Ajouté le: 5 Décembre 2014 L'heure: 15:14

Dangers et embûches dans la voie d’une vraie confession (2)

La confession des péchés

Je décrirais cette partie du sacrement de la confession comme étant semblable à un chemin sur les sommets d’une montagne aux versants très escarpés, parce que là il y a deux tentations, avec leurs embûches qui cherchent à fourvoyer la confession et à l’écarter de la vraie voie, sous le nom du formalisme et de la psychologisation de la confession.

Dangers et embûches dans la voie d’une vraie confession (2)

Le formalisme le plus banal arrive lorsque l’homme cherche à confesser tous ses péchés, mais cela n’est qu’un effort intellectuel, inspiré la plupart du temps par des guides divers pour la confession. L’ennui, c’est que très souvent le cœur n’y est pas, lorsque l’homme lit à partir d’une liste l’enchaînement des nombreux péchés commis.

Loin de nous l’intention de critiquer la pratique d’écrire ses péchés sur un bout de papier de peur de les oublier et de rendre la confession incomplète, mais nous voulons simplement attirer l’attention sur le fait que, si le cœur ne vit pas dans les choses qui sont écrites et préparées pour une confession, s’il n’est pas le porteur d’une douleur pour les faits accomplis, il y a une certaine confusion qui se crée. D’un côté, il y a un léger esprit de mensonge qui s’insinue, parce que le vécu du cœur ne couvre pas la confession, et de l’autre côté, le père spirituel ne peut plus comprendre les réactions du cœur de celui qui vient se confesser, il ne peut pas comprendre la maladie et ses symptômes tels qu’ils sont, et leur vécu glisse légèrement du côté du formalisme.

C’est ainsi qu’on parvient à accomplir un acte extérieur, formel, peut-être de la manière la plus parfaite, mais par son extériorité même, cet acte témoigne de l’absence du Saint Esprit. L’homme, étant souvent grisé par les vapeurs de l’enchantement de soi, d’avoir fait une « confession en bonne et due forme », ne s’en rend plus compte, mais l’effet concret est que l’homme ne progresse pas, n’arrive pas à être délivré de sa passion ou à croître dans un esprit plus humble.

D’autres personnes, au contraire, désirant avoir une relation personnelle avec le père spirituel dans le sacrement de la confession, tombent dans l’autre extrême, en psychologisant la confession et en la transformant en un soulagement psychique. Ceci n’a plus rien de spirituel, n’est plus un acte de foi, mais seulement une attitude de l’âme, parce que l’homme ressent le besoin d’ajouter toute sorte de détails, que le père spirituel ne demande pas, mais qui, une fois avoués par l’homme, font que le cœur se sent délivré de la pression psychique.

Le résultat de la psychologisation est d’un côté de mettre un poids sur les épaules du confesseur, et de l’autre, de renfermer l’homme dans une sorte d’égoïsme, qui l’amène à ne plus recevoir une parole spirituelle du père et à voir le père de plus en plus comme un homme impuissant, n’ayant pas la capacité de « le comprendre », si le père spirituel lui partage une vision qui est différente de la sienne.

L’effet d’une confession psychologisante est celui de bloquer l’âme, qui est donc incapable d’évoluer, et se retrouve souvent jetée dans le précipice de la méfiance par rapport au sacrement de la confession, tout en s’accusant de ne pas avoir rencontré un père spirituel qui la comprenne jusqu’au bout.

La voie moyenne est l’étroit sentier du sommet de la montagne. Elle passe entre les deux versants escarpés ; à savoir, l’homme doit venir en confession pour avouer sincèrement, ouvertement et sans aucune honte tous ses péchés, non pas en les regardant d’une manière « objective », mais considérant tous les péchés que son cœur ressent comme étant des péchés, pour lesquels il ressent une douleur même toute petite. Les péchés pour lesquels il n’y a pas de réaction du cœur, par foi il peut les confesser, mais il est important de montrer cet état du cœur qui est un manque de réaction, pour que le père spirituel comprenne le mieux possible la gravité de la maladie et donne un vrai diagnostic.

La forme de la confession ne doit pas se perdre dans les détails, mais rester essentielle. A savoir, le cœur doit être ouvert et confesser tout détail qui serait demandé par le père spirituel, mais ne pas le faire, si le père spirituel ne le demande pas. Dans cette forme plus essentielle et plus directe de la confession, l’homme peut vivre plus facilement aussi bien la honte du péché, que la douleur pour ce qu’il est vraiment devant Dieu, et le désir de changer quelque chose dans sa vie, d’améliorer son état spirituel. Un cœur sincère et ouvert peut facilement recevoir aussi la parole du père spirituel par un acte de foi, comme étant l’expression de la Volonté de Dieu, Lui qui en fait reçoit la confession et accorde le pardon pour les péchés confessés.

