L’Église, corps du Christ, est la communauté de ceux qui confessent Dieu dans la Sainte Trinité, sur le fondement de l’Écriture Sainte et de la Sainte Tradition, et participe à la vie communionnelle à travers les mêmes Saints Sacrements, offices liturgiques et rites canoniques1. De ces affirmations, nous comprenons que le critère principal que l’Église assume dans sa manifestation est celui de l’unité, exprimée aussi bien au niveau de la confession de foi qu’au niveau du service liturgique et des dispositions canoniques.
Saint Ignace d’Antioche, l’un des Pères apostoliques, montre la grande responsabilité qui revient au fidèle dans sa manière de se rapporter à l’unité de l’Église, par la communion avec l’évêque et le clergé qui l’entoure2. A son tour, l’évêque a la responsabilité de la manifestation du lien avec l’Église entière, par le fait de suivre la même voie en Christ, de façon à ce que le Père, le Fils et le Saint Esprit soient glorifiés dans la bonne entente3. Nous pouvons ainsi dire sans hésitation que la manifestation de la conciliarité est également l’expression de l’identité de l’Église, celle d’être un prolongement de la présence du Christ dans l’humanité4. Dans cette perspective, Saint Jean Chrysostome montre que l’appellation de l’Église est celle de « concile »5.
Partant du modèle du Concile de Jérusalem mentionné dans le livre des Actes des Apôtres au chapitre 15, s’est développée la conscience du besoin de manifestation de la coresponsabilité de ceux qui étaient placés en tête des communautés, aussi bien pour garder intact l’enseignement de la foi, que pour garder une bonne disposition dans l’église. Aux 2e-3e siècles, les sources témoignent de réunions conciliaires, en premier lieu à l’occasion de l’élection des évêques6 ou pour le jugement. Lorsqu’un évêque était élu par les évêques voisins, on était convaincu qu’il n’était pas élu par un collège ordinaire des évêques mais par l’Église toute entière.
Le canon 37 apostolique montre que le Concile des évêques doit se réunir deux fois par an, afin d’examiner l’enseignement de la foi et de résoudre les problèmes auxquels l’Église se confronte. Étant donné que les préceptes apostoliques représentent la confession des enseignements transmis dans l’Église à partir de la période apostolique jusqu’au 4e siècle, ils représentent un trésor d’éléments apostoliques. Lorsque le canon apostolique affirme qu’il est nécessaire que le concile des évêques se réunisse, on doit comprendre que ce qui a été établi, c’est l’obligation de se réunir avec tous les évêques qui ont la possibilité de le faire, pour la manifestation de la communion et de la coresponsabilité.
Le Canon 5 du 1er Concile œcuménique met en évidence de manière plus claire le fait que les évêques sont solidaires en ce qui concerne la responsabilité envers le bon ordre de l’Église et que c’est le Concile qui a la compétence de confirmer les sentences données par un évêque ou d’examiner les problèmes qui peuvent apparaître entre le clergé et les évêques. Pour cela « …on a jugé convenable la tenue des conciles chaque année, deux fois par an, dans chaque éparchie (métropole), afin que la communauté de tous les évêques de l’éparchie (métropole) réunis examine les questions de ce type... ».
Avec l’organisation de l’Empire Romain en provinces, apparaît un contexte de structuration de la conciliarité au niveau régional, et selon ce que montre le Canon 9 Antioche, dans le processus de consolidation de la conciliarité à ce niveau, une importance particulière est revêtue par l’opportunité de l’organisation territoriale de l’empire, la capitale de la province étant un lieu vers lequel convergent les préoccupations de tous les dignitaires de la région en question.
L’Église n’a pas organisé de conciles régionaux pour émietter l’organisation ecclésiale, mais pour faciliter la communion et la communication, tenant compte des conditions effectives que le contexte géopolitique mettait à disposition. Le Canon 5 Sardique montre que les évêques voisins de la province sont impliqués dans la procédure d’appel au jugement qui a condamné un évêque, et le canon 6 Sardique montre que l’évêque de la métropole doit être élu avec l’implication des évêques voisins de la province.
Nous pouvons ainsi constater très tôt la constitution de conciles supra-provinciaux qui ont reçu l’appellation de conciles locaux ou régionaux, ou alors qu’il s’agissait de la réunion des évêques d’une nation, des conciles nationaux.
L’époque de Constantin a donné l’occasion de réunir les évêques du monde entier, avec l’appui de l’infrastructure mise à disposition par l’autorité impériale. C’est ainsi qu’a été convoqué le Concile de Nicée en 325, comme concile général, et ce type de concile était appelé Grand, par rapport aux autres qui étaient de taille plus restreinte.
