Ajouté le: 4 Juin 2013 L'heure: 15:14

Aux iris

Fleurs délicates entre toutes, il semble que, parmi toutes vos sœurs, vous soyez choisis, d’une élection qui fait de vous de véritables joyaux, à mi-chemin entre la fleur et le papillon voire un être ailé…

Messagers de notre printemps, vous risquez, cependant de le manquer, tant votre délicatesse vous rend vulnérables au climat. Cette année, vous avez souffert de manière aigüe. La tempête vous a déchiqueté, les brusques coups de chaleur vous ont brûlés, les averses vous ont flétris, au moment où vous nous faisiez la surprise de sortir, sans crier gare, vos têtes en bouton, mais déjà au port royal. Jusqu’à la dernière minute, vous nous les aviez cachés, tels des chrysalides soumises à l’ordre mystérieux que la nature ordonne : ce mouvement imperceptible qui aboutit à l’épanouissement. Déjà, nous étions tristes du désert anticipé de ce rendez-vous attendu chaque année comme l’apothéose du renouveau de notre jardin.

Et voilà que vous vous êtes mis à chanter comme le chœur d’une hymne au Créateur car les couleurs de vos voix montent vers le ciel à l’unisson : vous vous épanouissez et vous renouvelez au fur et à mesure pour rester ensemble.

Ce sont d’abord, les voix douces et fragiles d’un blanc voilé de lilas pâle ; s’y ajoutent peu à peu les voix d’un bleu lavande, notes essentielles dans leur modestie-même ; presque simultanément,  comme en canon, surgissent les voix majoritaires d’un jaune d’une pureté joyeuse ; puis c’est la surprise des voix mystérieuses et chaudes d’un brun-roux velouté qui se détachent, plus rares, çà et là parmi les autres ; enfin, c’est le couronnement : apparaît l’empereur dans sa robe d’un bleu presque violet foncé, d’une texture de soie et de satin bruissant. Il se dresse unique d’abord, tel un soliste, mais se fait soutenir par un ou deux autres dans chaque chœur, un peu moins hauts, comme ses dauphins. Il est si éclatant qu’il coupe le souffle par la perfection de sa beauté : c’est un ravissement renouvelé que sa contemplation. Le déroulement et la forme légèrement dentelée de ses pétales émerveillent.

Tout le massif où les iris règnent est harmonie. Ils éclipsent les autres fleurs aussi belles soient-elles. Et voilà le cœur et l’âme qui eux aussi chantent, tant celui qui contemple est transporté en  cet ‘enchantement’… au sens premier.

Il y a cependant, une autre contemplation, celle de leur comportement en appartement. Oui, l’amoureux de cette beauté désire ne plus s’en séparer et la garder le plus longtemps possible, à cause de sa fragilité même. Il lui faut emprunter les mêmes attentions qu’avec le cristal le plus fin et même davantage, car le tissu de leurs pétales se déchire et se fripe au moindre effleurement. Oui, il s’agit là de soins d’autant plus intensifs que les intempéries les ont blessés. Comme il faut les dorloter dans le choix du vase où ils vont récupérer, et souvent récompenser leur infirmier en donnant ce qu’ils n’auraient pu en plein air, comme des princesses orientales dont la beauté doit rester à l’abri d’un palais. Ils ne sont que paradoxes et par là-même, porteurs d’enseignement.

Par exemple, l’agencement de leurs six pétales est une révélation. Trois pétales vers le bas dont le tombé évoque celui d’une jupe de cour, et trois autres joints, vers le haut, comme une prière, laissant deviner leur cœur. Ces deux directions donnent toute son élégance à la forme de la fleur. C’est dans ce sens que le miracle de son épanouissement s’opère. Mais sa manière de se faner est encore un don d’elle-même : elle meurt en voilant son cœur. Les trois pétales de la couronne du haut se détendent doucement, comme les doigts de mains jointes, se refermant sur le centre de la fleur, cependant que ceux du bas s’enroulent vers le haut, tendrement, pour rejoindre leurs frères dans cette douleur pudique de la beauté – visible – épuisée. Elle laisse la place à l’autre, celle du mystère qu’elle a mis en évidence par sa manière de se retirer de la Création.

Le sauvetage de boutons cassés est aussi une merveille. Il suffit de les placer dans une coupe pour leur permettre d’amorcer l’ouverture de leurs pétales ; puis, attentifs à ce qu’ils ne se noient pas, de leur donner un petit vase dont l’ouverture sera assez étroite pour les soutenir, puisqu’ils sont privés de leurs tiges mais sans enfreindre leur mouvement d’ouverture. Ils ont alors des airs de papillons dont certains offrent leurs ailes froissées comme une plainte. Ils ont cette coquetterie de nous attendrir par leur beauté blessée qui se donne en un dernier soubresaut.

Irisé…’qui a les couleurs de l’arc-en-ciel’ – des reflets irisés. En Grec, ce mot signifie arc-en-ciel. Iridescent. Cette fleur contient un tel taux d’humidité qu’il n’est pas possible de sécher ses pétales entre deux feuilles de papier. Peut-être est-ce le secret de sa luminosité. L’adjectif évoque toujours une couleur qui traverse un écran de lumière et d’eau…

Si l’on tente de donner un coup de main à l’ouverture d’un bouton cassé, encore très enroulé sur lui-même, comme un embryon, il arrive qu’il en reçoive une bonne impulsion. Mais il peut en être irrémédiablement atteint, offrant au regard son cœur chiffonné et sans ‘irradiance’ aucune. Comme un cœur forcé.

A méditer.

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