Ce qui est important pour nous, lorsque nous allons nous confesser, c’est de prier Dieu pour qu’Il nous donne ce dont nous avons besoin dans cette confession, soit une parole spirituelle, soit un état d’humilité, soit autre chose qu’Il considère convenable pour notre salut.

L’absolution

Nous arrivons maintenant au troisième moment du sacrement de la confession, lorsqu’après la confession le père spirituel partage à l’homme l’amour et le pardon de Dieu, dont il est témoin.

Le père Rafail Noica disait dans une conférence sur le pardon que le pardon de Dieu nous est donné avant que nous ne le demandions, mais que nous devons nous élever à la hauteur de ce pardon de Dieu. Cet effort donne lieu à des réactions très différentes envers le pardon de Dieu, à partir des plus formelles jusqu’aux plus profondes.

Certaines personnes se réjouissent du pardon et du fait d’être libérées du fardeau des péchés confessés et elles continuent leur vie normalement, mais d’autres sont beaucoup plus marquées par l’amour de Dieu, et cherchent à changer quelque chose dans leur vie, de façon à ce que celle-ci se rapproche de plus en plus du plan éternel de Dieu pour leur vie.

Dans le livre sur saint Silouane on décrit le cas d’un homme, un paysan russe qui, pendant qu’il était ivre, avait tué un homme, et en revenant de la prison il avait continué sa vie normalement, et même en étant gai et en jouant de l’harmonica. Au moment où le starets Silouane, (à ce moment-là encore Siméon,) lui avait demandé comment il pouvait encore jouer de l’harmonica alors qu’il avait tué un homme, celui-ci, en aparté, lui avait confessé qu’il avait beaucoup prié et pleuré devant Dieu pendant qu’il était en prison, et à un moment donné il avait ressenti le pardon de Dieu qui s’était répandu sur lui, dans sa cellule, et à partir de ce moment-là son cœur avait reçu la paix et le pardon.

Nous pouvons voir une réaction totalement opposée chez le starets Silouane, qui confesse n’avoir rien apporté d’autre au monastère que ses péchés, pour lesquels il demandait pardon au Seigneur ; et lorsqu’il a vu que le Seigneur non seulement lui avait pardonné ses péchés, mais lui avait fait le don du Saint Esprit, qu’il n’avait pas connu avant, il s’est laissé envahir par des pleurs profonds, et il a souhaité, comme l’écrit le Père Sophrony, « le pardon complet » : « Il ne cherchait pas simplement le pardon (dans le sens de déculpabilisation, NdT.), que Dieu accorde facilement, peut-être même déjà après un simple soupir de regret. Non, il poursuivait une complète rémission de ses péchés jusqu’à ce qu’il sente dans son âme d’une manière perceptible la présence de la grâce. Il demandait à Dieu la force de ne jamais, si possible, retomber dans le péché ; il priait Dieu d’être délivré de la « loi du péché » (Rom. 7, 23) qui œuvre en nous. (Saint Silouane, page 34)

Ainsi comprenons-nous que le pardon de Dieu nous est donné indépendamment de nos actes, simplement notre réaction à ce pardon, tout comme au péché, est en fait la mesure de notre conscience, et c’est dans cette mesure que nous vivons toutes choses devant Dieu.

Ce qui est important pour nous, c’est de comprendre le fait que, même si nous vivons la prière d’absolution seulement au niveau de la déculpabilisation, comme disait le Père Sophrony, ce vécu n’est pas la fin, la déculpabilisation n’est pas tout, que notre cœur peut devenir capable de vivre d’autres choses beaucoup plus élevées, que nous allons croître devant le Seigneur, du plus profond de notre conscience.

La mesure de la conscience, qui se manifeste dans chacun d’entre nous, montre aussi la mesure des choses que nous pouvons vivre et accomplir devant Dieu, comme travail de notre repentir, en ce moment-même. Mais la mesure de la conscience s’accroît en directe proportion avec l’acquisition de la grâce de Dieu dans notre cœur. Elle s’éclaire de plus en plus, selon que l’homme reçoit grâce sur grâce dans cette vie.

