L’Eglise, communauté de ceux qui vivent dans le Christ, diffère d’une corporation structurée selon les lois de la société, et aussi par le fait que, dans l’Eglise, la communion n’est pas réalisée exclusivement par l’adhésion à un idéal commun, exprimé par des objectifs et des buts correspondant aux capacités humaines et aux aspirations de ce monde, mais par la communion, qui est en fait une réponse à un appel (Jean 15, 16), une manifestation mystérieuse de la rencontre humaine avec le divin.
Les Evangiles montrent clairement que le Christ appelle les gens à une vie de communion structurée selon des principes qui dépassent les mentalités de ce monde. Il fait des disciples des bergers, pour un peuple qui a besoin de recevoir la nourriture de la vie en Dieu ; c’est pourquoi Il instaure des usages qui font queSon œuvre se perpétue jusqu’à la fin des jours. Les principes de vie et les usages sont aussi une manifestation de Son autorité par laquelle Il est présent au milieu de ceux qui se réunissent en Son nom, et l’obéissance à ceux qui sont investis de Son autorité est une obéissance au Christ.
Pour cette raison, ceux par qui l’autorité ecclésiastique se manifeste ont une grande responsabilité, car par leurs actes et leurs actions se manifeste Jésus Lui-Même, la source de l’autorité qu’ils exercent.
Le mot « autorité » vient du latin (augere, auctoritas) ce qui signifie « ajouter », l’autorité manifestant ainsi le lien entre le pouvoir et la source du pouvoir. Cette autorité donne la possibilité d’utiliserdes moyens détenus par l’Eglise pour l’accomplissement de la mission et fait de la manifestation du pouvoir une action salvatrice. Dieu, l’Autorité suprême, a confié au Fils tout le pouvoir et, après avoir envoyé les Apôtres à l’œuvre pastorale-missionnaire, le pouvoir du Christ agit par le sacerdoce du prêtre ou de l’évêque intégré comme une œuvre de l’Eglise, d’après l’usage (1 Co. 14, 40) et dans l’obéissance (2 Co. 10, 5-6).
L’Eglise, le milieu communautaire humain où se manifeste le Christ, ensemble avec celui-ci,son action salvatrice, est régie par ceux qui sont chargés par le Fils de Dieu de la responsabilité pastorale. La responsabilité ecclésiastique se manifeste aussi par des compétences ou du pouvoir, mais qui ont la vocation d’être assumés de manière sacrificielle, humble, serviable, animés par l’amour (Ep. 4, 15-16). Par conséquent, dans l’Eglise, toute l’autorité vient du Christ par ceux qu’Il a envoyés (1 Co. 4, 17), mais ceux-ci ne peuvent transformer le ministère dans le Christ en un ministère subordonné à leurs propres ambitions, car le Christ est Celui qui se manifeste par ses disciples et, implicitement, Il est leur juge (1 Cor. 4, 4).
L’Eglise a acquis les moyens d’œuvrer par le sacrifice du Christ (Ac 20, 28) et le Même Christ, dans l’Esprit Saint, choisit ceux qui sont responsables afin d’accomplir Son œuvre jusqu’à la fin des siècles.
Dans l’Eglise, lorsqu’on parle de l’autorité, on doit parler aussi de la responsabilité. La responsabilité consiste justement à veiller à ce que le pouvoir ne soit pas séparé de l’autorité qui est sa source et son jugement. En vertu de la responsabilité ecclésiastique, on ne doit pas perdre de vue le fait qu’aucun ministère n’est exercé au nom propre de celui qui le dispense, mais au nom de Celui qui est la tête de l’Eglise, le Christ, et celui qui est investi avec l’autorité de l’Eglise ne met de lui-même rien d’autre que sa disponibilité et son service1.
Les mots « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. » (Mt 28, 18-20) sont la clé pour comprendre le rapport entre l’autorité, le pouvoir et la responsabilité dans l’Eglise.
Si les premiers mots montrent que le Christ n’exerce pas Son pouvoir d’une façon qui le séparerait de la volonté de Dieu, Dieu étant l’autorité qui donne du sens à l’entier pouvoir, la deuxième partie de la citation : « leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit » a des nuances qui sont extrêmement importantes.
Le Christ a donné des commandements aux Apôtres et à travers eux au monde entier, mais les disciples sont appelés à apprendre à ceux dont ils ont la responsabilité pastorale, à garder ces commandements, à former des disciples par leurexemple personnel. Le disciple ne suit pas les commandements par peur, mais par amour, en toute liberté. Il est lié par son statut à la responsabilité de celui qui l’a appelé à l’apprentissage. S’il ne suit pas le chemin sur lequel il s’est engagé, il doit être corrigé et dirigé, mais comme un parent corrige et dirige son fils, dans l’esprit de l’amour, avec douleur et, humblement.
Par conséquent, L’Eglise n’impose pas ses commandements par le pouvoir, mais par le service, l’exemple personnel ayant la capacité de faire des disciples. S’imposer par le pouvoir définit les actes autoritaires, mais cette attitude diminue ou annule même l’autorité spirituelle.
L’Eglise, par les personnes investies de l’autorité, est aussi mise en situation de juger. Son jugement doit être parental, juste et marqué par l’amour et par le souci pour celui qui est en faute. L'autorité de celui qui juge au nom de l’Eglise est renforcée par le fait que Jésus Lui-Même est le juge et le jugement ecclésiastique doit assumer l’enseignement donné par le Christ aux Apôtres dans l’Evangile selon Matthieu 18, 15-17: « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et fais-lui tes reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’Eglise, et s’il refuse d’écouter même l’Eglise, qu’il soit pour toi comme le païen et le collecteur d’impôts ».
Si la personne qui est en faute n’a pas la sagesse de se repentir dans l’obéissance et l’amélioration, le Sauveur nous adresse l’appel de prendre avec nous encore deux ou trois témoins, mais non pas pour humilier celui qui ne reçoit pas le premier reproche, mais «pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins ». Ainsi, celui qui a corrigése met, lui aussi, devant le jugement de ces deux ou trois, pour s’assurer que son premier jugement n’a pas été dicté par l’orgueil, par l’ambition ou par la colère. Cette interprétation est soutenue aussi par le canon 5 du Premier Synode œcuménique.
La fin du passage : « et s’il refuse d’écouter même l’Eglise, qu’il soit pour toi comme le païen et le collecteur d’impôts »dans le contexte de ceux exprimés ci-dessus,a un sens profond. Il ne faut pas oublier que la vie dans le Christ c’est la conscience que le Christ vit en nous, comme dit le Saint Apôtre Paul dans l’Epître aux Galates (2, 20). Celui qui n’écoute pas doit être pour nous comme un païen et uncollecteur d’impôts, mais de la manière dont ils ont été pour le Christ.
Les personnes investies de l’autorité doivent être submergéesde la responsabilité pour l’Eglise et comprendre que l’accomplissement de leur mission dépasse l’action individuelle.Leur service n’est complet que dans le cadre de la co-responsabilité hiérarchique-synodale et personne ne peut se soustraire au jugement de l’Eglise et surtout au jugement du Christ, au nom de Qui tout acte d’autorité est exercé.
P. Patriciu Vlaicu, Bruxelles

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