Ajouté le: 7 Juin 2017 L'heure: 15:14

Les documents adoptés par le Saint et Grand Concile. L’importance du carême et son respect aujourd’hui

Pour commencer ce numéro, je présenterai les documents adoptés par le Saint et Grand Concile, en essayant de souligner les aspects les plus importants et de mettre en évidence leur impact sur la vie ecclésiale.

Comme je l’ai montré dans les textes antérieurs, la constitution de l’ordre du jour a démarré, en 1961, à partir d’une liste de plus de 100 sujets qui nécessitent une approche inter-orthodoxe. Étant donné qu’une discussion autour de thématiques aussi vastes aurait posé de sérieux problèmes en termes de temps et de méthode, les sujets ont été regroupés dans quelques grandes catégories et en dernière instance, à la Conférence Panorthodoxe Pré-conciliaire de 1976, on a établi que l’ordre du jour serait constitué de 10 thèmes : la diaspora orthodoxe ; l’autocéphalie et son mode de proclamation ; l’autonomie et son mode de proclamation ; les dyptiques (l’ordre de priorité des Églises dans la mention liturgique) ; le problème du nouveau calendrier ; les empêchements au mariage ; la réadaptation des dispositions ecclésiales concernant le carême ; les relations des Églises Orthodoxes avec le reste du monde chrétien ; l’Orthodoxie et le Mouvement œcuménique ; la contribution des Églises Orthodoxes locales à la réalisation des idéaux chrétiens de paix, liberté, fraternité et amour entre les peuples et l’élimination des discriminations raciales.

Dans le cadre de la Synaxe des primats des Églises Orthodoxes, réunie à Constantinople en 2014, on a décidé que le thème qui concerne le calendrier, l’autocéphalie et les dyptiques, qui n’ont pas bénéficié d’un consensus, soient remis à une autre étape de manifestation de la conciliarité.

En ce qui concerne le calendrier, la Conférence Panorthodoxe de Chambésy de 1982 est arrivée à la conclusion que le peuple n’est pas préparé pour assumer la rectification de la célébration de Pâques selon l’esprit et la lettre de la décision du Ier Concile œcuménique et a souligné le fait que le problème du calendrier ne doit pas constituer une occasion de creuser les dissensions entre les Églises orthodoxes autocéphales. Ainsi, on est tombé d’accord pour que ce sujet soit discuté au moment où il sera certain que le peuple est préparé pour une compréhension large de ce thème.

Le document concernant l’autocéphalie a provoqué beaucoup de discussions contradictoires à cause du fait que le Patriarcat œcuménique a souhaité avoir un rôle prépondérant dans le cadre de la procédure de proclamation, ce qui a été contesté par d’autres Églises autocéphales.        

Le document concernant les dyptiques a été aussi le sujet d’amples discussions, et on a constaté l’absence de consensus concernant la place accordée à l’Église de Géorgie dans l’ordre de la célébration des Églises orthodoxes. Apparemment ce désaccord montrerait une mésentente concernant les aspects liés à la prééminence des Églises autocéphales, mais en fait il met en évidence un problème beaucoup plus général, lié à la compréhension du rôle de l’institution de l’autocéphalie dans la vie de l’Église et de la manière dont elle est proclamée et assumée. Au centre des controverses sur le thème des dyptiques, se trouve en fait les rapports qui existent au moment où une Église acquiert l’autocéphalie, sa position au moment où l’autocéphalie lui est retirée et comment elle est replacée dans la communion des Églises au moment où son autocéphalie est reconnue à nouveau. Prenant acte du désaccord majeur existant, on a convenu que les Églises autocéphales continuent à utiliser les dyptiques conformément à leur propre tradition, et lorsqu’elles sont dans la situation de concélébrer dans d’autres Églises autocéphales, elles doivent respecter la tradition de l’Église hôte.

Dans le cadre des dernières étapes de préparation, on a décidé que les thèmes des Relations des Églises Orthodoxes avec le reste du monde chrétien, ainsi que l’Orthodoxie et le Mouvement œcuménique soient fusionnés, et les autres documents soient adaptés aussi bien en ce qui concerne l’appellation que le contenu.

Après leur adoption dans le Saint et Grand Concile, les documents officiels ont été publiés dans l’ordre suivant :

L’importance du carême et son respect aujourd’hui ; les relations de l’Église Orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien ; l’autonomie et sa manière de proclamation ; la diaspora orthodoxe ; le sacrement du mariage et ses empêchements ainsi que la mission de l’Église dans le monde contemporain. Ceci est précédé par l’Encyclique et par le Message du Saint et Grand Concile.

Prenant en compte cet ordre, je commencerai la série des présentations par le document intitulé L’importance du carême et son respect aujourd’hui.

L’importance du carême et son respect aujourd’hui.

Le document est constitué de 9 paragraphes dans lesquels on souligne la nature et l’importance du carême pour la vie du chrétien et la manière dont il doit être assumé aujourd’hui. Les principales idées du document viennent souligner la valeur de cette pratique qui a sa source dans les paroles de la Genèse 2, 16-17. Par ce renvoi, on souligne le fait que le carême est une action qui a pour premier objectif de maîtriser les instincts et de cultiver la volonté. On met en évidence l’ancienneté du carême, « du même âge que l’humanité », comme le montre Saint Basile le Grand (Sur le carême, 1, 3. PG 31, 168A). On montre que le carême est appelé dans les hymnes du Triode comme étant : un « don divin », « grâce de la lumière parfaite », « arme invincible », « fondement pour le combat spirituel », « la meilleure voie vers le bien », « nourriture de l’âme », « aide de Dieu », « source de contemplation », « image d’une vie incorruptible, telle que celle des anges », « mère de tout bien et de toute vertu ».

