Ajouté le: 5 Mai 2015 L'heure: 15:14

Information, communication, relation (I)

A notre époque dite de médiatisation et de confusion, il est nécessaire pour nous Chrétiens, de retrouver le sens véritable des termes d’information, de communication et de relation à la lumière de l’Amour trinitaire.

La parole sera d’abord donnée à un Ancien, le Hiéromoine Rafaïl qui s’exprime sur la question du « Verbe de Dieu, culture de l’Esprit. »

 Nous verrons que la parole comprise comme moyen de communiquer une information – mode relationnel par excellence entre les hommes – appartient communément à une autre culture – on pourrait dire celle de la chute – par rapport à celle que le Christ leur a apportée, celle du Verbe, Lui-même.

Nous pourrions poser la question : dans la vie profane est-il vraiment possible d’utiliser la parole selon le Verbe de Dieu ? Oui, si nous voulons être Ses disciples. Notre esprit peut se cultiver par l’Esprit qui est la Vie véritable, et nous ne pouvons être inspirés au niveau spirituel, – car il y a d’autres sources, profanes, d’inspiration – sans recevoir cet Esprit. Comment ? Par la prière, c’est-à-dire notre relation à Dieu. L’homme de Dieu, même s’il parle de sujets d’ordre domestique, par exemple, le fait en état de prière, dans la Présence. Le Pèlerin russe1 qui disait la prière de Jésus constamment en témoigne. Un moine moderne de Valaam disait, lors d’une interview, qu’il fallait deux rames pour l’aviron de l’existence, l’une qui est la prière et l’autre qui est l’action. Elles opèrent simultanément sinon il est difficile d’avancer vers le but…surtout en eau profonde (voir la pêche miraculeuse).

Pour l’homme moderne cela peut sembler anormal, et c’est la réalité hélas. Ce qui est normal selon notre vocation d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous paraît étranger voire utopique. Comment, à l’époque du numérique, de la course quotidienne effrénée, concilier notre parole avec cette exigence qui est celle de la prière continuelle ? Ce qui est l’apanage du moine peut –il être celui du laïc ? Et pourtant, l’exigence de l’Orthodoxie est la même pour ce dernier puisque sa vocation divino-humaine vaut pour lui aussi. Il n’y a qu’à penser au petit cordonnier de Saint Antoine le Grand2. C’est pourquoi St Séraphin de Sarov affirme que le but de la vie sur terre est l’acquisition du St Esprit.

N’oublions pas que nous devrons rendre compte de toute parole « inutile »3 - vaine, sans fondement.

Donc, mettons-nous à cultiver l’Esprit qui nous amènera à connaître le Verbe de Dieu Lui-même selon la parole ci-dessous.

Anne Monney

Le Verbe – Parole4 de Dieu – Culture de l’Esprit

J’ai pensé dire quelques mots sur la parole. Peut-être que je devrais commencer par les paroles de notre Seigneur : « Le Ciel et la terre passeront mais mes paroles ne passeront pas. » (Mat. XXIV, 35)

Qu’est-ce que la parole ? Habituellement nous la comprenons comme moyen d’entrer en contact avec l’autre, moyen d’échanger des informations. Mais nous voyons que les Ecritures disent différentes choses à propos de la parole. « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu ». « Et le Verbe S’est fait chair ». Et Dieu dit : « Que la lumière soit, et la lumière fut ». Et tout ce que Dieu a dit au travers d’une parole, a été créé. A nouveau, je reviens aux paroles de notre Seigneur quand Il dit : « Les paroles que je vous dis sont esprit, et elles sont la vie ».

Qu’est-ce que la parole ? Comment devons-nous la comprendre ? Je voudrais lier cette parole, avec l’aide de Dieu, au concept de culture, la culture de l’esprit, comme je l’ai dit.

