Ajouté le: 5 Septembre 2018 L'heure: 15:14

En pensant à l’Exaltation Universelle de la Croix… le 14 septembre

Le 1030ème anniversaire du baptême de la Russie par le prince Saint Vladimir a été célébré en grande pompe le 28 juillet dernier à Moscou. La foule y était nombreuse et la ferveur proportionnelle. Magnifique Liturgie célébrée en plein soleil : le Patriarche Kyrill frappe toujours par son intense consécration ; pas un instant, il ne se laisse distraire de la prière et chacun de ses gestes en témoigne. Il avait pour invité concélébrant le Pape et Patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique, Théodoros II, dont la majesté souffrante était un contre‑point à celle de la « Rus’ » plongée dans le risque du schisme avec l’église d’Ukraine…

D’aucuns auront pu regretter que l’homélie du matin, comme le discours devant la statue impressionnante de force de Saint Vladimir l’après‑midi, ait été un panégyrique du prince égal aux Apôtres – ce qui est justifié – mais surtout de la « culture » russe. En effet, sous toute réserve de la traduction simultanée et partielle, donnée aux francophones , il y a été fait mention des « chutes » et des « erreurs » de l’histoire de plus de dix siècles de christianisme comme d’ incidents de parcours assez normaux.

Cependant, pour respecter la vérité de l’Histoire, est‑ce possible de considérer le fait de millions de martyrs – des purges staliniennes entre autres – plus nombreux que les victimes de la Shoa, comme des « chutes et des erreurs » ou des « péripéties » ? Termes plus que vagues pour en référer à tous ceux qui ont donné leur vie parce qu’ils étaient fidèles au Christ. Ne pourrait‑on considérer que c’est les passer sous silence ? Où est donc passé le message central de la Foi en Christ : la Croix ? Car c’est bien sur et par le sang de ses martyrs que l’Église russe renaît de ses cendres et de ses décombres. Les goulags ont donné une foison de Saints connus mais aussi inconnus au prix de la torture morale et physique souvent de toute une vie. C’est avec émerveillement, admiration et gratitude infinie que nous, Orthodoxes d’Occident, devons les considérer car l’Église étant une, ils nourrissent aussi – réveillent ! – notre Foi en témoignant de la Croix vivifiante, celle d’où seule peut jaillir la Résurrection. Bien sûr, nous nous souvenons detous les martyrs du Communisme et rendons grâce à Dieu pour eux : ceux si nombreux de Roumanie, de Bulgarie, d’ex‑Yougoslavie, de Tchécoslovaquie… Les martyrs de tout pays dans le monde où le Christ est crucifié en Ses disciples, indépendamment de toute idéologie ou système politique.

En conclusion, les textes ci‑dessous : la Parole de l’Archimandrite Zacharias sur la mort des Saints ; et une lettre du Starets Ivan Krestiankin – déjà évoqué dans d’autres numéros d’Apostolia – pour rappel, son bourreau lui avait cassé les doigts de la main un à un mais ce Starets n’a jamais cessé de prier pour lui et le rencontrant une fois, le serra dans ses bras… il fait d’ailleurs mention ici d’un martyr russe du 16ème siècle !

Les martyrs, comme notre Seigneur, l’Agneau doux et humble, vivent l’amour des ennemis sans lequel nous n’avons pas le droit de nous appeler chrétiens.

Anne Monney

La mort des saints

La mort injuste du Seigneur a condamné et annihilé la puissance de notre mort qui n’existait que par le péché qui l’avait précédée. De même, la mort volontaire pour l’amour de Dieu, pour l’amour de Ses commandements, condamne la mort involontaire qui a pénétré le monde à cause du péché.

Tous les Saints de Dieu se livrèrent eux‑mêmes à une telle souffrance. Beaucoup de fois, par la Providence de Dieu, le Seigneur a permis qu’ils dussent goûter même l’enfer, non pas pour périr, mais pour pénétrer la profondeur du mystère de la descente du Christ dans l’Hadès, et ainsi connaître totus Cristus (le Christ en Son entier), de même que Son chemin des Cieux des Cieux vers les lieux les plus bas de la terre.

