Que faisons-nous pendant la prière ? Nous essayons de garder notre esprit dans la présence du Seigneur, en invoquant son Nom. Quiconque invoque le Nom de Jésus avec humilité et attention, se tient en présence du Seigneur, et cette présence est très dynamique.
A maintes reprises nous invoquons le Seigneur et désirons entrer en sa présence mais il arrive que nous n’y soyons pas aptes. C’est comme si nous battions l’air. Alors nous réalisons qu’il y a une faute dans notre attitude, et que nous invoquons cette présence d’une manière qui est indigne du Seigneur. Baissons alors la tête et plus encore notre esprit, et disons : « Seigneur, je pèche contre Toi-même quand j’invoque ton Nom, enseigne-moi Toi-même ton humilité. Donne-moi toi-même, ô Seigneur, la perception de ce qui est approprié à l’invocation de ton Nom. » Et alors nous commençons à sentir que, plus nous abaissons notre esprit devant le Seigneur, plus le pouvoir de prier nous est donné d’en Haut. L’heure de la prière devient l’exercice où nous apprenons la manière d’entrer dans la présence du Seigneur, comment nous tenir devant Lui, comment cette manière de demeurer avec Lui devrait être forte, active et lumineuse. Sans faillir, nous devons mortifier notre esprit. Si nous acquérons cette habitude bénie, beaucoup de choses seront corrigées dans nos vies. Par exemple, la pensée que nous avons affligé notre frère en offensant sa conscience, peut nous venir à l’esprit, et nous savons que, pour être agréable à Dieu, pour être apte à demeurer en sa présence, nous devons être réconciliés avec notre frère, avec la personne que nous avons affligée.
On doit avoir un cœur aussi vaste que les cieux, un cœur qui embrasse tous les hommes pour entrer au Paradis. Un cœur qui exclut quelqu’un, même une seule personne, ne sera pas accueilli par le Seigneur, il ne sera pas jugé digne d’être un cœur où Dieu peut habiter. Et la prière, création sans fin, comme le dit père Sophrony, est une école qui nous apprend comment rester dans la présence du Seigneur. Et cet effort pour rester avec le Seigneur nous enseigne quelque chose qui vainc la mort. Il devient un exercice qui finalement vaincra la mort. C’est pourquoi notre prière ne doit être ni superficielle ni mécanique, mais doit unir notre esprit à notre cœur afin d’accomplir la vraie prière mentale- ce qui signifie que nous devons prier de tout notre être intérieur, de tout notre esprit, de tout notre cœur. Comment Dieu pourra-t-Il prêter l’oreille à notre prière si nous ne sommes pas en accord avec tous les mots que nous disons ? Et nous n’y consentons pas, si nous ne faisons pas attention à ce que nous disons. Dans le but que Dieu entende notre prière instante, nous-mêmes, en premier lieu, devons être totalement présents aux paroles que nous faisons monter en sa Présence. C’est une bonne chose d’avoir notre esprit intronisé dans notre cœur et de faire monter vers le Seigneur nos pensées accompagnées d’un profond sentiment du cœur. Nous devrions prononcer un par un nos mots devant Dieu. Si nous avons cette attitude alors je suis certain que Dieu commencera à être notre maître. Et comme le Seigneur le dit : « Ils seront tous enseignés de Dieu ». (Jean 6, 45) Nous sommes enseignés par le Seigneur Lui-même, Il nous instruits, nous donnant de sentir sa présence dans nos cœurs. Et nous apprenons, essayant de ne pas empêcher sa présence en nous, quelles pensées accepter et lesquelles rejeter.
La prière est toute une école. L’humilité est la clef du succès dans cette discipline.
Trois choses sont nécessaires pour aider à la préparation de notre esprit au moment de la prière : Il est utile de connaître notre mesure afin de ne pas être trop audacieux devant Dieu. Savoir que nous sommes essentiellement néant (selon le terme grec : « an-hypostatiques ») devant le Seigneur. Nous sommes des êtres créés, des hommes déchus, menteurs, blessés par le péché. En tant que tels, nous devons nous tenir devant Dieu avec crainte, sans impudence, sans arrogance. Si nous nous tenons avec une telle inclination de cœur et d’esprit à la prière, nous prierons le Seigneur pour des choses convenant à notre pauvreté. Et tout d’abord, demandons sincèrement pardon pour nos péchés, pour l’éclairement de notre ignorance, et pour toutes choses semblablement humbles. Plus nous gardons notre esprit dans l’humilité, plus Dieu augmentera le sentiment de sa présence en nous.
