יחוקאל, Ézéchiel : « Que Dieu rende fort », Ιεζεκιηλ dans la Septante, est un prêtre, fils de Buzi, d'une famille sacerdotale et la grande préoccupation qu'il a pour le Temple de Jérusalem, centre du culte d'Israël, transparaît tout au long du livre du Prophète, qu'il s'agisse du Temple profané par l'idolâtrie ou les rites impurs et du Temple futur soigneusement décrit dans les derniers chapitres du livre.
Le prophète Ézéchiel est un prophète de l'exil, déporté par Nabuchodonosor à Babylone avec le roi de Juda, Joyakin, les grands personnages du royaume et un certain nombre de prêtres. C'est là, « parmi les déportés au bord du fleuve Kebar » qu'il fut « témoin de visions divines » : « le cinq du mois, c'était la cinquième année d'exil du roi Joyakin, la parole du Seigneur fut adressée au prêtre Ézéchiel, fils de Buzi, au pays des Chaldéens, au bord du fleuve Kebar. C'est là que la main du Seigneur fut sur lui »1.
C'est en un lieu appelé Tell Abib, sur les bords du fleuve Kebar, lors de la cinquième année de sa captivité qu'il reçoit sa vocation prophétique et est appelé au ministère de guetteur : « Fils d'homme, je t'ai fait guetteur pour la maison d'Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part »2. On est alors en 593 avant Jésus Christ et le prophète exerça son ministère durant vingt-deux années, soit jusqu'en 571, parmi les exilés en Babylonie : « La vingt-septième année, au premier mois, le premier du mois, la parole du Seigneur me fut adressée en ces termes »3. Allusion au dernier des oracles d'Ézéchiel, au début du mois de Nisan 571.
Saint Épiphane, témoin d'une ancienne tradition, rapporte qu'Ézéchiel fut mis à mort par un prince de Juda que le prophète avait accusé d'idolâtrie et sa dépouille aurait été ensevelie dans le tombeau de Sem. Ézéchiel meurt avant la conquête de Babylone par le roi perse Cyrus qui permis aux Hébreux de rentrer en terre d'Israël et de reconstruire le Temple. Tout son ministère prophétique se déroula pendant l'exil, pendant les plus mauvais jours de Juda, et le livre montre combien Dieu lui donna la force d'exhorter ses coreligionnaires à supporter avec patience les épreuves de la captivité, car si la déportation est la rançon de l'infidélité, Dieu n'abandonne pas son peuple.
Le livre d'Ézéchiel témoigne de l'attachement du prophète à la foi des Pères, à la Loi révélée à Moïse et se présente à nous comme un ensemble assez bien ordonné que l'on peut diviser d'abord en deux grandes parties : du premier chapitre au trente-deuxième, c'est la période antérieure à la prise de Jérusalem et cette première partie concerne les oracles et les jugements de Dieu contre Israël et contre les nations, les païens. La seconde partie, du chapitre trente-trois au chapitre quarante-huit concerne la période postérieure à la ruine de Jérusalem et du Temple et l'accomplissement des promesses messianiques faites à Israël.
En allant plus avant, on peut diviser le texte en quatre parties : les trois premiers chapitres concernent la vocation du prophète ; les chapitres quatre à vingt-quatre, les reproches de Dieu contre Juda, contre son infidélité, ses fautes, sa confiance aveugle dans le secours des seuls moyens humains, en particulier ceux de l' Égypte, ; les malédictions contre les païens aux chapitres vingt-cinq à trente-deux ; tout ce sous-ensemble correspondant à la première grande partie antérieure à la prise de Jérusalem. Les chapitres trente-trois à trente-neuf, chapitres de consolation et d'annonce de la promesse divine d'un temps meilleur après le siège et la ruine de Jérusalem et la déportation ; enfin les chapitres quarante à quarante-huit, l'accomplissement des promesses messianiques et la restauration d'Israël, ce qui correspond à la deuxième grande partie du livre, mentionnée plus haut.
