Ajouté le: 4 Mai 2016 L'heure: 15:14

Le Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe, expression de la coresponsabilité ecclésiale

La synaxe des Primats des Églises orthodoxes autocéphales, réunie dans la période du 21 au 28 janvier 2016 à Chambésy, a décidé que le Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe soit convoqué du 16 au 27 juin 2016 à l’Académie Orthodoxe de Crète. Cette dernière étape couronne les presque 100 ans qui se sont écoulés à partir du moment où a été formulée l’idée de relancer la conciliarité au niveau panorthodoxe.

Après un début sinueux, marqué par le Congrès Panorthodoxe de Constantinople en 1923, les initiatives du Patriarcat de Constantinople en 1924 et 1926 et la réunion de la Commission Interorthodoxe préparative de Vatopedi en 1930, le processus de conciliarité a été précisé formellement en 1951 et 1952, à travers deux lettres adressées aux Églises autocéphales sœurs par le Patriarche œcuménique Athénagoras. A la suite des réponses à cette initiative, s’est consolidée la perspective pour la structuration d’une méthode de préparation, basée sur un dialogue à différents niveaux, en vue de la réception du consensus panorthodoxe concernant des sujets importants de la vie de l’Église et de sa manifestation dans le monde. Dans le cadre de la Première Conférence Panorthodoxe de Rhodes en 1961, a été exprimée la détermination des Églises orthodoxes autocéphales d’avancer dans la voie de la restauration de la conciliarité au niveau global, en élaborant un ample catalogue de thèmes qui comprend 8 catégories développées en 40 sujets principaux, eux-aussi développés en 50 sous-points environ. La complexité de ce document a mis en évidence, d’un côté le niveau des attentes mais aussi l’ampleur des problèmes auxquels l’Église Orthodoxe se confronte dans sa manifestation communionnelle.

Après plus de 10 ans, dans le cadre de la première conférence préconciliaire panorthodoxe réunie en 1976 à Chambésy, à partir de l’ensemble du catalogue de thèmes, 10 ont été retenus :

Le calendrier ; Les empêchements au mariage ; L’adaptation des règles du carême aux conditions contemporaines ; Les relations de l’Église Orthodoxe avec d’autres Églises et confessions chrétiennes ; Les relations de l’Église Orthodoxe avec le mouvement œcuménique ; Les relations de l’Église Orthodoxe avec le monde ; La diaspora orthodoxe ; L’autocéphalie et sa manière de proclamation ; L’autonomie et sa manière de proclamation ; Les dyptiques.

La décision de restreindre les sujets que le Saint et Grand Concile va aborder, montrait explicitement que les Églises autocéphales ne se proposent pas une approche exhaustive de tous les aspects qui nécessiteraient des clarifications, mais souhaitent consolider la communion en apportant un témoignage dynamique par rapport à la manière dont l’Église œuvre dans le monde.

Pendant 40 ans, de 1976 jusqu’en 2016, dans le cadre des étapes préparatives, on a obtenu des résultats positifs concernant 4 thèmes :

La diaspora orthodoxe ; L’autonomie et sa manière de proclamation ; Le Saint Sacrement du Mariage et les empêchements au mariage ; L’importance du jeûne et de son respect aujourd’hui.Les thèmes :Les relations de l’Église Orthodoxe avec d’autres Églises et confessions chrétiennes et Les relations de l’Église Orthodoxe avec le mouvement œcuménique, sont consolidésen un seul texte intitulé :Les relations de l’Église Orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien.

Les trois autres thèmes : L’autocéphalie et sa manière de proclamation ; Les dyptiques et Le calendrier, ont soulevé des problèmes qui n'ont pas reçu de réponses unanimes et par conséquent ont été enlevés de l’ordre du jour.

Dans ce qui suit, je vais présenter les principaux aspects abordés par les 6 documents maintenus pour l’adoption dans le cadre du Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe. Dans une première partie, je vais souligner les aspects importants liés aux documents :

L’importance du jeûne et son respect aujourd’hui, La diaspora orthodoxe et L’autonomie ecclésiale,et dans une seconde partie, dans le prochain numéro de la revue, je vais aborder les documents : La mission de l’Église Orthodoxe dans le monde contemporain, Les relations de l’Église Orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien, Le Saint Sacrement du Mariage et les empêchements au mariage.

