Ajouté le: 10 Avril 2014 L'heure: 15:14

Pourquoi on s’abstient de s’agenouiller pendant la période pascale

Le discernement pastoral 

L’année liturgique est une récapitulation de l’histoire du Salut et elle est structurée autour de moments essentiels, à commencer par la manifestation de la plénitude des temps par la Naissance de la Vierge Marie en passant par les moments importants de l’œuvre salvatrice, où la plus importante des célébrations est la Résurrection du Seigneur. Le long de toute l’année liturgique, des périodes de repentance ont été établies, pour se redresser, communier, manifester la joie, devenir plus responsables en suivant l’exemple des saints que nous célébrons. Chaque temps a aussi une correspondance dans l’attitude du corps. Le jeûne et le repentir sont exprimés aussi par l’agenouillement et par la confession des péchés, et la communion avec le Christ ressuscité est marquée par la joie, l’élévation, la redécouverte de la dignité de l’homme restauré en Jésus Christ. En observant les alternances entre l’effort et le silence, les veillées et les célébrations, nous comprenons que tout a été ainsi établi car « Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux » (Eccl. 3, 1).

La vraie foi doit marquer la vie et il est nécessaire d’avoir une attitude plus stable quant à la place et au sens de chaque temps de notre vie.

Les aspects liturgiques et les aspects canoniques traduisent le vécu de l’enseignement de la foi aussi bien sur le plan de la manifestation de notre lien avec Dieu par la prière, que par nos attitudes dans des circonstances spécifiques.

Une situation qui met en avant l’articulation des aspects doctrinaires, liturgiques et canoniques concerne la manière dont la personne participe aux événements cultuels à certains moments de l’année ecclésiale.

L’une des règles peu comprises par les fidèles de nos jours concerne celle qui nous demande de ne pas nous agenouiller les jours de dimanche et pendant la période de la Pentecôte. Nous remarquons que l’Église a formulé de manière répétée des précisions concernant l’abstention de s’agenouiller pendant cette période : le Canon 15 de Saint Pierre d’Alexandrie (300-311), le Canon 20 du Ier Concile Œcuménique (325), le Canon 91 de Saint Basile le Grand (370-378), le Canon 90 de Trulle, et le Nomocanon en 14 Titres et le Pidalion soulignent leur importance par le regroupement des textes sous des titres éloquents.

Saint Basile dans sa lettre à Amphiloque, un texte placé dans la Collection de canons de l’Église Orthodoxe sous le nom de Canon 91 de Saint Basile le Grand, nous donne une explicitation claire des raisons pour lesquelles on ne doit pas s’agenouiller les dimanches, et entre la Résurrection du Seigneur et la Pentecôte. Il montre que « nous faisons nos prières debout pendant le premier jour de la semaine, parce qu’étant ressuscités avec le Christ, nous mettons notre espérance dans les choses célestes, et nous tenant debout pendant les prières du jour de la Résurrection, nous rappelons à notre âme la Grâce dont on nous a fait part, mais aussi le fait que ce premier jour de la semaine est l’image du Siècle à venir. Saint Basile le Grand dit aussi qu’il est nécessaire que l’Église "apprenne à tous ceux qui lui appartiennent à faire leurs prières debout afin que, par le souvenir perpétuel de la vie sans fin nous ne négligions pas les moyens qui nous permettent d’arriver à cette fin. De même pendant toute la Pentecôte, les jours qui suivent après Pâques, nous commémorons la Résurrection que nous attendons. » .... « Pendant cette période de la Pentecôte, la pratique ecclésiale nous a appris à choisir de nous tenir debout dans la prière, transposant notre âme du moment présent vers le Siècle à venir par ce souvenir concret. D’ailleurs, à chaque fois que nous nous agenouillons et que nous nous relevons, nous montrons par notre attitude que nous sommes tombés à terre par le péché et nous avons été élevés au Ciel par la miséricorde de Celui qui nous a créés ». Le Canon 90 Concile de Trulle synthétise les prescriptions de l’Église concernant l’abstention de s’agenouiller au jour de la Résurrection, précisée par le Canon 15 de Saint Pierre d’Alexandrie et le Canon 20 du Ier Concile Œcuménique, en montrant que « d’après l’habitude en vigueur, pour célébrer la Résurrection, samedi après le début des vêpres, personne ne doit s’agenouiller jusqu’au soir suivant du Dimanche lorsqu’on s’agenouille à nouveau. »