On peut remarquer que la destruction du royaume de Juda et de Jérusalem est au centre du livre prophétique et, de ce fait, il y a un avant et un après : avant c'est un appel pressant au repentir devant les événements douloureux qui s'annoncent ; après, la grande catastrophe le prophète veut consoler son peuple par la promesse de Dieu du retour en Juda, par l'encouragement au renouvellement intérieur : « Débarrassez-vous de tous les crimes que vous avez commis et faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Pourquoi mourir, maison d'Israël ? Je ne prends pas plaisir à la mort de qui que ce soit, oracle du Seigneur Dieu. Convertissez-vous et vivez ! »4.
Vocation du prophète.
Semblablement à Isaïe et à Jérémie, le prophète Ézéchiel reçoit sa mission dans une vision rapportée au début du livre. Comme cela vient d'être rappelé par la citation qui précède des versets du chapitre dix-huit, si l'exil est la conséquence de l'infidélité du peuple et de ses chefs, le Seigneur ne veut pas l'abandonner mais, au contraire, le purifier, le convertir, le reconduire à son premier amour, à l'Alliance ; et c'est pourquoi il appelle Ézéchiel pour avertir, rappeler les promesses faites aux Pères et annoncer le jour du Libérateur promis.
Dans la vision inaugurale du premier chapitre, Dieu se révèle à son prophète sous une forme humaine, « je discernai quelque chose qui ressemblait à quatre animaux dont voici l'aspect : ils avaient une forme humaine. Ils avaient chacun quatre faces et quatre ailes […] Quant à la forme de leurs faces, ils avaient une face d'homme, et tous les quatre avaient une face de lion à droite, et tous les quatre avaient une face de taureau à gauche, et tous les quatre avaient une face d'aigle »5. Il s'agit là du fameux « Char de la Merkebah »6, véritable théophanie divine sous la forme de Kéroubim qui ont une forme très particulière et qui sont les ministres de la volonté du Seigneur, qui manifestent la toute-puissance, la transcendance de Dieu. Moïse fut mis en présence de l'absolue incognoscibilité de l'Essence divine « Je Suis Celui qui suis » ; Isaïe, de la toute-sainteté du Roi des cieux « Saint, saint, saint le Seigneur sabaoth » ; Ézéchiel de la Toute-puissance de Celui qui est toujours avec son peuple en exil, car Sa Présence n'est pas enclose dans le Temple détruit : « C'était quelque chose qui ressemblait à la gloire du Seigneur. Je regardai, et je tombai la face contre terre ; et j'entendis la voix de quelqu'un qui me parlait »7. On retrouve, comme nous le savons, cette vision des Quatre Vivants dans l'Apocalypse de saint Jean le Théologien8 qui deviendront chez saint Irénée de Lyon les symboles des quatre Évangélistes.
Vision du char interrompue par la parole du Seigneur qui s'adresse à Ézéchiel en ces termes : « Fils d'homme, je t'envoie vers les Israélites, vers les rebelles qui se sont rebellés contre moi. Eux et leurs pères se sont révoltés contre moi jusqu'à ce jour. Les fils ont la tête dure et le cœur obstiné ; je t'envoie vers eux pour leur dire : 'Ainsi parle le Seigneur Dieu'. Qu'ils écoutent ou qu'ils n'écoutent pas, c'est une engeance de rebelles, ils sauront qu'il y a un prophète parmi eux […] N'aie pas peur de leurs paroles, ne crains pas leurs regards, car c'est une engeance de rebelles »9 Puis vient le fameux épisode du rouleau que le prophète est invité à manger : « 'Ouvre la bouche et mange ce que je vais te donner'. Je regardai et voici qu'une main était tendue vers moi, tenant un volume roulé. Il le déploya devant moi : il était écrit au recto et au verso ; il y était écrit : 'Lamentations, gémissements et plaintes'. Il me dit : 'Fils d'homme, ce qui t'est présenté, mange-le ; mange ce volume et va parler à la maison d'Israël'. J'ouvris la bouche et il me fit manger ce volume, puis il me dit : 'fils d'homme, nourris-toi et rassasie-toi de ce volume que je te donne'. Je le mangeai et, dans ma bouche, il fut doux comme du miel »10. Là encore on retrouve dans l'Apocalypse le rouleau scellé des sept sceaux, écrit au recto et au verso, signe qu'on ne peut plus rien y écrire et qui contient le jugement divin sur le monde, rouleau dont l'Agneau immolé et triomphant va briser les sept sceaux et annoncer le contenu11.