« Puisqu’Il est monté, qu’est‑ce donc sinon qu’Il est d’abord descendu dans les régions les plus basses de la terre ? », dit Saint Paul avec émerveillement.

C’est la trajectoire du Christ : d’abord, Il est descendu et ensuite Il est monté. De même, au travers de la souffrance, tous Ses Saints ont le privilège de prouver eux‑mêmes qu’ils sont la maison de Dieu et de connaître toute l’étendue du chemin du Christ.

Archimandrite Zacharias, monastère Saint‑Jean‑Baptiste, Essex, GB

(Trad. A. Monney )

 

« Votre croix vous sauvera a la fois vouset votre famille »

« Cher(e) dans le Seigneur, N. !

J’ai reçu votre lettre. Bien, qui peut argumenter avec Dieu ? Qui oserait Lui dire ce qu’Il doit faire ? Il ne demande conseil à personne ni ne doit rendre de comptes à personne. Nous ne pouvons regarder en bas de notre clocher et fixer correctement ce qui nous arrive et ce qui se passe autour de nous.

Je marche le long du « chemin ensanglanté »1 de notre monastère, et en fermant les yeux, je rejoins la procession funéraire au seizième siècle, avec le Tsar Ivan le Terrible, portant dans ses bras le corps sans tête de Saint Cornélius, Abbé de notre monastère. Horreur, douleur, perplexité sont dans le cœur de tout homme prenant part à cette procession si affligeante.

Maintenant c’est le vingtième siècle – ’Église prie cet Abbé : « Saint Père Cornélius, prie Dieu pour nous. » Et il le fait car il a reçu l’assurance d’être près de Dieu comme intercesseur de ceux qui le prient, par sa sainte vie et sa mort de martyr. Par ses prières, le monastère vit et tient ferme sans aucun arrêt de sa vie monastique ni de sa prière à Dieu. Tandis qu’au seizième siècle, d’assez nombreux cœurs ont dû oser protester contre ce qui était arrivé et en opposition à Dieu : pourquoi ? Dans quel but ? Mais les jugements de l’homme ne sont pas ceux de Dieu.

Vous souffrez, souffrez de tout votre être au point de murmurer et de vivre un abandon de Dieu ; vous souffrez parce que vous êtes devenu(e) un fardeau pour les autres – vos proches. Mais savez‑vous que votre souffrance, et la graine de miséricorde, la compassion, et l’aide que vos proches vous témoignent vous sont comptés à chacun comme acte héroïque, comme suppliques pour le salut de vos âmes ?

Oui, sans aucun doute la croix de votre vie a un poids exceptionnel, mais sa valeur est grande, car elle ne vous est pas seulement comptée comme acte héroïque mais aussi à toute votre famille. Bien sûr, ce serait bien que vous puissiez la porter sans murmurer, en élevant votre esprit et votre cœur plus profondément et plus souvent vers Dieu – là où est notre patrie, où est notre Père, Qui aime chacun de Ses enfants. Pardonnez‑moi pour l’amour du Christ.

Je ne vous écris pas juste des mots vides, mais qui montent de mon cœur, et viennent de la longue expérience de ma vie. Je vous parle en référence à la croix de ma vie (et je veux vous dire en secret, et à vous seul(e), que ma croix aussi n’est pas si petite et gloire à Dieu pour tout). Comme notre vie est courte, et comme l’éternité est grande où la joie d’être avec Dieu nous attend vous et moi.

Extrait de « May God Give You Wisdom ! », Letters of Ivan Krestiansky,
Stretensky Stavropegic Monastery & St Xenia Skete 2007

Trad. A. Monney

Notes :


1. Après que le Tsar Ivan le Terrible d’un coup de rage aveugle eut coupé la tête de Saint Cornélius, Abbé du monastère des grottes de Pskov, il revint tout à coup à lui et se repentit amèrement de son acte meurtrier. Le Tsar porta le corps de Saint Cornélius le long du chemin pavé qui descend du Saint Portail à l’église de la Dormition. Le sang du Saint se répandit tout au long de ce chemin, qui depuis s’appelle le « chemin ensanglanté » – au monastère des Grottes de Pskov.

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