Ajouté le: 9 Janvier 2013 L'heure: 15:14

Authenticite, integrite et veracite historiques des Evangiles (IV)

4E PARTIE

Authenticite, integrite et veracite historiques des Evangiles (IV)

Outre ce faisceau de témoignages – précédemment évoqués dans la troisième partie de cet exposé – touchant l’authenticité de chacun des écrits évangéliques, en voici d’autres qui rendent indubitable l’existence de leur collection, universellement reçue, dès l’origine du 2e siècle, c’est‑à‑dire peu de temps après la composition du quatrième Evangile.

Il n’y a nul doute possible sur l’acceptation universelle par l’Eglise des quatre Evangiles au commencement du 3e siècle. Cette acceptation a d’autant plus de valeur, qu’elle précède l’époque des grandes décisions dogmatiques et qu’elle n’est imposée par aucun décret. Eusèbe, évêque de Césarée, mort en 340, parle au nom de tous ses devanciers quand il dit : « Nous mettrons au premier rang la sainte tétrade des Évangiles que suit le livre des Actes des Apôtres »1.

Saint Irénée de Lyon, mort en 202, à son tour, témoigne en ces termes de l’authenticité des quatre Evangiles canoniques : « Ainsi Matthieu publia‑t‑il chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Evangile, à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l’Eglise. Après la mort de ces derniers, Marc, le disciple et l’interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l’Évangile que prêchait celui‑ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui‑là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l’Évangile, tandis qu’il séjournait à Éphèse, en Asie »2.

Cette sainte tétrade des Evangiles, selon l’expression d’Eusèbe, est si bien connue à l’époque de saint Irénée que certains ont cherché la raison mystique de ce nombre. La comparaison avec les quatre Chérubins d’Ezéchiel3 eut leur faveur.

Origène4 a non seulement admis et cité les Evangiles, mais encore il les a expliqués, et il certifie qu’il n’y a que quatre Evangiles incontestés dans toutes les Eglises qui sont sous le ciel5.

Quant à Tertullien6, il « affirme que parmi ces Eglises, non pas seulement d’origine apostolique, mais parmi toutes celles qui sont restées dans la communauté d’une même foi, l’Evangile de Luc s’est maintenu dès l’origine de sa publication, tel que les Chrétiens le possèdent aujourd’hui.(…) Les Eglises apostoliques couvriront aussi de leur patronage les Evangiles de Jean et de Matthieu que nous avons par elles et en conformité avec elles, quoique l’on attribue à Pierre l’Evangile publié sous le nom de Marc, son interprète, de même qu’à Paul le récit de Luc. Il est assez naturel d’imputer aux maîtres les écrits des disciples »7.

Ainsi donc, au 2e siècle, les chrétiens ont la certitude que les écrits évangéliques sont l’œuvre des quatre Evangélistes. Plus tard, la découverte opérée par Ludivico Antonio Muratori (1672‑1750), l’illustre bibliothécaire et historien italien, d’un précieux document, rédigé en latin au 7e ou 8e siècle, conforte cette position des Anciens. En effet, ce fragment de Muratori est la traduction d’un original daté du 2e siècle écrit en grec. La référence au Pasteur d’Hermas et à Pie 1er le font situer aux alentours de l’an 170 après Jésus‑Christ.

Du commentaire du livre de Daniel8 par saint Jérôme, il ressort qu’Apollinaire de Hiérapolis (+ 180), intervenant en 170, dans la controverse sur la date de la célébration de la Pâque, signale les divergences des quatre Evangiles sur ce point.

La série de témoignages en faveur de l’authenticité des Evangiles canoniques remonte à la fin de l’âge apostolique et se relie aux témoignages des apôtres eux‑mêmes.

Dans ses écrits, saint Justin, martyr, mentionne dix‑huit fois les Evangiles, qu’il désigne sous le nom de « Mémoires des Apôtres »9.

