Il y a des années, en visite en Angleterre, au monastère de Père Sophrony de bienheureuse mémoire, j’ai eu le privilège de rencontrer à l’église, C., une jeune fille au destin à la fois remarquable par l’élection et tragique aux yeux du monde. A l’église, c’est-à-dire dans la prière communautaire car je ne la vis d’abord que « de loin ».
C’est surtout par son Père spirituel que j’en ai entendu parler.
Elle avait subi une longue série de radiothérapie aux USA pour un cancer du sein, traitement qui avait provoqué des douleurs intenses. Puis ce fut la chimiothérapie. La tumeur disparut et les médecins eux-mêmes furent étonnés de ce résultat considéré comme une guérison.
Les Pères disent que l’obéissance est plus grande que la prière. Se soumettre à la volonté de l’autre apprend l’abandon à celle de Dieu. Cette ascèse qui crucifie l’orgueil génère une grâce au-delà de toute espérance. C. en fut comblée car elle se soumit aux traitements de tout son cœur avec foi et totale acceptation : à l’hôpital, lors de ses séances de thérapie, elle frappait par son sourire, même par sa joie. En salle d’attente, elle remontait le moral de chacun, apportant même une poupée à une petite malade.
« Sa lumière brilla devant les hommes ». Les médecins en furent si stupéfaits qu’on lui proposa de passer à la télévision dans une émission consacrée au cancer. Toujours dans l’obéissance, elle appela le monastère. Le Père Higoumène s’écria : « Non, jamais, sinon elle va perdre la grâce ! » C’est une loi spirituelle. Donc, C. s’abstint
Bien sûr, elle était portée par la prière de toute la Communauté, et Père Sophrony avait prié sur elle. Il avait dit de sa voix douce « C. attribue sa guérison à ma prière » comme un constat mais sans y attacher d’importance. Il avait l’habitude de dire « Je n’existe pas ! » Tels étaient l’amour et l’humilité du Staretz.
Hélas, il y eut récidive. Alors, le Père Sophrony, gravement, recommanda à C. « de marcher vers Dieu » et ajouta : « Tant que l’âme sent le Christ, elle est sauvée. Dis au Seigneur : ‘Je suis à toi, sauve-moi’ (Ps.118, 94) ». Parole simple mais qui à elle seule contenait des années – lumière à parcourir dans une très courte trajectoire terrestre.
Véritablement, C. prit cette Parole à la lettre, pleine d’enthousiasme et d’inspiration. Elle fut dès lors dans une obéissance encore plus impressionnante, surtout de la part d’une jeune laïc.
Ainsi, comme elle voulait marcher vers le Christ, elle ne voulut pas repasser par les traitements usuels que les médecins lui recommandaient. …mais il y avait les siens. Elle avait 33 ans , était célibataire. Le Père Higoumène lui conseilla alors de faire ce que sa mère désirait… et que désire une mère sinon la guérison de son enfant ou du moins lui prolonger la vie ? Donc, C. se soumit à sa mère qui l’emmena à Jérusalem consulter un grand chirurgien de leur parenté. Avant de partir, elle avait demandé à son Père spirituel de prier « qu’elle ne voie l’hôpital que de loin » et c’est ce qui arriva littéralement ! A la question de savoir à quoi elle pouvait s’attendre y compris la mort, le chirurgien en question lui répondit ouvertement qu’elle était ‘hors de portée’ pour la médecine. Il fut émerveillé de son courage car le cancer avait envahi tout son corps… Il lui proposa de tenter une intervention spéciale mais sans garantie, et lui recommanda d’aller d’abord prier au Saint Sépulcre pour connaître la volonté divine… pleine d’enthousiasme – d’avoir la possibilité de « ne voir l’hôpital que de loin », C. y alla, supplia le Christ de reprendre son âme et fut convaincue de ne rien entreprendre.
A cette période de sa maladie, il lui arrivait de rester à l’église après l’office en espérant que Dieu viendrait la prendre. Elle s’y endormit une fois et fut toute surprise d’être réveillée par les siens qui venaient la chercher car elle espérait ouvrir les yeux enfin dans le monde céleste. Tel était son désir de Dieu. Elle ne doutait pas un instant qu’elle allait Le rencontrer, et passait pour ainsi dire « à pieds joints » sur le fait de la mort ou plutôt de celui du « mourir1 ». Dans l’élan de sa jeunesse, elle ne voyait que cette perspective.
Puis vinrent les semaines qui précèdent la fin. Tout son corps gonflait. J’ai vu une photo d’elle où elle est transfigurée par un sourire qui va tellement plus loin que le sourire… Son Père spirituel me commenta : « Voilà l’expression de celui qui s’est totalement abandonné à la volonté de Dieu ! » Plus de lutte, plus de résistance. La paix dans l’attente du Bien-Aimé.
Mais si elle vivait dans la perspective de l’autre vie, elle appréciait encore– elle était dans la fleur de sa jeunesse – tout ce que cette terre peut donner en joies éphémères. En fait, elle s’était mise à vivre comme au Paradis. Par exemple, elle souhaitait revoir la floraison du jasmin avant de partir… sa sœur lui en apporta un brin, prématuré, une après-midi. Elle désirait goûter encore une fois des cerises : un marchand, d’une manière tout à fait inopinée, en offrit un sac à sa mère, qu’il venait de recevoir en primeur –c’était le début de mai – et ainsi de suite. Ceci peut paraître enfantin et voilà que Celui Qui suit Sa créature à la loupe, dans la délicatesse de Son Amour, exauce de tels vœux !
C. pourtant, faisait face à la réalité. Son départ de ce monde. Elle ne craignit pas d’aller commander un cercueil blanc et de veiller à la place où elle serait mise en terre, à côté de sa tante. Puis vint le moment où elle dût être hospitalisée. Une grosse tumeur lui faisait sortir un œil. Elle restait lucide et attentive, toujours en liaison avec son Père spirituel qu’elle pouvait appeler à n’importe quel moment au monastère en Angleterre. Telle était la bénédiction que le Père higoumène avait donnée à celui qui la suivait pas à pas sur ce chemin de croix mais toujours dans cette vision de la naissance à la seule vie véritable. Oui, le privilège de C. fut que ce Père engendra son hypostase2, – œuvre de tout père spirituel digne de ce nom – au travers de cette croix « vivifiante ».
Au dernier moment, elle supplia qu’on la ramène de l’hôpital à la maison …couchée dans sa bière. Elle rendit l’esprit chez elle au milieu des siens.
Pendant la lecture usuelle du Psautier, son visage, peu à peu se détendit – son œil rentra dans son orbite – le masque de souffrance fit place à un visage d’icône de la plus pure beauté, témoignant de sa radieuse naissance au Ciel. J’en ai une photo.
Gloire à Dieu qui répond à la foi des Siens et donne des signes avant-coureurs de résurrection par delà le corps défiguré par la maladie aussi monstrueuse soit-elle.
Notes :

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