Ajouté le: 7 Avril 2019 L'heure: 15:14

Le Tombeau source de notre résurrection

Depuis des siècles, l’Église célèbre le plus grand événement de l’humanité : la Résurrection du Christ ! C’est le zénith des fêtes, solennité des solennités et joie infinie, car la Pâque très Grande nous est révélée. Pour cet événement d’une incommensurable profondeur, nous vivons une longue période de préparation progressive : le Grand Carême, ainsi appelé aussi bien pour sa longueur, que pour son importance théologique. Avec chaque semaine du Carême qui passe, nous sommes plus proches de la Résurrection. Et les derniers jours, d’une intensité maximale, préparent chaque membre de ce corps mystique, l’Église, à assumer la mort du Christ pour pouvoir aussi ressusciter avec Lui. C’est comme un Baptême dans lequel nous nous dépouillons du vieil homme pour revêtir l’habit de lumière. 

Cette séparation de ce qui est ancien fait mal. Cela nous fait mal de perdre quelque chose qui nous appartient. Cela nous fait mal de perdre quelqu’un que nous aimons. Pour ceux qui ont déjà un lien plus intime avec le Christ, cela leur fait mal de voir ce qui les sépare de Lui. Mais à la mort du Christ, c’est la Mère de Dieu qui a ressenti la douleur la plus profonde. Avant le dernier Évangile de l’office du Jeudi Saint, nous chantons « La Vierge a été blessée au cœur d’amertume, et soupirant douloureusement de toute son âme, en déchirant son visage elle se tourmentait ». Il y a tout un canon dédié à cette lamentation et à ces pleurs de Celle qui a enfanté Dieu. Il s’agit du canon des Complies du Vendredi Saint, composé par un certain Siméon le Logothète, hymnographe ayant peu composé. Et à ce drame de l’âme déchirée de douleur à la mort du Fils de Dieu, répond un encouragement très fort dans les textes liturgiques : « par Ta mort tu donnes la vie au monde », « resplendis, Ô Mon Christ, encore plus éclatant », « Hâte-Toi de ressusciter, en effaçant la douleur de Ta très Pure Mère », nous chantons dans l’office des stances à la mort du Christ. Le Seigneur Jésus n’est pas mort seulement à ce moment-là, mais meurt encore et encore. L’hymnographie est riche en textes qui rendent actuels tous les événements du salut. Dans notre cas, au sujet de la Passion et de la Résurrection du Christ, des saints comme Côme le Mélode, André de Crète, Jean Damascène, Joseph l’Hymnographe, tous ayant vécu aux VIIè-VIIIè siècles, montrent que « Aujourd’hui Judas vend le Maître », « Aujourd’hui les Juifs ont crucifié le Seigneur », « Aujourd’hui le voile du Temple se déchire », « Aujourd’hui... de la lance a été percé le Fils de la Vierge », « Aujourd’hui le Maître de la créature se tient devant Pilate », « Aujourd’hui le tombeau détient Celui qui tient toute la Création dans la paume de sa main », etc. Cet « aujourd’hui » répété d’une manière obsessionnelle dans des stichères chantés sur tous les tons, ne montre pas autre chose que la réalité de la présence du Christ dans le monde où nous vivons, et que nous sommes, chacun d’entre nous, ceux qui vendons, qui bafouons, qui crucifions le Seigneur par nos péchés, et Lui, Il « patiente longuement afin de sauver ceux qu’il a créés ». 