L’importance du jeûne et son respect aujourd’hui

Même si au début ce thème avait été introduit à l’ordre du jour, afin de souligner l’économie par rapport aux règles strictes du jeûne, le texte adopté par la Synaxe de janvier 2016 souligne l’importance de pratiquer le jeûne dans toute sa rigueur. Le document montre que L’Église Orthodoxe, suivant sans faille les décisions apostoliques, les canons conciliaires et toute la tradition patristique, a toujours proclamé la valeur éminente du jeûne pour la vie spirituelle de l’homme et pour son salut. On souligne le lien entre le jeûne, le repentir et les actions caritatives, en montrant que le jeûne n’est pas une simple abstention formelle de certains aliments, mais un éloignement du mal, la surveillance de sa langue, l’abstention de la colère, l’éloignement de la cupidité, des mauvaises paroles, du mensonge, du faux serment.

Étant donné que le jeûne n’a pas de but en soi mais vise à aider l’homme dans la voie vers le salut, le texte montre que par une tolérance pastorale, l’Église a mis au régime du jeûne les limites d’une économie miséricordieuse. On souligne ainsi l’application du principe ecclésial de l’économie en cas de maladie physique, d’urgente nécessité imposée par l’époque, d’après un jugement plein de responsabilité et par l’attention pastorale des évêques des Églises locales.

Le document laisse la liberté à chaque Église Orthodoxe autocéphale, de définir l’extension de l’économie et la compréhension envers ceux qui ont des difficultés à garder les préceptes en vigueur concernant le jeûne, soit pour des raisons personnelles (maladie, service militaire, conditions de travail, etc.), soit pour des raisons générales (conditions climatiques, conditions socio-économiques spécifiques à certaines régions). En soulageant la « difficulté » dans ces cas particuliers, on ne doit pas affaiblir en aucune façon la valeur du jeûne. Le texte souligne l’importance de respecter l’abstention de toute nourriture à partir de minuit avant la Sainte communion et on montre l’importance de jeûner en signe de repentir, pour accomplir une promesse spirituelle, pour atteindre un saint but, pendant les périodes d’épreuves, pour accompagner une demande à Dieu, avant le baptême (pour les adultes), avant l’ordination, dans des cas de pénitence, pendant les pèlerinages et pendant d’autres circonstances semblables.

La Diaspora Orthodoxe

Les thèmes concernant l’autonomie et la diaspora sont soumis à l’adoption du Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe, même si deux autres documents qui relèvent de l’organisation de la communion des Églises orthodoxes autocéphales, ceux concernant l’Autocéphalie et les Dyptiques, ont été retirés de l’ordre du jour.

Le document affirme le désir commun que le problème de la diaspora orthodoxe soit résolu le plus tôt possible, en adoptant une organisation conforme à l’ecclésiologie, la pratique et la tradition canonique de l’Église Orthodoxe. De même, on affirme qu’à l’étape actuelle il n’est pas possible, pour des raisons historiques et pastorales, de passer immédiatement à l’ordre strictement canonique de l’Église en ce qui concerne ce problème. Le texte affirme que la normalité canonique est représentée par l’existence d’un seul évêque en un seul et même lieu, ne faisant aucune mention du fait que la normalité canonique est, de fait, l’organisation des Églises locales sur le principe du monoépiscopat territorial.

Le texte établit une solution temporaire qui prépare le terrain pour une solution strictement canonique et laisse entendre que cette décision devrait être adoptée par le Saint et Grand Concile.

Dans la période de transition, sont constituées les « Assemblées épiscopales » dont font partie tous les évêques reconnus canoniquement dans chacune des 12 régions mentionnées dans le document, assemblées qui sont présidées par le primat des hiérarques de l’Église de Constantinople et, en absence de ceux-ci, en conformité avec l’ordre des dyptiques. Le Comité Exécutif des assemblées est constitué de primats des hiérarques des différentes juridictions qui existent dans la région.

Les Assemblées Épiscopales n’annulent pas pour les évêques membres les compétences d’ordre administratif et canonique et ne restreint pas non plus leurs droits dans la diaspora.Elles ont pour but de formuler une position commune sur des problèmes divers, les évêques membres n’étant pas affectés dans leur lien canonique avec leurs propres Églises autocéphales et dans leur capacité à exprimer leurs opinions à l’extérieur.

