Ajouté le: 5 Mai 2017 L'heure: 15:14

Le cadre d’organisation et de fonctionnement du Saint et Grand Concile

Dans notre précédente contribution, nous avons mis en évidence les étapes de préparation du Saint et Grand Concile réuni en Crète. Nous avons pu constater qu’à partir de la première initiative jusqu’à la décision des Églises autocéphales d’approuver l’organisation du dialogue inter-orthodoxe sont passés presque 50 ans, et il a fallu encore 65 ans pour que l’initiative devienne concrète. Durant ces 115 ans, les Églises autocéphales sont arrivées à prendre conscience de la nécessité de se manifester dans l’unité et ont acquis l’expérience de la communication sur des thèmes précis.

Àmesure que se dessinait le consensus concernant le besoin de convoquer le Concile, s’est fait ressentir le besoin de structurer une procédure qui en encadre l’organisation et le fonctionnement.

La tradition canonique ne nous a pas transmis de règles strictes pour l’organisation d’un Concile. Les seules précisions des Saints Canons portent sur la convocation des conciles régionaux et de leur présidence. Tous les autres aspects tiennent de l’organisation interne du concile en question.

Tenant compte de l’expérience acquise durant les années de préparation et du progrès accompli à partir de l’existence d’un règlement des Conférences Panorthodoxes Pré-conciliaires, on a cru bon d’adopter un Règlement, qui encadre du point de vue de la procédure la constitution et le fonctionnement de ce Concile. Le Document a été adopté par la Synaxe des Primats en janvier 2016.

Étant donné que la plus haute instance dans l’Église Orthodoxe est le Concile, les décisions de la Synaxe sont un règlement-cadre que le Concile en réunion plénière a assumé au commencement des travaux. Si une église ou un membre du Concile avait eu une objection concernant la procédure, celle-ci aurait pu être discutée avant le commencement des travaux proprement-dits et on aurait pu y apporter des clarifications ou même des modifications.

L’une des prévisions les plus importantes du Règlement est celle selon laquelle le Saint et Grand Concile des Églises Orthodoxes est convoqué par le Patriarche Œcuménique, avec l’accord de tous les Primats des Églises orthodoxes autocéphales reconnues par tous (art. 1). Cette précision a deux significations importantes : la prévision qui montre la nécessité de l’accord de tous les Primats, soulignant que l’organisation de la conciliarité au niveau général doit se baser sur le consensus, afin d’exprimer l’unité de l’Église, et la prévision qui précise indirectement qu’une Église est pleinement encadrée au rang des Églises autocéphales seulement si elle est reconnue par toutes les autres Églises Orthodoxes.

Le Règlement montre que le Saint et Grand Concile est constitué par les délégations des Églises autocéphales, la Synaxe des Primats ayant la compétence d’en établir le nombre maximum (art. 3). La Synaxe des Primats de mars 2014 a établi que le nombre maximum des membres d’une délégation était de 25 hiérarques, 6 conseillers spéciaux et 3 accompagnateurs.

Certains se sont posé la question de savoir si dans ces conditions où ce ne sont pas les évêques qui sont convoqués, mais les Églises autocéphales représentées par des délégués, on pouvait vraiment parler d’un Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe.

Afin de répondre à cette question, nous devons comprendre que le Concile n’est pas simplement un collège des évêques, mais c’est le système de manifestation de la communion des Églises locales ou régionales.

Au Ier Concile œcuménique, où, par le soin de l’Empereur Constantin, ont été convoqués tous les évêques, parce qu’à l’époque il n’existait pas d’organisation métropolitaine, ont participé seulement environ 300 évêques sur les presque 1800 existant apparemment à l’époque dans le monde. À commencer par le second Concile œcuménique, ont été convoquées les provinces, – les métropoles, non pas les évêchés, et chaque métropolite était invité à procéder à la constitution de la délégation de la métropole en question1. La pratique de représentation des Églises métropolitaines par des délégations est attestée aussi bien par la tradition historique que par les Saints Canons. Le Canon 76 Carthage montre la compétence du Primat de constituer la délégation et souligne également le raisonnement qui fait que la participation au concile se se constitue à travers des délégations2.

L’article 8 du Règlement prévoit que les travaux du Concile commencent et sont clos par la Divine Liturgie panorthodoxe, présidée par le Patriarche œcuménique. Cette prévision est conforme à la pratique orthodoxe, selon laquelle tous les actes de communion et de coresponsabilité sont soutenus par la communion liturgique.

Certains se sont demandé si une Liturgie à laquelle ne participent pas toutes les Églises autocéphales peut être considérée comme une Liturgie panorthodoxe. Toute Liturgie à laquelle participent plusieurs Églises autocéphales est une Liturgie panorthodoxe, puisque dans la Liturgie la communion est étendue également aux absents et se manifeste à travers la commémoration des noms des Primats des Églises autocéphales en question. Une vieille coutume byzantine, gardée dans certaines régions de l’Église de Grèce, prévoit que lorsque des évêques d’églises autocéphales différentes concélèbrent, soient mentionnés les dyptiques de toute l’Église Orthodoxe même si un primat ne participe pas à la Liturgie3.