Soyons humbles ; ayons la certitude que nous ne sommes rien, et que la seule chose qui fasse de nous des humains est le souffle que notre Dieu et Créateur nous a accordé. Autrement nous sommes terre, et la terre est faite pour être foulée.
Dans certaines des prières que nous lisons, nous rencontrons l’humilité du corps. Le corps est en vérité source d’humilité pour nous, car il est créé de la terre et par conséquent il retournera à la terre. Ce qui nous rend précieux est le souffle de Dieu que nous avons reçu au moment de notre création et de notre re-création, à notre baptême. C’est ce souffle qui nous fait être à l’image et à la ressemblance de Dieu. Nous devons avoir cette humble pensée que nous ne sommes rien afin de ne pas être remplis de vanité, (être pleins de nous-mêmes), parce que seulement ainsi nous pourrons donner tout l’espace à Dieu. Ce néant né de l’humilité est la meilleure des conditions préalables pour que nous restions dans la présence de Dieu. Plus nous nous vidons, c’est-à-dire nous humilions devant Dieu, plus Il remplit nos cœurs.
Et, finalement, nous devons avoir de l’abnégation. Nous ne devons pas avoir peur de faire un petit sacrifice. Nous voyons qu’à chaque fois que nous faisons quelque sacrifice pour l’amour de Dieu et celui de notre frère, Dieu multiplie sa grâce en nous. Fréquemment nous nous aimons nous-mêmes davantage, et préférons notre confort au lieu de sacrifier quelque chose pour Dieu ou d’offrir quelque service à notre frère. Mais béni est celui qui a de l’abnégation, parce que, lorsque le Seigneur appela Ses disciples à Lui, la condition qu’Il y mit était de « renoncer à soi-même » (Matt. 16, 24).
Pour résumer, le renoncement à soi-même et l’humilité sont les premières pierres de Dieu en nous, sur lesquelles Dieu construit le temple de son Esprit.
Quand nous sommes jeunes, nous ne pensons jamais à la mort. Plus tard, nous commençons à y penser plutôt intellectuellement, abstraitement. Mais les années se multipliant et les problèmes de la vieillesse commençant, alors nous voyons les signes d’avertissement de ce grand évènement. Car nous sentons, nous touchons ces choses dans notre vie. Le Seigneur nous a concédé que notre vie soit telle que nous puissions revenir à nous-mêmes et nous préparer à ce jour.
«Sois avec moi, ô Seigneur, à cette heure effroyable et sacrée, et accorde-moi la joie du salut », (Archimandrite Sophrony, Sur la Prière, p.182) dit Père Sophrony dans sa prière. En d’autres termes, donne-moi Seigneur la joie et les délices du salut, de ma vraie naissance dans ton Royaume. Père Sophrony priait de cette manière dans ses prières matinales. L’évènement à venir de sa dernière heure était toujours à son esprit, dès les premiers instants du jour. De cette manière les gens « répètent-ils » pour l’heure de leur mort- afin de la vivre d’une manière vraiment joyeuse. Ainsi, ce genre d’attitude et de prière est le meilleur exercice pour apprendre à mourir avant que nous mourrions, afin que, cette heure arrivant, nous ne mourrions pas mais vivions éternellement avec Dieu.
Dans la vie des Saints, nous voyons que Dieu assiste grandement Ses serviteurs précisément au moment – même où ils se remettent en Ses mains pour mourir. Et au moment où ils atteignent l’ « Amen » de leurs moyens, alors Dieu commence les « bénis soient » de Ses moyens, et Il étend sa main pour les aider. C’est-à-dire au moment où nous pensons que « tout espoir est perdu », c’est là que les Cieux s’ouvrent. Pour résumer, nous devons atteindre la limite de notre propre justice pour que la grande Justice de Dieu agisse, ce qui n’est rien d’autre que son Amour qui ne finit jamais.
Dans le Livre de Job nous voyons qu’au moment où cet homme de Dieu, grand souffrant s’abandonne complètement à ses souffrances, faisant confiance au Seigneur et tentant de comprendre Ses justes jugements, alors Dieu Se révèle à lui. A ce moment – là Job a compris et béni Dieu, méprisant sa propre justice comme étant pauvre et fausse. Et il a dit à Dieu, hélas que ne T’ai-je connu jusqu’ici, hélas que n’ai-je souffert de plus grandes choses pour Toi. Parce qu’il a réalisé que la gloire qui suit est analogue à la mort à laquelle l’homme de Dieu se livre.