Le texte souligne les fondements scripturaires et patristiques qui mettent en avant le carême de 40 jours d’après le modèle de celui qu’a observé le Sauveur (Luc 4, 1-2), les conseils concernant le carême (Mt 6, 16-18) celui du mercredi et du vendredi étant précisé très tôt dans les écrits apostoliques (Did. 8, 1), tout comme le carême qui précède Pâques. Par ces renvois on met en évidence le fait que le carême est un temps de préparation, dans lequel la nature humaine, dans toute sa dignité, s’arme d’une force qui vient du fait d’assumer la liberté et la maîtrise de soi.

L’Église a vécu le carême sous diverses formes, aussi bien en ce qui concerne la pratique concrète du carême que ses périodes effectives ; les influences étant données par la vie liturgique et la vie monacale.

Le document montre que tous les fidèles sont appelés à assumer le carême, chacun dans la mesure de ses forces et de ses possibilités, comme le dit la Didachie, 6, 1-3 : « prends garde à ce que personne ne s’écarte de cette voie d’apprentissage (...) car si tu peux porter le joug du Seigneur, tu seras parfait ; si tu n’y arrives pas, fais ce qui est en ton pouvoir. En ce qui concerne le carême, assume-le selon tes forces. » Cependant cette liberté soulignée par l’Église ne doit pas être comprise comme un encouragement à une vie lâche.

Un aspect particulièrement important concernant ce document est lié au fait que le carême ne se réduit pas à un régime alimentaire. Il doit être compris comme un temps où l’on doit mettre en valeur le repentir sincère, les actes de charité si importants dans un monde accablé par les injustices. « Le vrai carême consiste à se séparer du mal, à surveiller sa langue, à s’abstenir de toute colère, s’éloigner des plaisirs, des calomnies, des mensonges, des faux témoignages », comme nous le montre Saint Basile le Grand (Sur le carême, 2, 7. PG 31, 196D).

S’abstenir des aliments, aussi bien quantitativement que du point de vue de leur complexité, tient du côté visible du combat spirituel. Comme nous le dit Clément d’Alexandrie, le carême est une participation à la mort du Christ afin de ressusciter en Le prenant comme nourriture (Clément d’Alexandrie, Eglogues prophétiques, PG 9, 704D-705A). C’est ainsi que le carême authentique se rapporte à la vie en Christ des fidèles et trouve son accomplissement dans la vie liturgique et tout particulièrement dans la divine Eucharistie.

Le texte énumère les 4 périodes de carême de l’année ecclésiale : le Carême des Saintes Pâques, celui de la Nativité du Sauveur, celui des Saints Apôtres, celui de la Dormition de la Mère de Dieu, et les jours de carême : l’Exaltation de la Sainte Croix, la veille de l’Épiphanie et la Décollation de Saint Jean Baptiste, tout comme les carêmes proposés par l’Église ou assumés librement par les fidèles. Nous devons souligner que pour la première fois dans l’histoire de l’Église, les quatre carêmes et les jours de carême sont mentionnés ensemble dans un document assumé par consensus panorthodoxe.

On spécifie également le fait que par la sollicitude pastorale, l’Église affirme également la possibilité d’appliquer l’économie, en comprenant les impuissances et en faisant des exceptions au carême en cas de maladie physique, de nécessité absolue ou d’autres difficultés, selon le discernement pastoral-épiscopal des Églises locales.

Malgré tout cela, l’économie concernant le carême ne doit pas mener à affaiblir sa pratique. Ce qui est essentiel à la mise en valeur du carême, c’est le respect de la liberté de chaque personne, comme nous le montre Saint Jean Damascène : « il est bon de faire carême chaque jour, mais celui qui fait carême ne doit pas juger celui qui ne le fait pas. Dans ce cas on ne doit pas donner de loi, ni de contrainte ; le troupeau confié par Dieu ne doit pas être mené de force, on doit utiliser la persuasion, la douceur et la bonne parole. » (Jean Damascène, Sur les saints carêmes 3. PG 95, 68B). A travers cette citation, on montre que le document en question ne légifère pas en ce qui concerne le carême mais met en valeur cette pratique très importante pour la vie du chrétien.

Pour la première fois, dans un document à autorité canonique générale, on prévoit qu’il est bon de faire carême pendant trois ou plusieurs jours avant l’Eucharistie, en réception du commentaire de Saint Nicodème l’Hagiorite : « Même si les saints canons n’imposent pas le carême avant la Communion, ceux qui font carême même pendant une semaine entière font une bonne action. » (Le Pydalion, Commentaire au canon 13 Trulan).

Au final, le texte montre que le carême accompagne le repentir, la promesse spirituelle, les saints désirs, les périodes d’épreuve, les moments de demande, la préparation au saint Baptême, les pèlerinages et d’autres situations semblables.

En conclusion, nous précisons le fait que le document souligne l’importance du carême non seulement dans la perspective du repentir, mais aussi pour se maîtriser soi-même et cultiver les vertus, en respectant la liberté de l’homme de l’assumer et en soulignant le fait que l’application de l’économie ne doit pas en diminuer l’importance.

Le document conciliaire consolide une tradition que l’Église a constituée durant les siècles et qui a prouvé sa valeur incontestable.

P. Patriciu Vlaicu

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