Ajouté le: 16 Juin 2015 L'heure: 15:14

Parole pour les pélerins

À la lumière de la Résurrection du Seigneur, nous sommes rassemblés pour la huitième fois en pèlerinage auprès des reliques de saint Jean Cassien. Je souhaite la bienvenue à tous, à ceux qui viennent de loin ou de près et vous remercie pour votre effort et fidélité. Tout d’abord je remercie Monseigneur Théodose, Archevêque de Tomis, pour son effort d’être parmi nous aujourd’hui et les jours suivants, ainsi que Monseigneur Georges Pontier, Archevêque de Marseille, et Père Philippe Rast, recteur de cette paroisse, nos hôtes généreux de chaque année. Notre pèlerinage n’aurait pas pu se dérouler sans la bénédiction de notre Métropolite Joseph, que nous remercions spécialement pour sa présence et ses encouragements paternels qu’il nous adresse chaque année avec beaucoup d’amour. Je remercie également chaleureusement Monseigneur Timothée, Évêque orthodoxe roumain d’Espagne et du Portugal et Monseigneur Ignace, Évêque auxiliaire d’Espagne et du Portugal.

Lors du pèlerinage de l’année dernière, dans mon mot de bienvenue, je m’étais arrêté sur un apophtegme raconté par saint Jean Cassien, sur Abba Jean, higoumène d’un grand monastère : « Désirant aller vers Dieu avec joie et zèle, les frères l’ont entouré en le suppliant de leur laisser quelques bonnes paroles qu'ils garderaient comme un précieux héritage, et qui les aideraient à acquérir la perfection dans le Christ. Alors Abba Jean leur dit : je n’ai jamais fait ma volonté, et je n’ai rien enseigné à quelqu’un avant de l'avoir pratiqué moi-même » (Conférences 14, 9). Je disais l’année dernière, relativement à cet exemple que saint Jean Cassien nous a laissé en héritage, surtout relativement à la première partie de cet enseignement : « Je n’ai jamais fait ma volonté », que si l’on veut obtenir le salut, il ne faut pas faire sa volonté à tout prix, mais chercher à connaître et accomplir la volonté de Dieu et se soumettre entièrement à Lui, avec grande foi. Notre Sauveur Jésus Christ l’a déjà fait avant nous, en se montrant Lui-même le premier exemple, il a obéi à son Père Céleste, et quand Il s’adressait aux judéens, qui Le mettaient souvent à l’épreuve, Il leur disait : « … Je ne cherche pas ma volonté, mais celle de Celui qui m’a envoyé » (Jean 5, 30).

Par la suite je voudrais m’arrêter sur la deuxième partie de l’enseignement cité : « je n’ai rien enseigné à quelqu’un avant de l'avoir pratiqué moi-même ». Je ne l’ai pas fait l’année dernière pour ne pas trop allonger mon discours, mais maintenant je vais essayer de l’aborder, parce que je considère que cette seconde partie est tout aussi importante que la première ; je vais donc la rappeler : « je n’ai rien enseigné à quelqu’un avant de l'avoir pratiqué moi-même ».

Jetons un coup d’œil, encore une fois, à notre modèle qui est Jésus Christ, qui ne réclame jamais de nous une chose, qu’Il n’a pas accompli Lui-même auparavant. Par exemple, Il nous dit : « Ne croyez pas que Je sois venu pour abolir la Loi ou les Prophètes ; Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir» (Matthieu 5, 17), étant Lui-même un exemple d’obéissance et d’accomplissement de la volonté de Dieu, exprimée par la Loi ou par les Prophètes. Ou au moment de son baptême par saint Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain, lorsque celui-ci dit que c’est lui qui devrait être baptisé par Jésus et pas le contraire, le Seigneur lui répond humblement : « Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste » (Matthieu 3, 15), et par cette expression, tout ce qui est juste, on doit comprendre la soumission totale à la volonté de Dieu, en prenant ainsi le joug du Royaume des Cieux. Le Christ, notre Sauveur, a été baptisé dans les eaux du Jourdain avec le baptême du repentir initié par saint Jean-Baptiste, même s’Il n’en avait pas besoin, puisqu’Il était sans péché, justement pour nous enseigner à le faire nous aussi, à suivre la voie de la purification par le repentir et recevoir le pardon, en le demandant. Si le Christ a accompli tout ce qui était juste, c’est bien sûr pour nous qu’Il l’a fait, pour nous ouvrir le Royaume de Dieu, dont l’essentiel est justement que dans ce Royaume la volonté de Dieu se réalise entièrement.

