Ajouté le: 11 Janvier 2018 L'heure: 15:14

Kérygme et inculturation de la foi chrétienne. Hier et aujourd'hui (2)

Les principaux thèmes de la prédication kérygmatique des saints Apôtres du Seigneur vont se retrouver dans les « Apologies » des IIe et IIIe siècles, ainsi que dans les textes des Pères des siècles ultérieurs. L’Église ancienne s’inscrira dans un processus fait de confrontation et de dialogue tout à la fois avec la culture païenne et ceci est une caractéristique de tout mouvement d’inculturation. Donc, inséparablement, condamnation ferme du paganisme, des sacrifices aux dieux, des oracles, critique voire rejet de la philosophie grecque et hellénistique, dénonciation de l’immoralité des mœurs jugées contraires à la loi divine et bien d’autres choses encore, mais non rejet en bloc de l’hellénisme.

C’est particulièrement vrai en ce qui concerne l’héritage philosophique que les nouveaux convertis, ceux venant du judaïsme hellénisé ou ceux venant du paganisme, apportent avec eux sans le purifier, ce qui posera de nombreux problèmes à l’Église. Il faut en effet ne jamais perdre de vue que l’hérésie est toujours une révolte de la raison humaine déchue, qui se perd dans les raisonnements en cherchant à conceptualiser ce qui est hors de portée du logos humain. Toutes les grandes hérésies des IVe et Ve siècles sont porteuses de cette prétention insensée et la remarque vaut pour toutes les hérésies à travers les siècles. Différents courants philosophiques de la période hellénistique tardive joueront un rôle non négligeable dans les mouvements hérétiques, d’où la relation difficile et ambivalente à la philosophie.

Les Pères et les auteurs d’ « Apologies » aux IIe et IIIe siècles ne sont pas unanimes quant à la philosophie. Les uns comme saint Justin, philosophe et martyr, Clément d’Alexandrie, Origène, saint Grégoire le Thaumaturge, les Pères cappadociens au IVe siècle, saint Basile le Grand, saint Grégoire le Théologien, saint Grégoire de Nysse, sont dans une logique de confrontation et d’appropriation. D’autres adoptent une attitude de rejet de la philosophie grecque, comme Théophile d’Antioche, Tatien le Syrien, Tertullien en Afrique romaine, Théodoret de Cyr ou Épiphane. Selon eux, les philosophes se contredisent les uns les autres, ce qui n’est pas faux, et se contredisent eux‑mêmes. Les vérités partielles dont ils peuvent être porteurs, sont la plupart du temps entachées d’erreurs. Cependant et ce n’est pas le moindre des paradoxes, ces auteurs n’hésiteront pas à recourir à des arguments philosophiques pour réfuter leurs adversaires.

Il est heureux que le point de vue des Pères Apologètes, des Alexandrins et des Cappadociens l’ait emporté, car dans le cas contraire, la foi chrétienne courait le risque de devenir un fidéisme sans prise avec la réalité, ou pire une secte millénariste. En effet, les chrétiens, pour se faire comprendre des païens se devaient d’employer leur langage, parler et philosopher comme des Grecs pour engager le dialogue et la controverse. Ils ne pouvaient pas rejeter sans discernement toute forme de philosophie, alors même que celle‑ci pouvait leur donner des arguments apologétiques pour la défense de la foi et pour répondre aux attaques de leurs adversaires.

L’intention des « Apologies »

Après la prédication des Apôtres et la naissance des Églises qu’ils fondèrent, par le témoignage des martyrs, sanguis martyrum semen christianorum, par le dynamisme missionnaire, la foi se répand très vite dans le grand corps du monde gréco‑romain. Très tôt plusieurs témoignages l’attestent : dans une lettre à Trajan en l’an 111, Pline le Jeune parle de la « contagion de la détestable superstition » et le grand historien romain Tacite en fera de même. L’expansion de la foi chrétienne va susciter l’inquiétude des autorités impériales, la haine des populations païennes et juives, les persécutions, jusqu’à la paix de Constantin et surtout, pour ce qui concerne l’objet du présent article, une vigoureuse réaction d’intellectuels païens prestigieux comme Celse et Porphyre, de Julien l’Apostat et d’autres, dans le but de défendre la religion païenne traditionnelle contre ce qu’ils considéraient comme une grande menace pour la société toute entière. Les « Apologies » adressées aux païens sont d’abord un appel à renoncer à l’idolâtrie sous toutes ses formes et cela implique de la part de leurs auteurs, une prise de position ferme par rapport aux valeurs religieuses de l’hellénisme. Les « Apologies » des IIe et IIIe siècles ont donc clairement une intention missionnaire. Elles se présentent à nous sous forme d’adresses, de suppliques à l’Empereur ou aux autres autorités, d’abord pour faire justice des accusations mensongères dont sont victimes les chrétiens, citoyens paisibles et aux mœurs droites, pourtant accusés d’athéisme, de dissimulation de leur doctrine, de crimes rituels, et d’autres mensonges propres à exciter la haine de la populace.

