Ajouté le: 14 Janvier 2017 L'heure: 15:14

Il faut toujours prier et ne pas se lasser (Luc. 18, 1)

« En toute circonstance, prie continuellement. Car tu ne peux rien accomplir sans le secours de Dieu »

Marc l’Ascète, « Deux cent vingt-six chapitres »

« Tu ne saurais prier avec pureté si tu es embarrassé de choses matérielles et agité de soucis continuels ; car la prière est suppression des pensées »

Evagre le Pontique, « Chapitres sur la prière »

« Il nous est indispensable de demeurer en prière le plus longtemps possible, afin que la force invincible du Christ pénètre en nous et nous rende capable de résister à toutes les influences destructrices. (…) La prière, assurément, restaure en nous le souffle divin que Dieu insuffla dans les narines d’Adam, si bien que « l’homme devint un être vivant » (Gn. 2, 7) »

Archimandrite Sophrony, « La prière, expérience de l’éternité »

Prier avec la bouche ou mentalement ne produit aucun effet spirituel si la prière ne pénètre pas dans notre cœur, « qui est la demeure secrète de l’esprit et l’organe corporel primordial de la puissance pensante. Selon le Saint Apôtre Paul, nous savons que « Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : Abba ! Père ! » (Gal. 4, 6) » (Archimandrite Cléopas, « Sur la prière du cœur »).

Une prière machinale, routinière, qui laisse notre esprit inerte et notre cœur insensible, n’est pas seulement privée de toute nourriture spirituelle mais représente un danger pour notre âme, car elle nous fait croire que nous gardons le contact avec Dieu, alors que nous sommes aussi loin de Lui que les incroyants : « Ce peuple m’honore des lèvres, /Mais son cœur est loin de moi / C’est en vain qu’ils me rendent un culte » (Mt. 15, 8-9, Cf. Esaïe 29, 13).

« Dieu est un Dieu du cœur » (Archimandrite Cléopas op. cit.) et s’Il n’est pas présent dans notre cœur, nous ne pourrons Le trouver nulle part, ni dans les livres, ni à l’église, ni dans nos chants, ni dans nos prières : « Car ce qui n’est pas dans le cœur, cela n’existe pas vraiment, et ce qui est dans le cœur, cela seul existe réellement. (…) Tu pries Dieu, tu Le chantes, tu Le glorifies et tu Lui rends grâce avec la bouche, mais si tu n’as pas tout cela dans ton cœur, ta prière, ton chant et tes actions de grâce ne sont rien. Tu te prosternes et tu plies les genoux devant Dieu, mais si tu ne Lui soumets pas ton cœur, tes prosternations ne sont rien » (Saint Tikhon de Zadonsk, « Les devoirs du chrétien envers lui-même »).

Les mots de nos prières sont et seront toujours des mots humains, même s’ils s’adressent à Dieu, et en multipliant à l’excès les mots nous risquons de rester prisonniers de nos pensées terrestres et de notre imagination humaine, de sorte que, au lieu de nous rapprocher de Dieu, nous nous éloignons de Lui avec chaque parole que nous prononçons : « La prolixité dans la prière souvent emplit l’esprit d’images et le dissipe » (Saint Jean Climaque, « L’Échelle sainte »). Chaque mot qui ne vient pas du cœur est un mot de trop : « Quand tu pries, observe cette règle qu’il vaut mieux dire cinq mots du fond du cœur que dix mille avec ta langue seulement » (Saint Jean de Kronstadt, « Ma vie en Christ »).

La prière est avant tout une attitude intérieure et un acte fondamentalement différent de toutes nos autres activités terrestres : la rencontre de l’homme avec Dieu. Autrement dit, la rencontre de la créature mortelle et limitée que je suis avec l’Être éternel et infini, qui donne l’être et la vie à tout ce qui existe, et dont la sagesse surpasse infiniment l’intelligence humaine. C’est pourquoi « c’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison » (Pascal, « Pensées »).

Par conséquent la vraie prière est toujours une prière du cœur, avec ou sans paroles, car si notre cœur s’ouvre à la présence de Dieu, les paroles ne sont plus nécessaires : « Celui qui a atteint ce degré de sensibilité, prie sans paroles », de sorte qu’il peut prier sans interruption tout au long de la journée : « La prière spirituelle primordiale est celle-ci : que nous soyons inséparables de Dieu dans notre esprit et notre cœur, en tout temps et en tout lieu. Le plus important c’est de sentir toujours la présence de Dieu en nous. « Cela remplace toutes les règles de la prière et constitue une prière permanente », comme le dit Saint Théophane le Reclus » (Archimandrite Cléopas, op. cit.).