Certes, l’absence de certaines Églises autocéphales a marqué l’atmosphère du Saint et Grand Concile. L’événement aurait été un accomplissement à tous points de vue dans les conditions d’une participation unanime. En même temps nous ne devons pas perdre de vue le fait que dans l’Église Orthodoxe, la grandeur d’un Concile et son caractère œcuménique ne sont pas donnés par le nombre d’évêques participants ni de la participation de toutes les Églises autocéphales. Lorsqu’un évêque était élu par les évêques voisins de l’évêché vacant, on avait la conscience que celui-ci était élu par toute l’Église. Lorsqu’un évêque était jugé par les évêques voisins, il y avait la conscience que toute l’Église le juge.

Dans la tradition canonique nous avons des précisions claires par rapport à la participation par réception aux travaux d’un Concile4.

 Cette vision fait la différence entre le confédéralisme présent dans le monde protestant et la communion orthodoxe. L’Église Orthodoxe ne se constitue pas par la réunion numérique de toutes les Églises autocéphales, mais par la communion. Là où deux ou trois Églises se rencontrent, toute l’Église se réunit. Les autres Églises locales participent par la réception des décisions de la réunion en question.

Le Règlement prévoit à l’article 11 que les amendements sont présentés par les Églises autocéphales au Secrétariat. Dans le cadre du Saint et Grand Concile, la procédure a permis à chaque membre d’intervenir et de participer à l’amendement des documents. Si les amendements étaient assumés par consensus, à savoir sans objection exprimée par une Église autocéphale, ils étaient adoptés. Si un désaccord venait à se manifester, il aurait dû être résolu par chaque Église autocéphale en son sein (Art.12 .3).

Certains se sont demandé si nous pouvons parler de consensus panorthodoxe dans les conditions où toutes les Églises autocéphales n’étaient pas présentes et les documents n’ont pas été signés par tous les évêques participants. Pour répondre à ce questionnement nous devons comprendre que dans la Tradition orthodoxe, la participation à la vie conciliaire se fait aussi à travers la réception. Comme nous l’avons montré plus haut, le Canon 1 du IIIe Concile œcuménique prévoit explicitement cette procédure. En ce qui concerne le consensus des présents, à travers la signature du Président du Concile de l’Église autocéphale, la délégation de cette Église a assumé les textes en question. L’absence de signature de certains évêques peut être due soit au fait que la signature a été décalée d’un jour à cause de certains dysfonctionnements au sein du secrétariat du Concile, soit parce qu’ils ont considéré qu’en ne signant pas, ils attiraient l’attention sur le fait que certains aspects du document en question ne les satisfaisaient pas entièrement, mais pas au point de demander à leur Église de rejeter le document.

En guise de conclusion, nous pouvons affirmer que le Règlement adopté par la Synaxe des Primats a offert un cadre de constitution et de fonctionnement tout à fait cohérent. Les précisions de ce document sont en fait une réception de la Tradition canonique et une application dans le contexte concret où nous vivons actuellement, tenant compte de l’expérience acquise le long des étapes de préparation.

P. Patriciu Vlaicu

Notes :


1. Hefele, Karl Joseph von, Leclercq, Histoire des Conciles d’après les documents originaux, Paris, 1869, p. 357 și 594.
2. Canon 76 Carthage: « De même, on a accepté qu’à chaque fois qu’un concile doit se réunir, les évêques, qui ne sont pas empêchés par l’âge, la maladie ou quelque autre nécessité, soient présents comme il se doit. Et que l’on avise les Primats de chaque éparchie que les évêques doivent être réunis en deux ou trois groupes. Et de chaque groupe doivent être élus alternativement certains pour répondre promptement le jour du concile. Et s’ils ne pouvaient pas être présents, en raison de certaines contraintes qui pourraient se produire, s’ils n’envoient pas à leur propre Primat la raison de l’empêchement personnel, alors il convient que ceux-ci soient écartés de la communion de leur propre église. ».
3. Cette coutume est gardée dans le typicon de la Métropole de Demetrias et Almyros, en Grèce, et j’ai personnellement participé en 2014 à une Liturgie de ce type où il n’y avait aucun Primat, mais parce qu’il y avait des délégations de plusieurs Églises autocéphales, on a mentionné les dyptiques de toute l’Église.
4. Le Ier Canon du IIIe Concile œcuménique établit cette procédure. Il prévoit: « Parce qu’il faut que ceux qui étaient absents au saint concile, qui pour une raison ecclésiale ou personnelle, sont restés dans le territoire ou dans la ville, n’ignorent pas ce qui s’est décrété dans ledit concile. ».

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