La mise au tombeau du Sauveur (ou Lamentations) est comme une berceuse, puisque tout souffle chante avec ardeur, sachant sans aucune hésitation que le Christ va ressusciter. En ce qui concerne l’ancienneté de l’office de la Mise au tombeau en tant que composition liturgique, on le situe approximativement vers les XIIIè ou même XIVè siècles. On doit souligner le fait que ses stances ne sont pas apparues tout à coup comme un effet spontané de la révélation d’une personne, mais représentent l’accumulation d’une évolution de la tradition liturgique. Il est certain que pour les Lamentations nous disposons de textes liturgiques originaux considérés comme des prototypes, qui ont été des points de départ. Pratiquement, nous avons ce cas typique dans l’hymnographie : des textes patristiques ou d’autres textes liturgiques servent comme source d’inspiration pour les tropaires des Lamentations. Il y a parfois même des textes et des idées pré-chrétiennes qui peuvent être une source d’inspiration pour le compositeur des Lamentations, comme par exemple l’image de « doux printemps » qui est présente dans le texte des Lamentations.

À la mort de quelqu’un nous pleurons. Comment ne pas pleurer à l’ensevelissement du Christ ?! Et voici que ces pleurs ne se montrent pas, parce que le tombeau devient « porteur de vie, plus beau que le Paradis et que toute chambre impériale ». Les larmes de douleur à l’entrée du tombeau s’effacent même plus vite que la Résurrection, car le tombeau, c’est le commencement, « la source de notre résurrection ». Après les 186 strophes des Lamentations, alternant avec les versets du Psaume 118, et disposées en trois stances, le Triode mentionne que « tout de suite on chante les Bénédictions de la Résurrection amplement, en ton 5, par Pierre le Lampadarios ». C’est un cas singulier où l’on précise exactement dans un livre de textes, tel que le Triode, des données liées au mélos et à son auteur. Pierre le Lampadarios ou de Péloponnèse (†1777) était un grand chantre byzantin et enseignant de musique byzantine qui a développé une riche activité à Bucarest et ailleurs. Il est aussi surnommé le « Beethoven » de la musique byzantine, et sa création est un repère sonore pour nous  qui vivons aujourd’hui et qui avons perdu le contact avec les écrits anciens. Ainsi, les Bénédictions de la Résurrection composées par Pierre de Péloponnèse ont un impact puissant sur ceux qui sont venus à la mise au tombeau du Seigneur. Le ton V ou le plagal du ton I apporte une atmosphère qui suggère la charité et la bienveillance, et la mesure convenable, bien proportionnée, sur laquelle on chante maintenant ces strophes de la Résurrection alternant avec le refrain « Tu es béni, Seigneur, enseigne-nous Tes jugements », apporte quelque chose du parfum de la fête du jour très saint et lumineux de Pâques. À partir de maintenant, l’hymnographie change ; tous les tropaires et les textes seront bilatéraux, selon la double présence ubique du Christ au plus profond de la terre (car nous savons que le Samedi Saint nous célébrons la descente aux enfers) et dans les Cieux. Le triomphe du Christ sur la mort est chanté dans le canon qui suit déjà les Stances. Ce canon a été composé par trois saints : deux évêques (Marc d’Idrun et Côme de Maïouma) et une moniale (Cassia l’hymnographe). L’idée de ce canon composé de neuf odes chantées sur le ton VI peut être récapitulée dans un tropaire que nous entendons à chaque Liturgie régulière : « Au tombeau avec le corps, aux enfers avec l’âme, comme Dieu, au paradis avec le larron et sur le Trône avec le Père et le Fils, Celui qui est incirconscriptible, remplissant tout ». C’est la divinité du Fils Qui S’est fait Homme pour ramener l’homme à son état d’origine. 

