux pratiques de la Loi mosaïque? ou des syncrétistes ? L’épître ne donne pas de détails sur eux, car là n’est pas l’essentiel. On pense à un groupe opposé à l’enseignement de Paul, venu de Jérusalem ou d’Antioche, « quelques-uns, τινες » (Ga. I, 7) qui sèment le trouble parmi les fidèles. Ce groupe est visiblement minoritaire mais, si l’on en croit l’Apôtre, il avait à sa tête un homme ayant une réelle autorité, car Paul dit à son sujet : « Quant à celui qui jette le trouble parmi vous, il subira sa condamnation quel qu’il soit » (Ga. V, 10).
Ces Judaïsants que l’on rencontre dans les Églises de Galatie, mais aussi dans d’autres Églises fondées par l’Apôtre, mettent en cause l’autorité apostolique de Paul ainsi que ses enseignements doctrinaux et moraux. Ils le font avec l’intention très nette de le discréditer et de substituer à l’Évangile révélé à Paul, « un autre évangile » dont nous allons voir les caractéristiques, en suivant l’argumentation déployée dans l’épître pour les contrer.
L’argumentation des Judaïsants
La qualité d’apôtre est déniée à saint Paul, qui, disent-ils, n’est pas un témoin oculaire du Seigneur, n’est pas lié originellement au groupe des premiers apôtres du Christ et qui prétend avoir reçu une révélation indépendamment des apôtres qui sont à Jérusalem. D’ailleurs, même après sa conversion sur le chemin de Damas, poursuivent-ils, il n’est pas égal aux premiers apôtres, mais tout au plus un élément de second rang, car c’est des Apôtres qu’il avait reçu son enseignement.
Ensuite, quatorze ans après sa conversion, quand il monte de nouveau à Jérusalem avec Barnabé, il dû se soumettre à la sainte assemblée, bien qu’il restât sur ses positions : « Cependant nous ne leur cédâmes en rien, pas même un instant, afin de sauvegarder pour vous la vérité de l’Évangile. Quant aux autorités reconnues, – ce qu’elles pouvaient bien être, peu m’importe ! Dieu ne regarde pas aux personnes – les autorités, dis-je, ne m’imposèrent rien de plus » (Ga. II, 5-6). Enfin, lors de l’incident d’Antioche : « Mais quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face... » (Ga. II, 11), Pierre avait blâmé sa conduite vis-à-vis des Gentils et s’était séparé de lui en refusant, sous la pression des Judaïsants, de prendre ses repas avec les païens.
L’argumentation anti-paulinienne avait de quoi déstabiliser les fidèles dont la foi était chancelante, d’autant que les Judaïsants, comme tous ceux qui à travers les âges répandent des hérésies, commençaient par semer le doute, pour mieux démolir dans un deuxième temps. À côté de l’attaque menée contre la personne de l’Apôtre, les doutes exprimés quant à ses enseignements, on prétendait que la manière de vivre qu’il préconisait s’opposait à l’enseignement des Apôtres et aux usages des Églises fondées par eux. On accusait Paul de duplicité, de compromission, car il tenait des discours différents devant les Juifs et devant les païens.
Plus encore, l’Évangile de Saül devenu Paul était faux, car Dieu, dans les temps anciens, avait donné au Sinaï la Loi à Moïse, fondement d’une alliance éternelle puisque le Seigneur ne reprend pas sa parole et si les Galates voulaient entrer dans cette alliance, autrement dit devenir intégralement chrétiens, ils devaient accepter la circoncision comme signe d’appartenance à cette alliance, faute de quoi ils ne pouvaient espérer avoir part au salut messianique promis.
En suivant pas à pas notre épître, on peut penser que ces Judaïsants étaient de tendance syncrétiste. S’ils imposaient la circoncision et l’observance des jours des fêtes juives : « Vous observez jours, mois, saisons, années ! » (Ga. IV, 10a) ils semblaient plutôt silencieux sur les autres obligations de la Loi, mais c’est peut-être par tactique, pour ne pas effrayer ceux qu’ils voulaient ramener à eux (Ga. V, 3). L’hérésie avance toujours cachée ! Au demeurant, pour eux-mêmes, ils étaient loin d’une observance stricte : « Car les circoncis eux-mêmes n’observent pas la Loi. S’ils veulent vous faire circoncire, c’est pour avoir en votre chair un motif de se glorifier » (Ga. VI, 13).
Les Judaïsants avaient encore deux autres arguments pour essayer de convaincre les Galates de renoncer à l’Évangile annoncé par saint Paul, Évangile qu’il reçut d’une révélation. En ces temps de persécution, il était avantageux pour eux de se faire circoncire, puisqu’ainsi ils pouvaient jouir de la tranquillité, les Juifs ayant obtenu des privilèges de l’autorité romaine : « Ceux qui veulent se faire bien voir pour des motifs charnels sont ceux-là mêmes qui vous imposent la circoncision, à la seule fin de n’être pas persécutés pour la croix du Christ » (Ga. VI, 12).
D’autre part, l’Apôtre, en affirmant la caducité de la Loi et en proclamant la liberté de ceux qui appartiennent au Christ, détruisait, disaient-ils, toutes les digues qui contenaient les flots nauséabonds du péché et, de facto, il autorisait tous types de vices, puisque cette liberté était pour eux synonyme de licence. L’attaque des Judaïsants ne manquaient pas d’habileté et pouvait déstabiliser ceux dont la foi était faible. De plus, leur doctrine semblait bien s’enraciner dans l’Ancien Testament et le Seigneur lui-même n’avait-il pas observé la Loi de Moïse ? Nous verrons dans la deuxième partie de cet article comment saint Paul réfute magistralement ces fausses doctrines, comment par la foi et la vie en Christ, nous sommes libérés. La parole que l’Apôtre des nations adresse aux Galates a une portée intemporelle, car « C’est pour être libres que le Christ nous a libérés : tenez donc ferme, et n’allez pas vous remettre sous le joug de l’esclavage » (Ga. V, 1).
P. Gérard Reynaud

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
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