En outre, l’épître dite de saint Barnabé10 (vers 130), le livre du Pasteur d’Hermas10 (vers 150), la Première Epître de saint Clément de Rome aux Corinthiens10 (vers 100), la lettre de saint Polycarpe aux Philippiens10 (avant 155), et les actes de Pilate (ou évangile de Nicodème) cités par saint Justin, fourmillent de passages et d’allusions empruntés aux quatre Evangélistes. Saint Ignace certifie qu’il « se réfugie dans l’Evangile, comme dans la chair de Jésus‑Christ et dans les Apôtres comme au presbyterium de l’Eglise11. Ces monuments de la tradition, quoique certains n’aient pas reçu la canonicité de l’Eglise, n’en sont pas moins authentiques et reportent leurs lecteurs devant les Apôtres.

Après le témoignage des auteurs antiques chrétiens, citons celui des hérésiarques. Les deux premières hérésies qui s’attachent au berceau du christianisme sont celles des Ebionites et des Gnostiques. Si les Evangiles eussent été légendaires ou l’œuvre d’un faussaire, ces hérétiques se seraient servis de ce fait comme une arme offensive, de nature à soutenir et à propager leurs théories. L’ont‑ils fait ? Non. Ils ont préféré accuser d’erreur les Apôtres.

Ainsi, les Ebionites, altérant saint Matthieu, écartèrent les trois autres Evangiles pour mieux étayer leur opinion. Ils soutenaient que saint Paul n’avait pas l’intelligence de la vraie doctrine chrétienne et que saint Jean, qui les réfuta, manquait de perspicacité. C’est la tactique qu’ils adoptèrent, plutôt que de nier l’authenticité des quatre Evangiles canoniques12. En altérant l’Evangile de saint Matthieu (suppression du tableau généalogique de Jésus, de sa conception miraculeuse, du récit de la venue et de l’adoration des mages) et en rejetant les trois autres, ils considérèrent comme obligatoire l’observance de la Loi de Moïse et formulèrent une vie de Jésus excluant tout surnaturel.

Quant aux gnostiques, selon eux, saint Matthieu, saint Marc et saint Jean ne comprirent pas Jésus. Adoptant l’Evangile de saint Luc, ils l’interprétèrent et le modifièrent afin de mieux asseoir leur système13.

Tous ces faits prouvent que les hérétiques du premier et du second siècle connaissaient les quatre Evangiles, qu’ils les retouchèrent, les tronquèrent ou les repoussèrent.

On peut également invoquer le témoignage implicite des auteurs païens des second et troisième siècles. En effet, dès les premiers temps du christianisme, l’authenticité des Evangiles est assez solide pour que Lucien14, Celse15, Porphyre16, Jamblique17, Philostrate18 et Hiéroclès19 ne l’attaquent pas. Ces philosophes auraient pu distiller sur la vie de Jésus, telle qu’elle est rapportée dans les quatre Evangiles, le venin de la satire et du sarcasme ; or, ils ne crièrent pas à l’imposture, ne dénoncèrent pas le personnage dépeint par les Evangélistes comme n’étant pas Jésus‑Christ, ni son enseignement comme n’ayant pas le sens et la portée qu’on lui prêta dans les textes évangéliques. Si ces philosophes ne produisirent pas ce type de discours, c’est que, de leur temps, l’authenticité des quatre Evangiles était incontestable et incontestée. Ils n’ont pas, non plus, contesté l’authenticité des Epîtres de saint Paul et du livre des Actes.

A cet ensemble de preuves intrinsèques, ajoutons quelques considérations de nature à faire ressortir la conformité des Evangiles canoniques avec les documents de l’histoire profane qui confirme leur autorité.

L’Evangile est un recueil des paroles, des actes du Christ et de ses Apôtres. Or, en confrontant ce récit avec l’histoire profane – comme cela a été fait précédemment –, on acquiert la certitude qu’il répond exactement, par son contenu, à la situation du pays et de l’époque dont il retrace les événements.

C’est avec la plus remarquable exactitude que les Evangélistes décrivirent les rapports complexes et délicats des Romains avec les Juifs devenus leurs tributaires. Tous les détails évangéliques offrent une parfaite conformité avec l’état religieux, politique et civil de la nation juive. Les Romains, vainqueurs, se réservaient le droit de lever l’impôt, celui d’infliger la peine capitale, d’imposer la présence de leurs garnisons, mais ils laissèrent à l’Israël occupé son Temple, ses sacrifices, son culte et sa hiérarchie.