Dans la Loi de l’Ancien Testament, Dieu a parlé par les prophètes ; dans le Nouveau Testament, c’est Lui qui parle. L’Ancien Testament a préparé l’homme à avoir une certaine compréhension de Dieu. Que signifie comprendre Dieu ? Comment le pouvons-nous, vraiment, quand même l’Ecriture dit que l’intelligence de l’homme ne peut contenir Dieu, que les pensées de Dieu sont aussi éloignées de celles de l’homme que le Ciel de la terre ? Et ainsi fut-il donné que ce serait par l’obéissance que l’homme comprendrait Dieu. D’abord dans un code éthique, disons, par Moïse au travers des Dix Commandements. Par eux l’homme apprend à ne pas mentir, à ne pas voler, et d’autres choses, ce qui signifie qu’il apprend que Dieu ne veut pas que nous soyons des brigands ou des menteurs ou autres, car Lui-même n’est ni un larron ni un meurtrier.

Cependant ce n’est pas dans ce mode éthique que nous trouverons la vie, parce que ce que l’homme cherche, ce dont il a soif, est après tout, la vie. Et combien de fois entendons-nous de nos jours : « Oui, mais je veux vivre » – et ceci, en général, comme une excuse à une façon de vivre libertine. Et j’espère ne pas vous scandaliser en disant, que dans un certain sens, l’homme a raison, en disant de pareilles choses – prenez, par exemple, cette Parole de notre Sauveur : « l’homme n’est pas fait pour le Sabbat mais le Sabbat pour l’homme. Sabbat – signifiant ‘repos’, ce qui veut dire accomplissement5. Ainsi dans quel sens l’homme a-t-il raison ? L’homme cherche à vivre. Quelque chose en nous est en quête, non pas de ce que l’homme imagine être le bien (bon), mais cherche en fin de compte la vie. Et les Ecritures ne parlent pas de ce qui est un plus grand bien ou un plus grand mal, mais partout, on y parle de vie (Jean X, 10). Et les Paroles du Christ ne sont pas celles d’une éthique fut-elle supérieure, mais elles sont les Paroles de Dieu pour « la Vie éternelle » (Jean VI, 68) qui est, après tout, ce qu’Il a aussi essayé de nous inspirer au travers de la Loi de l’Ancien Testament où Il « Se heurtait » en partie au plus ou moins grand degré de perfection des prophètes, et en partie aussi à l’incapacité de l’esprit humain à s’élever au niveau d’une compréhension spirituelle ‘plus fine’ ou ‘supérieure’, qui serait, en ce sens, plus vraie.

Même dans l’Ancien Testament, dans les Dix Commandements, Dieu dit à l’homme : « Tu seras saint : car moi, le Seigneur ton Dieu, Je suis saint. » (Lev. XIX, 2) Il ne dit pas : tu seras saint parce que c’est bien, parce que cela sied. Mais « Parce que Je suis saint » ! Et c’est Dieu qui dit cette parole par la bouche de Moïse. A Moïse auquel Il a révélé : « Je suis ». Dieu est Celui qui Est. Et Il veut amener l’homme au même état « d’être ». Au début, Il dit quelque chose à l’homme ; et dans la mesure où l’homme se laisse être réceptif à la parole de Dieu, il trouve Dieu Lui-même, énergie de vie, dans cette parole.

Même dans l’Ancien Testament, nous voyons chez les Prophètes et d’autres, « qu’ils ont trouvé ». Les Saints de l’Ancien Testament ont trouvé une certaine énergie de vie. Ils n’étaient pas seulement des gens moraux ; ils étaient des gens auxquels l’Esprit pouvait parler, des gens par lesquels Dieu révélait à l’humanité, disons, diverses étapes de retour à une relation de l’homme plus proche de Dieu. Je dis retour car Adam, dans le Paradis, est tombé loin de Dieu. Mais la relation la plus proche est au-dedans du Verbe de Dieu, Son Fils, Son Oint, Son Christ.

En Christ, nous n’avons plus Dieu parlant au travers de la faculté ou non d’un prophète, qui est un homme comme nous, qui commet certaines erreurs comme nous le voyons dans l’Ancien Testament, mais c’est Lui-même qui parle, et la parole vient différemment. La parole est d’autre part, plus réconfortante que dans la Loi de l’Ancien Testament, parce que c’est la parole de vie, la parole de grâce, la parole de l’énergie créatrice, si l’homme accueille cette parole afin qu’elle demeure en lui.