Le plus souvent, ces prescriptions canoniques sont soit méconnues, soit remises en question, la pratique effective de l’Église appliquant en fait leur contraire, et certains livres de culte allant jusqu’à les contredire. Devant une attitude pieuse généralisée qui n’a pas lieu d’être on choisit de relativiser l’aspect doctrinaire, liturgique et canonique afin de ne pas perturber « les habitudes ». L’argument pour une telle attitude vient de la constatation que l’homme ne vient plus à l’Église en dehors des dimanches, et qu’il vaut mieux qu’il ait une attitude humble, de componction, d’élévation par l’agenouillement, plutôt qu’une conduite passive, de fierté ou d’autosuffisance. En guise de justification, on souligne le fait que les prescriptions peuvent être adaptées selon les décisions d’un supérieur, et on laisse l’impression que les prescriptions liturgiques et canoniques sont relatives et ne conditionnent pas d’une manière fondamentale la vie dans l’Église.                

A-t-on encore besoin de suivre les précisions des Saints Canons concernant l’agenouillement ? Sinon, l’Église a-t-elle perdu le message de la Résurrection ? Et si oui, quelle est la voie pour restaurer le caractère canonique ?

La désobéissance des premiers hommes a eu comme effet un glissement vers un désordre des attitudes et une désynchronisation avec le temps qui leur était consacré. Si pendant le temps consacré au travail l’homme se repose, et si pendant le temps de repos il travaille, et lorsque c’est le moment de se nourrir il se prive de nourriture, puis mange en excès, le corps est écrasé par cette vie désordonnée. Si lorsqu’il faut se réjouir l’homme s’attriste, et au temps de l’affliction il se réjouit, même si la joie et la tristesse sont des états naturels de l’homme, le fait de ne pas se synchroniser avec le temps convenable est la preuve d’une perte d’équilibre.

Nous considérons qu’il est nécessaire de restaurer la bonne règle précisée sans équivoque par les Saints Canons et que l’on devrait prendre en compte deux aspects. Le premier concerne l’effort de rendre conscient l’effet que le désordre a sur la nature humaine. Tolérer le non-respect dans la vie de l’église du temps qui convient pour toutes choses attire l’altération de la conscience ecclésiale. L’homme en arrive à soutenir à posteriori le désordre en trouvant des excuses et en se dégrevant de sa responsabilité de se diriger vers la lumière. La perte de la capacité à mettre en valeur la conscience ecclésiale mène à des excès destructifs.

En deuxième lieu, il est bon de comprendre qu’un désordre ou un excès ne peuvent être écartés seulement par des moyens radicaux, normatifs, parce qu’ils sont enracinés profondément dans les mentalités. Nous devons nous rappeler les paroles du Sauveur qui dit : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. » (Mt. 28, 18-20). Le Christ a transmis Ses préceptes aux apôtres et par eux au monde entier, mais les disciples sont appelés à enseigner aux ouailles de garder ces préceptes.

La règle et le sens profond de l’abstention de s’agenouiller ne peuvent pas seulement être restaurés en rappelant les canons à l’attention des gens, d’une manière juridique, mais en redécouvrant la dimension formatrice, catéchétique des prescriptions ecclésiales. A mesure que les pasteurs enseigneront aux fidèles le sens des paroles de Saint Basile le Grand rappelées ci-dessus, le nombre de ceux qui vivront dans leur vie la règle des Saints Canons augmentera, et leur témoignage aura un impact sur les mentalités. Ainsi, lorsque l’Église, par le Concile et l’évêque du lieu, trouvera le moment convenable, la règle pourra être restaurée aussi au niveau de la législation ecclésiale. Si la restauration généralisée de la règle n’est pas précédée par un temps de catéchèse, où l’on apprend à apprécier le précepte, il peut y avoir des réactions adverses, de radicalisation des justifications simplement par désir de s’opposer à l’autorité ecclésiale, et cela peut avoir pour effet un désordre encore plus grand.

Nous considérons que le temps est venu de redécouvrir l’obligation de chacun d’entre nous de comprendre les préceptes ecclésiaux et de les apprécier dans le vécu et le service personnel à travers le prisme des fruits de la rencontre entre la foi et la vie, entre l’orthodoxie et l’orthopraxie1.

Notes :

1. Du grec orthos – droit et praxisaction. C’est l’expression concrète et vivante de la foi ; c’est une manière de vivre en accord avec l’Evangile.

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