L’objectif des Assemblées Épiscopales est donc de témoigner de la communion et de l’unité de l’Église Orthodoxe, dans le contexte où l’orthodoxie est une présence minoritaire dans ces régions. Les 12 régions sont : l’Amérique du Nord et l’Amérique Centrale ; l’Amérique du Sud ; l’Australie, la Nouvelle Zélande et l’Océanie ; la Grande Bretagne et l’Irlande ; la France ; la Belgique, les Pays Bas et le Luxembourg ; l’Autriche ; l’Italie et la Malte ; la Suisse et le Liechtenstein ; l’Allemagne ; les Pays Scandinaves (à l’exception de la Finlande) ; l’Espagne et le Portugal. La formulation du document laisse entendre qu’il s’agit seulement d’une première phase de cette organisation.

Cette institution des Assemblées Épiscopales est une nouveauté dans l’organisation de l’église orthodoxe, et institue un organisme qui exprime la collégialité non-juridictionnelle comme moyen de manifestation de la communion. Nous remarquons qu’à travers ce texte, la réalité pastorale à l’extérieur des territoires où sont organisées des Églises autocéphales, est identifiée comme diaspora orthodoxe et qu’on ne fait aucune différence entre les territoires qui ont été traditionnellement dans la juridiction canonique du Patriarcat de Rome et les autres régions.

L’Autonomie et sa manière de proclamation         

Nous remarquons que, même si l’autonomie est encadrée dans la problématique de l’autocéphalie, et que la compétence exclusive dans ce domaine revient à l’église autocéphale, on considère comme opportun que cette problématique soit réglementée à travers un texte approuvé au sein du Saint et Grand Concile, même si le document concernant l’autocéphalie a été enlevé de l’ordre du jour. Le texte introduit la notion d’indépendance relative de l’Église autonome dans le cadre de l’Église autocéphale. Peut-il être question d’une indépendance relative ou absolue d’une entité ecclésiale dans le cadre de la communion ? L’Église se manifeste dans le cadre d’un système d’organisation ecclésiale dans lequel il y a une relation d’interdépendance, l’autonomie et l’autocéphalie n’exprimant pas tant l’indépendance que la maturité ecclésiale, pour gérer de manière pleinement responsable les aspects de vie intérieure de l’Église en question, ainsi que les rapports de communion avec les autres Églises locales et sa présence dans la société.

Nous remarquons qu’à travers ce document on précise des éléments qui relèvent de la fonction de primat du Patriarcat œcuménique, par le fait qu’on souligne le rôle prépondérant de ce patriarcat, lorsqu’il s’agit de la communication de l’attribution de l’économie et par l’attribution de compétences exclusives en ce qui concerne la constatation du consensus dans un problème qui tient de l’organisation ecclésiale, en dehors du cadre traditionnel géré exclusivement par les Églises autocéphales. Pour la première fois dans un document panorthodoxe, on reconnaît au Patriarcat œcuménique la compétence exclusive d’obtenir le consensus des Églises autocéphales, pour l’attribution de l’autonomie dans la diaspora orthodoxe. Par cette stipulation, on ouvre la perspective de la constitution d’églises locales dans la Diaspora par le consensus des Églises autocéphales, constaté par le Patriarcat œcuménique, conformément à ce que l’on appelle une pratique en vigueur. Le problème est que, jusqu’à ce moment, on ne peut identifier une telle pratique, puisque jamais jusqu’à maintenant le Patriarcat œcuménique n’a été impliqué dans une telle procédure.

Pour la première fois, nous voyons que dans un texte panorthodoxe, on reconnaît au Patriarcat œcuménique la compétence de trouver la solution canonique conformément à la pratique panorthodoxe en vigueur, dans le cas des dissensions dues à l’attribution du statut d’autonomie, à la même zone géographique ecclésiale par deux Églises autocéphales. La formulation fait à nouveau allusion à la pratique panorthodoxe en vigueur, même si une telle pratique ne peut être identifiée comme étant assumée par l’Église par un document ou une coutume canonique. En même temps, se pose la question de savoir comment le Patriarcat œcuménique peut être partie en conflit et médiateur simultanément, alors qu’il se trouve lui-même dans la situation d’accorder l’autonomie à une région dans laquelle une autre Église autocéphale a accordé ou accorde l’autonomie ?

Dans le prochain numéro de notre revue nous allons présenter de manière succincte les trois autres documents :

La Mission de l’Église Orthodoxe dans le monde contemporain, Les Relations de l’Église Orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien, La Sacrement du Mariage et les empêchements au mariage.

Père Patriciu VLAICU

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