Eusèbe de Césarée (265‑340) évoque dans son « Histoire Ecclésiastique » Justin philosophe et martyr : « Justin, qui a travaillé excellemment en s’adressant aux Grecs, a rédigé encore d’autres ouvrages qui contiennent une apologie en faveur de notre foi ; il les adresse à l’empereur Antonin, surnommé le Pieux et au Sénat des Romains, car il séjournait à Rome. Il déclare lui‑même qui il est et d’où il est, en ces termes, dans l’Apologie : À l’empereur Titus Aelius Hadrianus  Antonius le Pieux,[...] en faveur des hommes de toute race qui sont injustement haïs et calomniés, Justin […] l’un d’entre eux, j’adresse ce discours et cette prière » (Hist. Eccl. Livre IV, 11). Eusèbe parle également de « l’ Apologie » de Quadratus d’Athènes qui se rattache à la visite de l’empereur Hadrien dans cette ville en 124‑125, comme celle d’Aristide lui aussi athénien. D’autres « Apologies » entre 150 et 160, dans lesquelles Apollinaire, Méliton ou Athénagoras, adressent leurs suppliques à Marc‑Aurèle, l’empereur stoïcien, sous le règne duquel furent martyrisés sainte Blandine de Lyon et ses compagnons.

Le but missionnaire des « Apologies »

Il faut remarquer combien le genre littéraire et, pour l’essentiel, le contenu des « Apologies » est différent de celui des « Catéchèses mystagogiques » qui sont, elles, des exposés des mystères de la foi destinés à ceux qui ont reçu l’Illumination ou qui s’en approchent. À vrai dire, les ouvrages apologétiques, qu’il s’agisse du traité de Théophile d’Antioche « A Autolycos », du « Discours aux Grecs » de Tatien le Syrien, de l’admirable « Épître à Diognète » dont l’auteur est anonyme, mais qui pourrait être, selon certains chercheurs, de la main de saint Polycarpe de Smyrne, évêque et martyr, – mais ce n’est là qu’une hypothèse –, de « L’exhortation aux Grecs » ou même du « Protreptique » de Clément d’Alexandrie, tous ces écrits poursuivent un même but missionnaire.

Dans ces « Apologies », il n’est question que de certaines vérités fondamentales et en même temps on voit, bien exprimé à travers ces écrits, le souci évident de chercher des pierres d’attente dans la sagesse païenne. L’intention est donc triple : d’une part, attirer l’attention des autorités sur les injustices faites aux chrétiens, citoyens paisibles, d’autre part, montrer le désir de faire connaître et reconnaître la vérité. Là, le langage est vigoureux, polémique et sans concession. Enfin, exprimer l’amour pour les âmes qui sont dans l’erreur et qu’il convient de mener au salut par la foi, le tout dans une perspective eschatologique où est soulignée l’imminence du Jugement. 