Le canon

Nous arrivons maintenant à la dernière étape du sacrement de la confession, qui tient en quelque sorte de notre attitude après la confession des péchés, et réside dans l’accomplissement du canon. Et à cette étape, il y a des façons erronées de comprendre et de se situer par rapport au canon.

Beaucoup de personnes vivent avec la conviction qui si on n’accomplit pas son canon, le péché n’est pas pardonné, et que si l’on n’accomplit pas son canon pendant cette vie terrestre, on va l’accomplir pendant le séjour en enfer, en donnant ainsi au canon un poids plus important qu’il n’en a en réalité. Mais l’attitude superficielle de faire l’impasse sur le canon n’est pas saine non plus, parce qu’elle n’aide pas l’âme à vivre le reste de sa vie dans l’atmosphère de la sainte confession.

Dans son essence, le canon est un moyen par lequel l’âme affaiblie par le péché peut être aidée à vivre dans l’atmosphère du pardon de Dieu. Ici le père spirituel doit faire preuve de beaucoup de discernement, et le pénitent doit beaucoup prier, et tout ce travail doit être enveloppé et guidé par la présence du Saint Esprit.

Souvent, un canon administré d’une manière erronée est beaucoup plus nuisible que l’absence même d’un canon, parce que l’absence du canon que vit le pénitent ou le disciple laisse tout de même un espace libre pour que l’Esprit continue de faire son œuvre de salut dans le cœur de celui-ci.

Si le père spirituel reconnaît son impuissance à comprendre plus en profondeur la problématique spirituelle du disciple, et s’il s’humilie devant le Seigneur, et ne donne aucun canon, et si le disciple ressent cette liberté non pas comme une légèreté, mais comme une responsabilité devant le Seigneur, la grâce travaille et rend parfait ce que l’homme a d’impuissant et d’imparfait, comme on le dit dans la prière de l’ordination, et guide l’âme de celui qui se confie à la sollicitude divine, vers un repentir plus profond et plus ardent.

Mais si le disciple vit légèrement l’absence d’un canon, cette attitude ne le fera pas franchir très vite le seuil de la déculpabilisation, et plonger dans les eaux profondes du repentir. C’est pourquoi l’homme doit demander un canon à son père spirituel, dans la prière, et être convaincu qu’en recevant ce canon Dieu lui donne en même temps la force; et s’il ne reçoit pas de canon, il doit prendre sur lui, en s’abaissant, et accepter ce manque de canon, comme étant le canon lui-même, en comprenant qu’il n’est pas encore capable de faire un travail spirituel, qu’il est impuissant.

Heureux le disciple qui a un père spirituel rempli de la sagesse de l’Esprit, et qui comprend en profondeur les problèmes spirituels et sait attribuer une charge sur mesure, de façon à ce que le fardeau ne soit ni trop léger, n’accomplissant pas son but, à savoir la guérison, mais ne soit pas non plus trop pesant de crainte d’amener l’âme au découragement et à l’absence de toute capacité à s’enflammer de la nostalgie divine.

En conclusion, nous pouvons dire qu’une confession authentique, une confession parfaite, c’est une confession insufflée directement par le Saint Esprit, une confession dynamique, une confession sincère et qui parte du plus profond du cœur, même si à ce moment de la confession notre cœur est partagé et ne peut vivre d’une manière plénière le repentir, à la mesure de l’homme parfait.

Ce qui est tout aussi important à comprendre pour nous, c’est aussi le fait que le salut de l’homme sur terre étant en devenir, marqué d’un crescendo, notre confession a réellement le même caractère. Nos confessions tendent vers l’image la plus parfaite, mais tout comme pour le repentir, l’image parfaite ne peut être atteinte qu’au-delà du tombeau.

Mais l’homme s’habitue à cette tension spirituelle d’une imperfection, il en profite spirituellement par le fait qu’il peut sans arrêt s’humilier devant le Seigneur, se reconnaître comme indigne d’un si grand don dans sa vie. Ayant cette attitude sincère devant le Seigneur, il est pris en affection par la grâce du Saint Esprit qui travaille en lui avec de plus en plus de force tout ce qui est pour l’homme impossible à porter et à travailler.

Dieu a demandé au saint père Silouane s’il voulait encore de sa grâce, à quoi celui-ci a répondu qu’il savait que l’homme ne peut pas porter plus de grâce et rester vivant et à même de continuer sa vie dans ce monde.

Archimandrite Melhisedec de Lupșa

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