Avec l’adoption de la religion chrétienne comme religion d’État, (380 apr. J-Chr.) partant du modèle offert par le 1er Concile œcuménique, les Empereurs se sont considérés responsables de la structuration de l’organisation conciliaire générale. Cette compétence impériale n’avait pas une nature ecclésiale mais était tout simplement une prise en considération réaliste du contexte dans lequel se manifeste l’Église.
Dans le cadre du processus de structuration de l’organisation conciliaire, un concile était reconnu comme Grand par la manière dont il a été convoqué, mais c’est un autre concile, assumant le rôle de récepteur, qui établissait dans quelle mesure il était grand. Ainsi, le concile de Sardique, convoqué comme un concile général, a été ressenti à travers le temps comme un Concile local, et le 3e Concile œcuménique, convoqué comme un concile local, a été ressenti comme un Concile œcuménique. La véritable Grandeur du Concile n’a pas été donnée par le nombre de participants et de l’aire géographique couverte, mais par l’importance des décisions et par la manière dont celles-ci ont été reçues par l’Église; en outre, le classement d’un concile dans une catégorie ou une autre a été donné par la conscience Ecclésiale manifestée de manière conciliaire.
Comme le témoigne la Tradition canonique, le concile est le cadre que l’Église structure afin de résoudre tous les problèmes qui interviennent dans la vie de tous les jours, aussi bien au niveau de la doctrine qu’au niveau de la pratique. La conciliarité est aussi un système canonique par lequel l’Église est défendue devant les tendances schismatiques. Le canon 19 du 4e Concile œcuménique est particulièrement clair en ce qui concerne la rigueur dont on a encadré l’organisation conciliaire, montrant que l’affaiblissement de la manifestation conciliaire est une source d’amplification des problèmes. Il affirme :
« Est arrivé à nos oreilles le fait que dans les éparchies les conciles établis de manière canonique n’ont pas lieu, et, à cause de cela, on néglige beaucoup de questions ecclésiales qui nécessitent une solution. C’est pourquoi, le saint Concile a décidé, conformément aux canons des Saints Pères, que les évêques de chaque éparchie se réunissent deux fois par an, là où ce serait approuvé par l’évêque de la métropole, et trouvent une solution à chaque problème rencontré. Et les évêques qui, demeurant dans leurs propres villes et vivant en état de santé, et libres également de tout engagement inévitable et nécessaire, et qui toutefois n’y participeraient pas, devront être fraternellement réprimandés.»
Ces précisions sont en fait une réitération des préceptes du Canon 20 Antioche qui dit:
« Il a été décidé qu’il est bon, pour les nécessités ecclésiales et la solution des controverses, que se tiennent dans chaque éparchie des conciles des évêques deux fois par an. »
Le Canon 8 du 6e Concile œcuménique renforce tous les préceptes de la Tradition canonique en témoignant de la compréhension envers les difficultés d’ordre pratique et contextuel qui peuvent apparaître, mais en soulignant que la participation à la communion conciliaire est une obligation fondamentale. En même temps, le canon montre que dans la manifestation de la conciliarité on doit tenir compte du contexte effectif dans lequel un concile peut se réunir, et que le rythme de la tenue des conciles doit être établi par celui à qui on a attribué la mission d’être un vecteur d’unité, le primat. En même temps le fait de boycotter la participation à la manifestation conciliaire est considéré comme une action digne de réprimande.
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En conclusion, nous pouvons affirmer que l’Église a assumé la conciliarité, dès les débuts de son organisation, comme un cadre de manifestation de la communion, partant du modèle offert par le Concile apostolique. Même si, comme le montre le canon 37 apostolique, tous les évêques qui peuvent, doivent se réunir périodiquement, en principe deux fois par an, afin de résoudre tous les problèmes auxquels se confronte l’Église, en raison du contexte géopolitique, à travers le temps on a organisé des conciles provinciaux ou nationaux, régionaux, et des conciles généraux. Les conciles suprarégionaux étaient considérés comme des Grands Conciles, et ils pouvaient être ressentis comme Conciles Œcuméniques ou des Conciles locaux, en fonction de la manière dont on percevait les décisions et leur importance pour la vie ecclésiale. La compétence d’évaluer la grandeur d’un Concile revient toujours à la manifestation conciliaire, vu qu’il est question d’un processus par lequel on exprime le consensus ecclésial.
A partir des éléments présentés ci-dessus, nous pensons qu’on peut déduire sans ambiguïté le fait que le Concile de Crète est un Saint et Grand Concile de l’Église, réunissant les représentants des Saints Conciles des Églises autocéphales. Après la clôture de ses travaux, il est entré dans la phase de réception, et un prochain Saint et Grand Concile aura la compétence de se prononcer sur la qualité des documents et sur l’impact de ce Concile sur la vie de l’Église.
Pr. Conf. Patriciu VLAICU

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