Nous avons besoin de respirer à chaque instant pour vivre sur terre. De même, la prière est la respiration du cœur qui nous rattache à la source de vie éternelle qu’est Dieu : « La prière ouvre notre âme, ouvre notre cœur pour faire place à Dieu. (…) A la Sainte Montagne circule un mot d’ordre qui dit : « Tu dois penser à Dieu comme à Dieu et non comme à un homme, et tu dois respirer Dieu à chaque instant » (Archimandrite Teofil Părăian, « La prière de Jésus »).

La rencontre de l’homme avec Dieu est aussi la rencontre de l’homme avec lui-même, car « l’essence de l’âme humaine n’est pas l’homme mais Dieu » (Maître Eckhart, « Sermons »).

En se séparant de Dieu, l’homme déchu s’est séparé de son propre être et de sa propre vie, autrement dit il s’est donné lui-même la mort. Le premier geste d’Adam après son péché est, en effet, un geste de séparation : il cherche à cacher sa nudité aux yeux de Dieu, comme devant un étranger : « J’ai entendu ta voix dans le jardin et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché » (Gn. 3, 10). En se cachant devant Dieu, l’homme déchu se cache à ses propres yeux. Dès lors, il oublie, comme un homme frappé d’amnésie, sa véritable identité et le but réel de son existence, qui est le salut de son âme. La prière rétablit le contact de l’homme à la fois avec Dieu et avec son être réel : « Nous nous tenons devant Dieu dans un silence dépouillé de toute image, dans une mise à nu radicale de la totalité de notre être. (…) Prier signifie bien souvent exposer à Dieu notre état pitoyable : faiblesse, acédie, doutes, craintes, angoisses, désespoir, en un mot tout ce qui est lié aux conditions de notre existence. » (Archimandrite Sophrony, « La prière, expérience de l’éternité »).

Lorsque nous portons un regard lucide sur notre existence terrestre nous parvenons toujours à la même conclusion, d’une précision mathématique : « Quel que soit le plan sur laquelle on la considère, la vie humaine est tragique. L’amour lui-même est plein de contradictions criantes et traverse bien souvent des crises fatales. Ainsi, chaque manifestation de la vie terrestre est marquée dès l’origine du sceau de la désintégration » (Archimandrite Sophrony, op. cit.).

Toutes les épreuves, les désillusions, les souffrances que nous rencontrons dans ce monde devraient nous persuader une fois pour toutes que notre existence terrestre n’est pas la vraie vie, car elle finit inévitablement par la mort et la désagrégation de toute chose : « Il est nécessaire pour nous de faire l’expérience du caractère tragique des destinées terrestres. (…) Après l’échec de tous nos efforts et de toutes nos souffrances, il est normal de nous ouvrir aux nouveaux horizons d’un autre monde, incomparablement plus élevé » (Archimandrite Sophrony op. cit.) La prière nous ouvre la voie vers la vie éternelle et représente ainsi une « victoire sur la tragédie » (Archimandrite Sophrony, ibid.).

Lorsqu’elle atteint son degré le plus haut, la prière est une manière de briser les liens qui nous attachent à ce monde, comme au moment où l’âme quitte son enveloppe mortelle : « Il est dit que tel est l’état le plus haut de la prière : l’intelligence, quand elle prie, est hors de la chair et du monde, hors de toute matière et de toute forme. Celui-là donc qui maintient cet état sans faille, en vérité prie continuellement. De même que le corps, quand il meurt, se sépare totalement des choses du monde, de même l’âme qui s’applique à demeurer en cet état très haut de la prière, et qui meurt, se sépare de toutes les pensées du monde. Car si elle ne meurt pas de cette mort, elle ne peut se trouver et vivre avec Dieu » (Saint Maxime le Confesseur, « Deuxième centurie sur l’amour »).

La prière est une rencontre personnelle de l’homme avec Dieu, et en tant que telle, elle est avant tout une expérience de vie de chacun de nous : « Mes relations avec Dieu revêtent un caractère strictement personnel. La notion de péché n’a de sens que dans le cadre d’une relation personnelle. En dehors d’elle, il n’y a pas d’amour entre l’homme et Dieu. En dehors d’elle, il n’y a pas et il ne peut y avoir de connaissance existentielle de Dieu » (Archimandrite Sophrony, op. cit.). En affirmant le caractère personnel de notre relation avec Dieu, l’Archimandrite Sophrony nous dit la même chose que le Christ : « Quand tu pries, entre dans ta chambre et ferme la porte pour prier ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt. 6, 6).

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