Environ 1800 ans avant Saint Antoine des Grottes, Saint Antoine le Grand, « rejeton incorrompu de l’Égypte », comme il est appelé dans l’acathiste en son honneur, posait le fondement du monachisme chrétien (sans que cela fût sa première intention : il voulait plutôt s’immerger dans la profondeur sans limite de la grâce), en se retirant pour vivre dans le lointain désert du mont Pispir. La beauté de s’approcher du Verbe par le silence intérieur, au-delà de la valeur symbolique des mots, la joie de vivre dans l’amour manifesté toujours comme sacrifice, et surtout le naturel de l’existence découvert par la prière, ont fait du monachisme de Saint Antoine une profonde manifestation de l’Église du Christ dans l’Histoire, jamais affaiblie, mais toujours plus ardente, toujours plus vivante, toujours ressentie de façon plus profonde comme le soutien et la protection des chrétiens au-delà du désert.
Ce monde de la prière silencieuse a englobé le christianisme tout entier, et la Parole de Dieu fut entendue dans un recoin encore non évangélisé de la terre. Ainsi, loin du Pispir de Saint Antoine, 700 ans après son ascèse, a été christianisé le peuple des Slaves de l’Est, celui des Russes. À peine un siècle plus tard, par la bénédiction de Dieu, le monachisme naissait au sein du peuple fraîchement christianisé grâce à un nouvel Antoine, celui qui resterait dans l’Histoire sous le nom de Saint Antoine des Grottes ou Saint Antoine de Tchernigov (983-1073, fêté le 10 juillet). Sa stature, emblématique pour l’ensemble du monachisme oriental du deuxième millénaire, commença à se configurer dans la personnalité du jeune Antipa, son nom selon le monde. Saisi par le saint miracle du christianisme, celui-ci, dès sa petite enfance, désira demeurer continuellement dans la paix du Christ Sauveur, et, pour cette raison, il se rendit en Grèce. Il choisit de vivre en ascète sur la Sainte Montagne où, après avoir visité plusieurs monastères, il s’arrêta à Esphigmenou. Il y avait là le bienheureux starets Théoctiste, homme d’une grande expérience, gratifié par Dieu du don de la vue prophétique. Connaissant par l’Esprit les qualités du jeune Antipa, il écouta rapidement sa demande et l’ordonna moine : il lui donna le nom d’Antoine, en mémoire du grand solitaire de Pispir, dont il devait suivre les traces dans le renoncement. Quelque temps après, le starets Théoctiste renvoya Antoine en Russie, connaissant, par la volonté de Dieu, la sainte mission qui était la sienne. « Va en Russie et deviens le pilier spirituel du peuple. La bénédiction de la Sainte Montagne sera toujours avec toi », lui dit-il.
De retour en Russie, le bienheureux Antoine s’établit à proximité de Kiev, près de son village natal, en un lieu isolé et inhabité, où se trouvait une grotte creusée depuis longtemps par une tribu scandinave, qui pour une courte période avait fondé dans la région un petit village, avant de partir ailleurs. C’est là qu’il commença à vivre dans le renoncement et la tranquillité, selon la tradition athonite reçue à Esphigmenou. Mais, peu après, le chef Sviatopluk déclencha une sanglante persécution contre l’Église, et Antoine fut obligé de partir à nouveau pour la Sainte Montagne, auprès de son père spirituel, Théoctiste. Il y resta longtemps, mais vivant toujours seul, sur le sommet de l’Athos, dans la douceur de l’hésychia qu’il connaissait. Quand le Seigneur permit la fin de la persécution de Sviatopluk, le bienheureux Antoine fut envoyé à nouveau en Russie par le starets Théoctiste, et s’établit une fois de plus près de Kiev. Toujours dans une grotte, qui avait eu comme occupant légitime, à l’époque où Antoine vivait sa deuxième période de renoncement à l’Athos, le prêtre Hilarion, devenu entre-temps, par la volonté de Dieu, le digne métropolite de Kiev. En arrivant dans la grotte de Père Hilarion, le bienheureux Antoine ressentit une tranquillité jamais éprouvée, une joie spirituelle indicible et, se mettant à genoux, il pria Dieu de déverser sur ce lieu la bénédiction de la Sainte Montagne. Saint Antoine demeura donc dans cette grotte. Il commença une âpre vie ascétique, avec la prière du cœur comme activité permanente. Sa nourriture était seulement un peu de pain sec et d’eau, qu’il prenait une fois tous les deux ou trois jours. Parfois, immergé dans la contemplation, il ne mangeait rien de toute la semaine. La renommée de sa vie charismatique et la puissance jamais rencontrée de son enseignement se répandirent rapidement : le bienheureux Antoine commença à être de plus en plus recherché, notamment par les jeunes, qui voulaient partager sa vie de renoncement, pour goûter la douceur des fruits de l’hésychia, et revêtir l’habit monastique.
Ainsi, son ermitage devint une communauté, qui, par la volonté de Père Antoine, se développa toujours dans le secret de la terre. Ses disciples y creusaient, l’un après l’autre, des petites cellules, quelques-unes étaient verrouillées pendant un temps, pour une plus grande ascèse corporelle et pour la libération de l’âme donnée par Dieu et son ascension croissante. Père Antoine demeura, pendant seize ans après son second retour de la Sainte Montagne, un pilier inébranlable à la tête de sa communauté grandissante. Puis, à l’âge de 90 ans, il fut appelé par le Seigneur dans la joie de son Royaume, l’an du Salut 1073; il laissait derrière lui une pléiade de disciples bien formés qui fondèrent les bases de la communauté de la Laure des Grottes de Kiev. Ses saintes reliques furent inhumées dans la grotte où il avait vécu, sous la fondation du monastère actuel. Ayant vécu loin des regards du monde, il avait par la suite demandé au Seigneur que le lieu où gisait son corps vénérable demeurât secret pour les hommes. Dieu entendit sa prière, et la grotte dans laquelle avait été inhumé le Bienheureux est restée inconnue jusqu’à nos jours.
L’humble établissement du bienheureux Antoine et de sa communauté se transforma rapidement en un monastère célèbre, en raison de la qualité de ses membres et grâce à la splendeur dans laquelle les princes et ensuite les tsars de Russie entendirent l’envelopper. Aujourd’hui, le monastère des Grottes de Kiev, connu sous le nom de Lavra Pecerska, quoique très éprouvé, incendié, partiellement démoli et pillé au cours du temps, est une des splendeurs de l’ancienne Russie et, certainement, la fierté de l’Orthodoxie ukrainienne. Les 100 édifices qu’il comprend, étalés sur une surface d’environ 24 hectares, cachent au-dessous d’eux un labyrinthe de près de mille mètres, où se trouvent des cellules, des chapelles et des tombeaux, ainsi qu’un grand nombre de saintes reliques et la tranquillité du désert – et surtout la bénédiction de Saint Antoine, qui nous donne l’exemple de sa vie hésychaste féconde dans une petite grotte cachée au cœur d’une forêt sur la rive droite du Dniepr.

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