Les différentes dénominations attribuées à la famille des Hérode par l’Evangile, la diversité des titres de ses membres, les vicissitudes de sa fortune, le caractère farouche et les actes de ces princes d’origine iduméenne, cadrent parfaitement avec les récits de l’historien Josèphe Flavius.

La précision des Evangélistes dans l’énonciation, la valeur et l’emploi des différentes monnaies grecques, romaines, hébraïques qui circulaient en Judée du temps d’Auguste et de Tibère, montre qu’ils n’ignorent rien de l’époque dont ils parlent. Ils ont aussi une connaissance exacte des partis qui divisent les Juifs. Ils évoquent toutes ces factions, leur doctrine, leurs usages et leurs antipathies, avec une telle justesse que souvent ils complètent le récit de Josèphe Flavius sur le même sujet. Cette conformité historique est très importante car c’est à ce seul moment précis de l’histoire que l’on peut connaître minutieusement ces détails de la domination romaine et l’état général des esprits.

La connaissance approfondie que les Evangélistes possèdent de la Judée et de la Galilée, avant l’époque du bouleversement survenu dans le dernier tiers du premier siècle, fournit à elle seule la preuve manifeste que les textes évangéliques n’ont pu être écrits ni plus tôt, ni plus tard que le siècle où leurs auteurs ont vécu.

La destruction du second Temple de Jérusalem par les troupes romaines commandées par le général Titus mit fin à une révolte juive qui durait depuis quatre années. En 70, la Ville sainte fut réduite à un monceau de ruines. C’est l’épisode final d’une guerre d’extermination durant laquelle on compte une cinquantaine de villes détruites, plus de quarante citadelles rasées, près de mille villages disparus, quinze agglomérations florissantes, assises autrefois sur les bords du lac de Tibériade, anéanties. Succèdent à ces destructions des restaurations qui donnent à la Palestine une physionomie nouvelle. Dès lors, comment, après de tels changements, un écrivain postérieur, du second ou du troisième siècle, aurait‑il pu peindre le pays tel qu’il était avant sa ruine sous Vespasien20 ?

C’est avec une peine infinie et des tâtonnements sans nombre que les savants, aidés des écrits antiques chrétiens et païens, ont pu tracer la topographie des villes et des villages de la Palestine. Leurs laborieuses recherches, notamment archéologiques, permettent de juger que les livres du Nouveau Testament sont la peinture fidèle de la Terre sainte, et qu’ils ont été écrits par des témoins oculaires ou par des auteurs directement renseignés par ces derniers.

Certes, un enseignement oral a précédé tout écrit. Les Apôtres ont ensuite rédigé cet enseignement pour l’édification des Eglises qu’ils avaient fondées et qu’ils dirigeaient de loin, après s’en être séparés, pour aller évangéliser d’autres contrées. Leur enseignement scriptural est un trésor dont l’Eglise est dépositaire. Aussi a‑t‑elle toujours montré une vénération profonde pour le témoignage de ses fondateurs. Quand, après mûr examen, elle a reconnu que ces écrits faisaient partie du message apporté par eux, elle n’a pas hésité à les honorer comme Parole de Dieu. C’est ce que démontre l’histoire du début du christianisme. Vers le milieu du 2e siècle, l’organisation de l’Eglise primitive s’appuyait sur les patriarcats de Rome (Italie, Gaule, Ibérie, Illyrie, Grèce jusqu’à la Macédoine, Afrique proconsulaire) d’Antioche (avec la Syrie orientale) et d’Alexandrie (Egypte, Palestine, Libye et une partie des îles de la Méditerranée). Chacun d’entre eux possédait un catalogue des écrits canoniques du Nouveau Testament. Si quelques livres ne figuraient pas dans le recueil de quelques Eglises apostoliques, ils en étaient exclus d’une manière locale, partielle ou simplement relative, jusqu’à ce que leur authenticité fût constatée et reconnue par toutes les églises réunies.