C’est la raison pour laquelle l’Évangile est annoncé au monde, pour le presser de se convertir en vue du Jugement qui vient. « L’Apologie » d’Aristide exhorte en ces termes : « Et c’est vraiment de Dieu que vient ce qui est dit par la bouche des chrétiens et leur enseignement en est la porte de la Lumière. Qu’ils s’approchent donc d’elle, tous ceux qui n’ont pas connu Dieu et qu’ils écoutent les paroles qui ne passent pas, qui sont de toujours et éternellement et ils échapperont ainsi au Jugement terrible qui est imminent et que Jésus le Messie portera sur toute l’humanité » (XVII, 8). C’est la même intention qui est exprimée par saint Justin : « À nous d’exposer aux yeux de tous notre vie et notre enseignement » (I Apol. III, 4) et « Nous croyons qu’il importe à tous les hommes de ne pas être détournés de ces enseignements, mais d’être encouragés à les suivre » (I Apol. X, 5). Le désir de conduire à la foi les païens enténébrés est ainsi exprimé : « Nous prions pour nos ennemis, nous cherchons à gagner nos injustes persécuteurs, afin que ceux qui suivront les sublimes préceptes du Christ puissent espérer la même récompense que nous » (I Apol. XIV, 3). Et saint Justin insiste sur le fait que cet apostolat est un devoir même si, à vue humaine, les résultats restent modestes : « Quand même nous ne parviendrons à persuader qu’un petit nombre d’entre vous, ce sera pour nous un très grand gain. Comme de bons laboureurs nous recevrons de notre Maître notre récompense » (I Apol. XLIV, 13) et ce « Malgré la mort qui menace ceux qui enseignent ou seulement confessent le nom du Christ, partout nous recevons cette parole et nous l’enseignons » (I Apol. XLV, 5). 

Les arguments apologétiques de saint Justin sont de deux ordres et correspondent à deux catégories de « publics » auxquels ils sont adressés. Le premier argument concerne la vérité  de la foi en Jésus Christ, en s’appuyant sur la grande prophétie de l’Ancien Testament pour en montrer l’accomplissement par le Verbe de Dieu fait homme. C’est particulièrement vrai dans le « Dialogue avec Tryphon ». Le second consiste à montrer aux Grecs que la foi chrétienne est conforme à la raison, idée qui sera très présente chez les Alexandrins. Dans les deux types d’argumentation, saint Justin justifie sa démarche en disant : « Tous ces témoignages peuvent certainement produire une foi et une conviction raisonnable chez ceux qui aiment la vérité et ne sont pas prisonniers de l’opinion ou de leurs passions » (I Apol. LIII, 12).

Après cela, saint Justin se rend témoignage à lui‑même en déclarant qu’il a fait ce qui était en son pouvoir, dans cette œuvre missionnaire : « Nous avons cherché à vous convaincre, autant qu’il nous a été possible par ces arguments. Nous n’avons rien à nous reprocher, si vous restez incrédules, car nous avons fait notre devoir » (I Apol. LV, 8). Dans le dernier chapitre de la seconde « Apologie », il réaffirme très clairement l’intention apologétique de l’écrit par la demande faite à l’empereur lui‑même, d’autoriser sa diffusion, rien de moins : « Si vous sanctionnez cet écrit, nous le ferons connaître à tous, afin que tous, s’il est possible, changent de sentiment. Ce n’est que dans ce but que nous avons composé ce discours. Nous avons fait ce qui dépendait de nous. Nous souhaitons que tous les hommes, partout, connaissent la vérité » (II Apol. XV, 24).

La critique du paganisme

Si dans sa première « Apologie » saint Justin, ou bien Athénagoras dans sa « Supplique », réclament la liberté qui est accordée aux autres, il ne faut surtout pas en conclure qu’ils considèrent le paganisme comme une forme religieuse légitime. C’est tout le contraire : dans leurs écrits, il y a une dénonciation ferme et sans concession du paganisme. Ainsi Théophile d’Antioche écrit à Autolycos pour lui montrer « l’inanité de la religion dans laquelle il est retenu » (A Aut. II, 1). Les Pères Apologètes et les auteurs de ce temps (et même au‑delà) sont unanimes sur ce point. Nulle affirmation de la foi chrétienne comme « une » vérité à côté d’autres, comme l’affirment aujourd’hui malheureusement certains « chrétiens » occidentaux. Au contraire, il y a ici un rejet total du paganisme, de ses idoles, de leur immoralité, tout autant que des cultes à mystères. Tous les textes des Apologètes sont, sans exception, porteurs de cette critique sans concession.