Qu’est-ce que cela signifie ? Nous commençons à un niveau moral, comme dans l’Ancien Testament, si nous ne sommes pas capables de comprendre autre chose. Nous commençons par ne pas faire cette chose et celle-là, que l’on nous dit être mauvaises. Et une nouvelle compréhension commence. Peut-être que nous commençons à permettre à l’Esprit de produire en nous un moment de vie et alors nous commençons à comprendre dans notre propre expérience existentielle ce qu’est la vie et elle est – ce « quoi » et ce ‘où’ étant une qualité. Si ces choses requises par une vie en Dieu commencent à nous délecter, nous pouvons discerner en vertu de cette délectation, l’amertume de ce qui paraissait séduisant dans ce que l’on appelle péché.

Le mystère du salut réside en cette communion de l’homme à la parole de Dieu lorsqu’il permet aussi à Dieu de communier avec Lui. C’est une ouverture réciproque de l’un à l’Autre. Je dis à nouveau ceci : il ne s’agit pas d’un niveau d’information ou de moralité, qui est seulement un stade primaire d’approche de Dieu, mais d’un niveau à partir duquel nous permettons, disons, à l’Esprit de Dieu de nous faire partager quelque chose par cette parole. Cette communion emmène l’homme plus loin, et ce ‘plus loin’ n’a pas de limites, jusqu’à la complète identité de l’homme avec Dieu.

Au travers de tout ceci, qui est plutôt un débat en circonvolutions, je voulais partager quelques pensées sur la parole. C’est-à-dire la parole comme communion et non comme information. Il s’agit d’un autre niveau de la parole qui a une autre énergie.

Et maintenant – la Culture.

Comment pourrions-nous la définir ? J’ai entendu, à la fois en Occident, et ici en Roumanie, de la part de beaucoup de gens qui désiraient mener une vie droite, qu’ils étaient choqués qu’aujourd’hui, à notre époque, sous le nom de culture, on pouvait trouver toutes sortes de choses scandaleuses, même jusqu’à la débauche et autres, tout ce que l’homme peut imaginer. Je voudrais dire que ce mot – culture – est correct : après tout, la culture est ce que nous cultivons. Mais attention, car ce que nous cultivons est aussi ce que nous devenons.

La culture est tout ce que l’on peut cultiver. Cultiver la terre est aussi de la culture. Le péché cultivé est aussi de la culture, une culture pervertie, mais quand même de la culture. Or Dieu nous appelle à cultiver en nous ces choses qui appartiennent à la vie ; Dieu, Qui créa l’Homme, Qui sait de quoi l’homme est fait, Qui seul connaît la plus grande aspiration de l’homme ; Dieu Qui voit l’homme sans espoir, qui cherche la vie là où il s’enterre lui-même dans toutes sortes de morts – en finale la Mort – qui cherche la vie d’une manière pervertie, en tout ce qui lui apparaît satisfaisant ou agréable. Mais Dieu, doucement, sait ce dont le cœur de l’homme a soif, et Il répond par Sa Parole. Et la Parole-Verbe de Dieu – c’est Ce que Dieu nous invite à devenir notre culture.

Hiéromoine Rafaïl (Noica)

Texte d’un débat (1996) paru dans le Feuillet The Angel – février 2015 – des paroisses de la Ste Trinité et de l’Annonciation à Oxford, Gde Bretagne – trad. de l’Anglais, par Anne Monney, avec la bénédiction de leur recteur et de l’auteur

Notes :

1Le Pèlerin russe – Ed. La Baconnière / Seuil 1978.
2. St Antoine avait eu cette pensée : existait-il quelqu’un qui pût encore lui apprendre dans la vie spirituelle… ? Il lui fut révélé d’aller visiter un cordonnier en Alexandrie qui, en travaillant dans sa soupente, considérait chaque passant comme digne du Paradis et lui de l’enfer…
3. Mat. XII, 36-37.
4. Word, en Anglais signifie à la fois la Parole et le Verbe, 2ème Personne de la Trinité.
5. Ce mot signifie aussi satisfaction en Anglais.

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