Le Samedi Saint est un jour d’hésychia, au vrai sens du terme. C’est un état de calme, de silence et d’attente. Nos ancêtres passaient ce jour dans l’église, en écoutant pieusement les paroles de l’Évangile et les prophéties de l’Ancien Testament. Aujourd’hui nous avons encore ces lectures bibliques de la Liturgie de Saint Basile le Grand uni aux vêpres, sous la forme des parémies, au nombre de 17. C’est le jour où nous recevons l’exhortation, à l’hymne des Chérubins « Que toute chair mortelle fasse silence et se tienne avec crainte et tremblement. Que rien de terrestre n’occupe sa pensée ». Il n’y a même plus de place pour les pleurs et la douleur. Le Christ s’adresse à la Mère de Dieu et par elle à chacun d’entre nous en personne : « Ne pleure pas sur moi, Mère, en voyant au tombeau le fils que tu as conçu miraculeusement. Car je ressusciterai et je serai glorifié, et j’élèverai à une gloire sans limite ceux qui vous magnifient avec foi et amour ». C’est l’hirmos que nous entendons chanter au lieu de l’axion à la Liturgie de Saint Basile de ce jour. Et le fait qu’en ce jour de calme les Saints Pères ont établi dans l’Église une Liturgie comme celle de Saint Basile est l’illustration la plus éloquente  que ce jour n’est pas un jour de tristesse, mais de joie. C’est la plénitude de la grâce qui descend et revigore les âmes qui brûlent de la nostalgie du Christ Qui « S’est réveillé de Son sommeil afin de nous sauver », comme nous le chantons au Koinonikon de la même Liturgie.

Et voici notre salut : au milieu de la nuit l’église fourmille de fidèles ; aussi nombreux que les étoiles, petits et grands, se rassemblent à l’appel « Venez prendre la lumière de la Lumière du Christ » ! Et tout de suite on entend le tropaire « Ta Résurrection ô Christ, Sauveur, les anges la chantent dans les cieux, accorde-nous à ceux qui sommes sur terre, de Te célébrer avec des cœurs purs ». Pour la purification du cœur nous faisons à nouveau appel au Verbe de Dieu ;  d’où ensuite l’Évangile de la Résurrection,  suivi par l’explosion de joie de l’humanité : « Le Christ est ressuscité des morts, par la mort Il a terrassé la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux Il a donné la vie ». Le tropaire de la Résurrection va être chanté désormais à maintes reprises, sur des mélodies diverses, à commencer par les mélodies traditionnelles, gardant l’ifos archétypal, jusqu’à des innovations récentes, faciles à assimiler et acceptées par beaucoup. 

La fête de la Résurrection est universelle. Tous les chrétiens l’embrassent pieusement. Son universalité est également soutenue dans l’Église par le fait que nous avons les vêpres de la Résurrection du premier jour de Pâques, aussi appelées « la seconde Résurrection ». C’est le moment où tout fidèle, quel que soit le pays où il se trouve, peut avoir accès à la parole évangélique, par le fait que la péricope sur la révélation du Christ à Thomas est lue en 12 langues étrangères. Nous, ceux qui vivons dans la diaspora, chacun dans le pays où Dieu nous a fait venir pour Le prêcher, dans cette période pascale, nous pouvons plus facilement nous rapprocher de nos frères qui sont également sensibles à cette fête. Et cela se fait par les chants si variés et riches en significations, qui peuvent faire vibrer les cœurs de nos « hôtes », même pour quelques fragments entendus dans leur langue maternelle. 

Toute la semaine qui suit le Dimanche de Pâques comprend tout un cycle d’octoèque. Si pendant toute l’année jusqu’à maintenant,  pour chaque ton ecclésial on avait une semaine entière, à présent, durant la Semaine Radieuse, à chaque ton correspond une journée. Ainsi, le cycle de huit semaines est comprimé en huit jours. La colonne vertébrale de toute  cette période reste le Canon de la Résurrection composé par Saint Jean Damascène (VIIIè siècle), surnommé également « le Canon d’Or », le seul des canons qui est encore chanté unanimement. Composé sur le ton I de la musique byzantine, il exprime la sobriété et la profondeur, mais apporte aussi un ton majestueux comme un vêtement de lumière.  

La fête pascale est l’ouverture de l’humanité vers la Source, afin que nous nous désaltérions tous de la « boisson nouvelle » – le Christ, mais aussi l’ouverture vers les autres à qui nous devons « pardonner tout pour la Résurrection » et « nous embrasser les uns les autres ».  

Moniale Timothée, Vilaller

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