Cependant, les arguments utilisés dans cette critique du paganisme ne sont pas à proprement parler entièrement nouveaux. Déjà, chez les philosophes grecs, la critique des mythes de la religion traditionnelle était bien établie. On la trouve chez Platon et chez les Stoïciens qui en faisaient une lecture allégorique, bien conscients qu’ils étaient du désordre provoqué par les frasques et les turpitudes de divinités fabriquées à l’image de l’homme. Cette critique est  aussi présente dans le judaïsme alexandrin lui‑même, habité par une intention apologétique : la Loi de Moïse et le Logos des Grecs. Mais les Apologètes chrétiens ajouteront d’autres éléments. Saint Justin dénonce les mœurs corrompus des païens, en particulier ceux qui fabriquent « des vases d’ignominie […] Et vous savez bien que ces artistes eux‑mêmes sont des débauchés et qu’ils se sont livrés à tous les vices ; il n’est pas besoin de les énumérer  […] Ô aveuglement ! Ce sont des débauchés, à vous en croire, qui créent et façonnent les dieux que vous adorez ! » (I Apol. IX, 2‑5). Athénagoras et Théophile d’Antioche dénoncent aussi l’immoralité publique et ce dernier déclare à Autolycos que ce sont les dieux eux‑mêmes qui, par leurs mœurs corrompus, autorisent de tels débordements (À Aut. III, 3). Tatien, qui n’est jamais en reste dans ce domaine, fustige le théâtre et son immoralité : « Vos fils et vos filles contemplent ceux qui sont sur la scène enseignant l’adultère » (Disc. aux Grecs XXII).

Sur quel fondement cette virulente critique du paganisme idolâtre repose‑t‑elle ? Les Apologètes affirment unanimement que le paganisme est un dévoiement qui a pour origine les démons assoiffés du sang des victimes et de la fumée des sacrifices. Pour bien le comprendre, il faut se souvenir de l’affirmation de Tertullien : « Anima naturaliter christiana ». Autrement dit, ces cultes infâmes et mensongers sont des œuvres démoniaques et, selon les Apologètes qui répondent à leurs contradicteurs païens parlant des « ressemblances » entre les mystères chrétiens et les mystères païens, ces derniers ne sont que des imitations que les démons mettent en scène dans le but de mieux tromper les hommes.

La philosophie : controverse et dialogue

Très logiquement, les Pères et les auteurs chrétiens de ce temps ont utilisé, sans esprit de système, les témoignages philosophiques païens qui pouvaient leur offrir des arguments dans la critique très serrée qu’ils firent des traditions religieuses hellénistiques. Par conséquent, peu à peu la critique des cultes idolâtriques va s’accompagner d’un dialogue de plus en plus structuré avec la philosophie grecque, en particulier, dans un premier temps, ce sera le fait de l’ École d’Alexandrie. Il convient de ne pas oublier que parmi les Pères, bon nombre furent des disciples de prestigieuses écoles philosophiques avant de devenir des disciples du Christ. Si l’on examine attentivement les textes des Apologètes, ce qu’il y a lieu de faire car ces textes nous parlent aussi pour aujourd’hui, on est frappé par le fait qu’il est toujours fait appel à la raison et à la conscience contre le paganisme. Saint Justin déclare : « La raison (logos) veut que ceux qui sont vraiment pieux et sages (philosophoï) estiment et aiment exclusivement la vérité et refusant de suivre les opinions des anciens quand elles sont mauvaises » (I Apol. II, 1).

Sur ce point précis, tous ne sont pas en accord, mais ce qu’exprime Justin sera repris par Clément d’Alexandrie, Origène et son disciple Grégoire le Thaumaturge, évangélisateur de la Cappadoce et les Pères cappadociens. La venue du Christ est la manifestation plénière d’une Lumière qui éclairait obscurément le monde païen. Dans cette perspective, toute l’histoire du monde est vue comme un conflit permanent entre les disciples du Verbe de Dieu et les disciples de Satan, le père du mensonge et de l’idolâtrie. D’où, lorsqu’un Grec (un païen dans le contexte de ce temps) abjure l’idolâtrie et se joint au Christ par le saint baptême, il ne renie pas son ancienne tradition dans ce qu’elle a de meilleure, puisqu’il y avait aussi des « parcelles de vérité » du Christ dans la philosophie grecque. En cela nous dit Justin, il y a continuité entre les Sages de la Grèce et le christianisme. En cela, Socrate est un « type » du Christ en milieu hellénique comme Moïse le fut en milieu hébraïque. Là est le trait de génie de ces Pères vraiment inspirés par l’Esprit Saint, car si la vision fidéiste de Tatien qui finira dans l’hérésie, avait prévalue, jamais l’hellénisme n’aurait été baptisé.