Ézéchiel reçoit du Seigneur la force d'être le guetteur, la sentinelle de son peuple. Il doit annoncer tout ce que Dieu lui commande, aux bons comme aux méchants, faute de quoi Dieu lui demanderai compte de son sang : « Si je dis au méchant : ' Tu vas mourir', et que tu ne l'avertis pas, si tu ne parles pas pour avertir le méchant d'abandonner sa conduite mauvaise afin qu'il vive, le méchant, lui, mourra de sa faute, mais c'est à toi que je demanderai compte de son sang. Si au contraire tu as averti le méchant et qu'il ne s'est pas converti de sa méchanceté et de sa mauvaise conduite, il mourra, lui, de sa faute, mais toi, tu auras sauvé ta vie »12.
Le livre d'Ézéchiel renferme un foisonnement de symboles comme celui de la brique, signe de Jérusalem autour de laquelle on construit une muraille de fer et dont on fera le siège « signe pour la maison d'Israël » ; d'images qui peuvent pour certaines d'entre elles nous apparaître obscures mais qui devaient être familières aux Hébreux exilés en Babylonie ; de présages « J'ai fait de toi un présage pour la maison d'Israël »13 qui s'expriment en différentes circonstances ; d'actions qui ont une signification symbolique comme celle dans laquelle Ézéchiel est privé de l'usage de la parole : « Va t'enfermer dans ta maison. Toi, fils d'homme, voici qu'on va te mettre des liens, on t'en ligotera et tu ne sortiras plus au milieu d'eux. Je ferai coller ta langue à ton palais, tu seras muet, et tu ne seras plus pour eux celui qui réprimande, car c'est une engeance de rebelles »14 ; des paraboles comme celle de la vigne dont le bois est jeté au feu, au chapitre quinze ; des proverbes, des allégories comme celle de l'aigle au chapitre dix-sept qui évoque le prince retranché à cause de l'infidélité à l'Alliance, mais qui contient une promesse divine énoncée toujours sous une forme allégorique : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Moi je prendrai à la cime du grand cèdre, au plus haut de ses rameaux je cueillerai une jeune pousse [symbole du « reste »] et je la planterai moi-même sur une montagne élevée et altière. Sur la haute montagne d'Israël je la planterai. Elle poussera des branchages, elle produira du fruit et deviendra un cèdre magnifique […] Et tous les arbres de la campagne sauront que c'est moi le Seigneur, qui abaisse l'arbre élevé et qui élève l'arbre abaissé, qui fait sécher l'arbre vert et fleurir l'arbre sec. Moi, le Seigneur, j'ai dit et fais »15.
Mais surtout, des grandes visions qui sont seulement au nombre de quatre, et qui occupent une place très importante dans le livre et des prophéties directes. Celle des quatre animaux déjà évoquée et qui appartient à la vision inaugurale, vision du char qui se poursuit dans les chapitres suivants ; celle des péchés de Jérusalem, des fléaux qui vont s'abattre sur la ville ; celle des abominations à l'intérieur du Temple, de la Shékinah qui quitte le Temple et la Ville, mais où nous trouvons aussi la promesse d'une nouvelle Alliance faite aux exilés : « Ainsi parle le Seigneur Dieu. Je vous rassemblerai du milieu des peuples, je vous réunirai de tous les pays où vous avez été dispersés et je vous donnerai la terre d'Israël. Ils y viendront et en extirperont toutes les horreurs et les abominations. Je leur donnerai un seul cœur et je mettrai en eux un esprit nouveau : j'extirperai de leur chair le cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu'ils marchent selon mes lois, qu'ils observent mes coutumes et qu'ils les mettent en pratique »16. Ces versets traduisent l'arrivée des temps messianiques, car le Messie est celui qui rassemble le peuple dispersé et le ramène sur sa terre.