Puis le Seigneur nous révèle que tous les commandements divins peuvent être synthétisés par les deux suivants : aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa pensée, et aimer son prochain comme soi-même, car : « De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes » (Matthieu 22, 40), or Il accomplit d’une manière parfaite justement cette loi de l’amour.

C’est pourquoi Il nous conseille : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15, 12-13) et Il nous dit : « À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13, 35). Donc Dieu nous demande d’accomplir un commandement, mais c’est Lui-même qui l’accomplit en premier, Il nous enseigne par son propre exemple, tel un parent qui aime son enfant : « Écoute-moi, mon fils, et ne me méprise pas, et tu reconnaîtras à la fin la vérité de mes paroles » (Ecclésiastique 31, 22) ; ou dans un autre contexte : « recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos pour vos âmes » (Matthieu 11, 29) et Il nous adresse ces paroles car c’est Lui-même qui est doux et humble de cœur, et c’est pour cela qu’Il nous enseigne de suivre son modèle: «Mon fils, accomplis tes œuvres avec douceur (…) » (Ecclésiastique 3, 17) ; ou dans l’Épître du saint Apôtre Paul aux Romains : « (…) Mais, par ton endurcissement et par ton cœur impénitent, tu t’amasses un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu » (Romains 2, 5), donc sois : doux et humble de cœur. Saint Jean Cassien, en tant que « suiveur » du Christ, nous a laissé un riche enseignement qui est issu de sa propre expérience, et c’est pour cela que cet enseignement a une telle valeur, même de nombreux siècles plus tard, étant vérifié en vérité, car seulement « la vérité du Seigneur demeure pour toujours » (Psaume 116, 2), comme affirme David. Bien sûr que les tendances du monde actuel, qui est évidemment éphémère et illusoire, et l’éloignement progressif de Dieu et de l’enseignement de l’Église ont perverti la pensée bonne et saine de beaucoup de gens. C’est pourquoi nous avons toujours besoin d’un rappel, de l’éveil de la conscience et de retourner sur le chemin du salut, que l’on devrait désirer plus que toute autre chose.

Dans notre vie quotidienne on réalise souvent le contraire de la pratique de notre père spirituel saint Jean Cassien, qui ne se permettait pas d’enseigner aux autres ce que lui-même n’avait pas expérimenté auparavant. On est fréquemment incliné à imposer notre point de vue et à insister pour que notre volonté soit faite exactement, en se considérant et se montrant plein de sagesse aux yeux des autres. On a tendance à enseigner aux autres, sans avoir une expérience réelle dans notre vie, d’où la vanité de notre démarche pleine d’hypocrisie. À cause de la négligence et du relâchement dans notre vie spirituelle, on oublie l’objectif de notre conseil – qui devrait être l’aide désintéressée accordée aux proches qui se trouvent dans le désarroi – au profit de notre affirmation personnelle, conséquence des influences du monde concurrentiel dans lequel on vit. L’homme humble, expérimenté dans l’esprit de l’Évangile, aura toujours tendance à rester dans l’ombre, contrairement à l’homme orgueilleux et arrogant, prêt à conseiller et à guider les autres. C’est pourquoi il faut suivre toujours le Christ, notre véritable Maître, qui enseignait à son peuple avec une grande délicatesse et humilité, la plupart du temps par ses propres actes et par son exemple personnel.

Donc humilions-nous selon son exemple et alors, si l’occasion d’enseigner aux autres se présente, il faut toujours se demander si on a déjà accompli ou on a vécu les expériences qu’on enseigne aux autres. Le saint Apôtre Paul nous conseille : « Et quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par Lui des actions de grâces à Dieu le Père » (Colossiens 3, 17), en couvrant ainsi d’humilité son travail.

Saint Jean Cassien rajoute une autre explication : « Il y a deux raisons pour lesquelles un enseignement spirituel peut être infructueux. Ou bien celui qui enseigne n'a pas expérimenté ce qu'il conseille aux autres, et alors tous ses efforts pour instruire l'auditeur ne sont qu'un vain bruit ; ou bien ceux qui écoutent sont mauvais et remplis de vices, et alors leur cœur endurci demeure fermé aux enseignements salutaires et saints de l’homme spirituel » (Conférences 14, 18).

Soyons toujours attentifs au conseil de saint Jean Cassien de ne pas enseigner aux autres ce qu’on n’a pas expérimenté nous-mêmes auparavant, et suivons également cet autre conseil du saint père : « Hâtez-vous, (…) avant tout, de vous affermir dans une humilité de cœur sincère, qui vous conduise, non pas à cette science qui enfle, mais à cette science qui éclaire dans la perfection de la charité » (Conférences 14, 10).

Père Siméon Muresan, Marseille, 1er mai 2015

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