De quelle manière saint Justin justifie‑t‑il son affirmation ? Par le fait que le christianisme est la manifestation plénière de ce dont les Sages en avaient seulement une « révélation » partielle. Pour rendre compte de cette réalité dans son argumentation, il utilise le concept stoïcien de « logos spermaticos » des semences du Verbe. Selon lui, il est donc normal que les chrétiens s’approprient l’héritage purifié de la philosophie, comme ils ont recueilli celui de l’Ancien Testament. Ce point est développé dans la seconde Apologie XIII, 2‑8. Clément d’Alexandrie, lui aussi confronté aux controverses avec la philosophie, va plus loin que saint Justin en évoquant dans les « Stromates », à la suite de Philon, le motif du « larcin des Grecs » sur la base de l’exégèse allégorique d’Exode XII, 35‑36, récit dans lequel les enfants d’Israël, à la demande de Moïse, dépouillèrent les Égyptiens. « Nous avons établi dans le Premier Stromate que les philosophes grecs sont appelés voleurs, ayant pris à Moïse et aux Prophètes, sans les en remercier, les plus importantes de leurs doctrines » (Strom. V, I, 10, 1‑5). Plus loin il affirme également : « Il est clair que Platon a beaucoup pris aux Lois vu sa grande érudition tout comme Pythagore qui fit passer dans sa doctrine beaucoup de nos dogmes. Numénios le Pythagoricien le dit tout net : Qu’est‑ce que Platon sinon Moïse atticisant » (Strom I, XXII, 150, 4). Pour Clément, dans la philosophie, le démon a mêlé l’erreur à la vérité chez les Grecs et c’est aussi de là que viennent les hérésies dans l’Église. Mais bien que « la philosophie n’a pas été envoyée par le Seigneur, mais est venue dérobée ou donnée par un voleur (kleptès) puissance ou ange […] la Providence ordonnant au bien le péché de l’audace […] Peut‑être la philosophie a‑t‑elle été donnée comme un bien principal aux Grecs avant que le Seigneur eût élargi son appel jusqu’à eux :  car elle faisait leur éducation, tout comme la Loi celle des Juifs pour aller au Christ » est‑il dit dans le Premier Stromate.

Conclusion

Quel est l’intérêt actuel, outre l’intérêt historique, d’évoquer ici ces aspects (ce ne sont pas les seuls) de l’inculturation de la foi aux premiers temps de l’Église, en lien avec la proclamation du kérygme ? D’abord, la proclamation du kérygme est l’œuvre de l’Église pour toutes les générations, ensuite parce qu’aujourd’hui l’Église orthodoxe du Christ, porteuse du dépôt de la foi inaltérée depuis les Apôtres, est confrontée partout à l’humanisme européen de l’homme sans Dieu qui s’est auto‑proclamé mesure de toute chose, et c’est dans un contexte d’indifférence et d’hostilité, comme au temps des anciens Pères, qu’elle doit proclamer le kérygme et inculturer la foi. Qu’est‑ce qui peut être purifié, sauvé dans une civilisation décadente dominée par Mammon, la massification, la destruction de toute racine, la négation de la Personne et sa réduction à l’état d’individu consommateur compulsif ? Pour provocatrice qu’elle soit, la question mérite d’être posée. Les époques sont différentes et les défis ne sont pas toujours les mêmes, mais néanmoins l’exemple des anciens Pères constitue pour nous une précieuse source d’enseignements. Hier comme aujourd’hui, l’Église guidée par l’Esprit Saint doit conduire les hommes vers Celui qui est la « Voie, la Vérité et la Vie », le Christ qui libère les hommes de tous leurs déterminismes ténébreux. Hier comme aujourd’hui, baptiser les nations et les cultures est un commandement du Maître.

P. Gérard Reynaud

Courte bibliographie

1. Eusèbe de Césarée : Histoire Ecclésiastique. Tome I : Livres I‑IV. SC 31. Cerf.

2. Saint Justin : Apologies I et II et Dialogue avec Tryphon in « La philosophie passe au Christ » Les Pères dans la foi. DDB.

3. Clément d’Alexandrie : Stromate I. SC 30. Cerf.

4. Théophile d’Antioche : Trois livres à Autolycos. SC 20. Cerf.

Les dernières Nouvelles
mises-à-jour deux fois par semaine

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale

Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger

Conținutul acestui website nu reprezintă poziția oficială a Departamentului pentru Românii de Pretutindeni

Departamentul pentru rom창nii de pretutindeni