Nous observons fréquemment le même phénomène dans la vie des Saints. Le Saint Apôtre Paul se livra lui-même à la mort. Il dit qu’il a souffert mille morts pour l’Evangile du Christ. Il décrit un tel évènement qui arriva quand il habitait à Lystrie où les païens, excités par les Juifs, battirent l’Apôtre et le traînèrent hors de la cité, le laissant à demi-mort. Mais Dieu le sauva – plus tard, lorsque l’Apôtre mentionne cet événement dans son épître aux Corinthiens, il dit qu’ils avaient atteint le point où ils avaient désespérés de la vie, « de telle sorte que nous désespérions même de conserver la vie…afin de ne pas placer notre confiance en nous-mêmes, mais en Dieu qui ressuscite les morts » (2 Co. 1, 9). Après cette leçon, le grand Paul ne désire se vanter de rien d’autre, même pas des révélations effroyables et grandioses qui lui ont été accordées – parce qu’il connaît le danger de l’orgueil – sinon d’une seule chose, dit-il, les maux et morts que j’ai endurés pour l’Évangile ; parce que je sais que le Dieu des Chrétiens est magnifié dans la faiblesse du fidèle. La vie du Dieu des Chrétiens est triomphante dans les maux, dans les faiblesses de la tribulation.
« Ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (2 Cor. 12, 9), dit le Christ à Saint Paul quand l’apôtre, n’étant qu’un homme, Le supplia de le délivrer d’une épreuve qui l’amenait à la mort. Il dit qu’il pria par trois fois que le Seigneur l’épargnât, signifiant qu’il se livra aux veilles et au jeûne jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’il entendît la voix du Seigneur, ou qu’il fût guéri. Et le Christ ne lui accorda pas la guérison, mais lui répondit, disant ma grâce te suffit et ma puissance est rendue parfaite justement dans ta maladie. Car cette maladie te garde dans l’humilité de manière à ce que ma puissance puisse habiter en toi.
L’Apôtre des Gentils savait qu’il s’était livré quotidiennement à la mort pour l’amour du Christ. Quelque part il dit lui-même : « selon qu’il est écrit, c’est à cause de Toi qu’on nous met à mort tout le jour ; qu’on nous regarde comme des brebis pour la boucherie » (Rom. 8, 36). Signifiant qu’il endura chaque jour mille morts parce que c’était la seule façon de garder un cœur apostolique, un cœur rempli de l’Esprit Saint, afin de pouvoir renouveler le monde entier.
Comment peut-on garder un tel cœur apostolique ? Dans l’un de ses livres, Père Sophrony dit que, en tant que Chrétien, l’on ne peut que mourir. Signifiant par là que, la personne tenant à sa propre vie, à son confort personnel, ne peut mener une vie chrétienne. Autrement dit, si nous sommes toujours prêts à mourir, à nous livrer avec une totale abnégation à toute espèce de mort pour l’amour du Seigneur, alors nous verrons avec certitude les miracles de Dieu à chaque instant de notre vie.
Mais nous n’avons pas une telle abnégation et par conséquent, nous n’avons pas la grandeur d’un cœur apostolique que l’Esprit Saint édifie chez le croyant quand Il descend et le renouvelle immédiatement, comme nous le chantons aux Matines de Pentecôte.
Soyons courageux et consolons-nous les uns les autres avec une vraie consolation, disant la vérité de Dieu, et ne soyons pas réconfortés par de fausses consolations. C’est une chose difficile de vraiment réconforter quelqu’un qui fait face à la phase terminale d’une maladie. Mais là où il y a des gens qui peuvent porter une honnête parole, nous pourrions dire : « prépare ta rencontre avec le Seigneur, et comme Il l’a dit, rien n’est plus fort que sa grâce ». Signifiant que, ni la vie ni la mort ne peuvent être plus fortes que la grâce que Dieu donne à ceux qui se préparent à l’heure de leur mort, au grand moment de notre rencontre avec notre Créateur.
Comme Saint Paul le dit, Dieu ne souffre jamais que nous soyons tentés au-delà de nos forces (1 Cor. 10, 13). C’est si magnifique. Nous pouvons souffrir de quelque maladie et prier pour notre guérison, mais notre requête n’est pas accordée. Cependant, sachons que Dieu peut donner grâce et puissance à tous, comme d’aller vers le haut, par delà notre maladie et à travers elle, de sentir la joie de la présence et de la puissance de Dieu dans nos cœurs, qui est aussi notre victoire sur la mort.
« The Hidden Man of the Heart » extrait de « The Hour of Death » (chap. II), Ed. Mount Tabor, 2008,
Par l’Archimandrite Zacharias
(Trad. de l’Anglais Anne Monney)

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