(à suivre)

Diacre Jean‑Paul Lefebvre‑Filleau

Notes :

1. in « Histoire ecclésiastique », livre 3, chap. 25, Eusèbe de Césarée, trad. Emile Grapin, Ed. Auguste Picard, 1913.
2. In « Traité contre les Hérésies », livre III, chap. Préliminaire : La vérité des Ecritures – sous titre : Comment, par les Apôtres, l’Eglise a reçu l’Evangile. Irénée de Lyon, http://livres‑mystiques.com/partieTEXTES/StIrenee/irenee_de_lyon.htm.
3. cf Ez 10, 9.
4. ORIGENE est un Père de l’Église, né à Alexandrie v.185 et mort à Tyr v. 253.
5. cf « Commentaire sur l’Évangile selon saint Matthieu », coll. Sources chrétiennes, Ed. du Cerf, Paris, 1970 ; « Commentaire sur saint Jean », coll. Sources chrétiennes », 5 t., Ed. du Cerf, Paris, 1966-1992.
6. TERTULLIEN, en latin Quintus Septimus Florens TERTULLIANUS (150-240), écrivain chrétien de langue latine. Théologien, Père de l’Eglise et auteur prolifique, il fut une figure emblématique de la communauté de Carthage et eut une forte influence dans l’Occident chrétien. A la fin de sa vie, il rejoignit le mouvement hérétique montaniste.
7. in « Contre Marcion », livre 4, chap.5, http://jesusmarie.free.fr/tertullien_contre_marcion_livre_4.
8. XI, 24.
9. en particulier dans « Apologies 1 et 2 » et « Dialogue avec Tryphon le Juif »
10. cf « Ecrits des Pères Apostoliques, texte intégral », Col. Sagesses chrétiennes, Ed. du Cerf, Paris, 2001.
11. in « Lettre aux Philadelphiens », paragraphe 5, 1, in Ecrits des Pères Apostoliques, texte intégral, Col. Sagesses chrétiennes, Ed. du Cerf, Paris, 2001.
12. in « Histoire ecclésiastique », livre 6, chap. 17 ; livre 3, chap.27, Eusèbe de Césarée, trad. Emile Grapin, Ed. Auguste Picard, 1913.
13. In « Traité contre les Hérésies », livre I, 3e partie : 1 - Les Valentiniens, 11 - Ebionites et Nicolaïtes, 2 - Les gnostiques ou ascendants immédiats des Valentiniens. Irénée de Lyon, http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/StIrenee/irenee_de_lyon.htm.
14. LUCIEN DE SAMOSATE (120-180), rhéteur et satiriste de Syrie, qui écrivait en grec.
15. CELSE, hilosophe épicurien grec du IIe siècle, est l’auteur d’un ouvrage analytique et articulé, Discours véritable (en grec : Λόγος ‘AληΘής), rédigé vers 178. Il s’agissait d’un ouvrage où il attaquait le Christianisme naissant par les armes du raisonnement et du ridicule. Le texte original a été perdu et nous est parvenu par les extraits étendus cités par son grand contradicteur Origène, dans son ouvrage « Contre Celse ».
16. PORPHYRE (234 – 305), philosophe néoplatonicien, connu pour avoir été le disciple de Plotin. Auteur d’un traité Contre les chrétiens.
17. JAMBLIQUE (242-325), philosophe néo‑platonicien, disciple de Porphyre.
18. PHILOSTRATE L’ATHENIEN (170-249), orateur et biographe romain, de langue grecque.
19. HIEROCLES D’ALEXANDRIE dit Hiéroclès le Pythagoricien, ou Hierocles platonicus ? Philosophe néoplatonicien ou néo‑pythagoricien du 5e siècle. Disciple, à Athènes, de Plutarque d’Athènes (le fondateur de l’école néoplatonicienne d’Athènes vers 400), il fut persécuté à Constantinople pour son attachement au paganisme.
20. VESPASIEN, en latin Caesar Vespasianus Augustus (17 novembre 9–23 juin 79), empereur de 69 à 79.

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