Et comment ne pas évoquer la grande vision des ossements desséchés du chapitre trente-sept, où Ézéchiel est conduit par l'esprit du Seigneur, au milieu de la vallée déjà mentionnée au chapitre trois : « ...et il me déposa au milieu de la vallée, une vallée pleine d'ossements […]. Or les ossements étaient très nombreux sur le sol de la vallée, et ils étaient complètement desséchés. Il me dit : 'Fils d'homme, ces ossements vivront-ils ?' je dis : ' Seigneur Dieu, c'est toi qui le sais'. Il me dit : 'prophétise sur ces ossements. Tu leur diras : 'Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements. 'Voici que je vais faire entrer en vous l'esprit et vous vivrez, et vous saurez que je suis le Seigneur' […] Tu diras à l'esprit : 'ainsi parle le Seigneur Dieu. Viens des quatre vents, esprit, souffle sur ces morts, et qu'ils vivent'. Je prophétisai comme il m'en avait donné l'ordre, et l'esprit vint en eux, ils reprirent vie et se mirent debout sur leurs pieds : grande, immense armée »17. Cette prophétie sur les ossements desséchés est un acte de recréation et il faut remarquer, avec Théodoret de Cyr dans son commentaire sur Ézéchiel, que cette recréation-résurrection se fait en deux temps, comme dans le récit de la Genèse : le corps formé du limon de la terre et l'haleine de vie insufflée par l'Esprit qui fait de l'homme un vivant. Comme Théodoret, Tertullien a vu dans cette vision la certitude de la résurrection générale ainsi d'ailleurs que saint Justin, philosophe et martyr, dans sa première Apologie. Le retour d'Israël, donc sa restauration messianique, est retour à la vie des ossements desséchés : « Tu leur diras : 'Ainsi parle le Seigneur Dieu : 'Voici que j'ouvre vos tombeaux ; je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple, et je vous ramènerai sur le sol d'Israël' »18.
Renouvellement et promesse messianique.
En fin de compte, l'exil, rançon du péché, de l'infidélité à l'Alliance, véritable prostitution, signe de mort car si le peuple est puni, il n'en demeure pas moins vrai que Dieu tiendra ses promesses de renouvellement, d'avènement d'une Alliance nouvelle, de purification, d'échange d'un cœur de pierre contre un cœur de chair, d'un esprit nouveau. Promesse dans la prophétie d'Ézéchiel du rassemblement d'Israël, marque des temps messianiques, dévoilement du futur Royaume de Dieu et de sa gloire, nouveau Temple, nouveau culte. Tout est renouvellement dans les derniers chapitres de la Prophétie, et toute cette effervescence de vie nouvelle où tous ces thèmes sont maintes fois répétés comme dans les chapitres trente-sept, trente-six et trente-quatre, culmine sur l'annonce – messianique par excellence – d'un Pasteur de son choix, d'un nouveau David19, où Dieu lui-même, par son Messie, régnera sur son peuple dans une ère de justice et de paix. Comment ne pas remarquer ici, avec nombre de commentateurs, la préfiguration de la parabole évangélique du Bon Pasteur ? Les pasteurs « qui se paissent eux-mêmes », qui n'ont « pas ramené celle qui s'égarait, cherché celle qui était perdue », seront écartés et Dieu suscitera un Pasteur qui cherchera la brebis perdue, qui ramènera celle qui s'est égarée, qui pansera celle qui est blessée et qui fortifiera celle qui est malade.
C'est la figure du Christ qui est ici dévoilée dans la prophétie d'Ézéchiel, c'est le Bon Pasteur de l'Évangile, Celui qui a inauguré le culte véritable, en Esprit et en Vérité, annoncé au puits de Jacob à la femme de Samarie, Celui qui par sa victoire sur la mort, redonne vie aux ossements desséchés.20
Pr. Gérard Reynaud
Notes :

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