Il serait bon de parler de la vie d’une paroisse, dans son ensemble – prêtres, diacres, fidèles – liée à la confession, à la grâce extraordinaire que le Seigneur nous a laissée dans l’Eglise, Son Corps – la grâce du repentir. J’aime dire que le repentir est le fondement même de notre vie dans l’Eglise, en Christ, puisque l’Eglise est le lieu de notre guérison, là où le Christ nous guérit, nous remet en communion libre d’amour avec le Père. Mais Il ne peut pas nous guérir malgré nous, même si Il le fait de temps en temps. Il ne peut pas nous guérir malgré nous, Il nous respecte, Il respecte notre liberté, et Il nous attend, Il frappe à notre porte à chaque instant, comme le dit l’Apocalypse : Voici, Je me tiens à la porte et Je frappe; si quelqu’un entend Ma voix et ouvre la porte, J’entrerai chez lui pour souper, Moi près de lui et lui près de Moi (Ap. 3, 20). Il attend notre retour, notre signe d’amour envers Lui, notre repentir, notre métanoïa.
[Questions concernant les problèmes de cohabitation des français et des roumains au sein d’une même paroisse, mentionnant qu’il y a des paroisses où les français ont du mal à s’intégrer et finissent parfois par partir]
Moi je me poserais autrement la question, si parfois des personnes ont dû s’éloigner d’une paroisse, ce n’est pas un fait propre à nos communautés franco-roumaines, mais c’est un phénomène universel ; je vous donne un exemple : Il y a plus de dix ans, des amis se sont mis ensemble – ils étaient une cinquantaine – pour fonder une paroisse. Combien pensez-vous qu’ils sont encore aujourd’hui dans cette paroisse qu’ils ont fondée ? C’était des orthodoxes dits de souche, baptisés dans leur enfance ; combien pensez-vous qu’il en reste ? Peut-être deux ou trois. Les autres de temps en temps, ou une fois par an à Pâques. Donc on ne peut pas dire que ce sont les français qui partent des paroisses, le découragement est un phénomène humain tout court. Alors voilà ce qui m’inquiète personnellement, et c’est pour cela que j’ai insisté hier devant les prêtres et les diacres à la réunion que nous avions. Nous avons aussi insisté sur cela à l’Université d’été cette année, et à chaque réunion de prêtres : Nous sommes des semeurs, nous jetons la semence. C’est à Dieu de faire croître. La semence que nous mettons aujourd’hui, nous ne savons pas où elle arrive ni comment elle arrive, mais nous savons une chose : c’est que nous ne pouvons pas la garder pour nous.
Je vais répéter devant tout le monde cette chose que je vous ai déjà dite, pour nous responsabiliser davantage. Rappelez-vous bien, les prêtres, et les conseillers des paroisses pour faire attention dans vos paroisses à ceux qui viennent à l’Eglise pour telle ou telle chose : On ne peut pas faire un baptême aujourd’hui sans une préparation préalable. Le prêtre qui fait cela, il le fait sous sa propre responsabilité, mais en laissant de côté la demande de l’évêque. On ne peut pas accueillir quelqu’un pour le sacrement du baptême ou du mariage sans faire une préparation préalable. Point.
Pourquoi cela ? Comme nous l’avons dit tout à l’heure, nous avons huit cents baptêmes par an. Mais où sont ces enfants ? Où sont-ils ? Si l’on ne s’en occupe pas ils ne peuvent pas venir à l’Eglise. Si l’on n’ouvre pas des paroisses les gens ne peuvent pas venir à l’Eglise. Si l’on ne va pas nourir le peuple de Dieu, comment va-t-il venir ? Il va trouver l’église sur Internet, bien sûr… Mais au moins ceux que par la grâce de Dieu nous rencontrons dans l’Eglise, envoyés par le Seigneur Lui-même, nous devons leur prêter attention, les connaître, et nous faire connaître, nous et la communauté, et surtout faire connaître le Seigneur. Nous avons cette responsabilité qui fait partie de nos obligations pastorales, de l’obligation de la prêtrise elle-même, une obligation ÉLÉMENTAIRE : traiter l’autre avec respect et sollici-tude pour le salut de son âme, en n’oubliant pas qui je sers. On ne parle pas de la mission en sortant dans la rue pour aller faire des dis-ciples, mais à ceux qui arrivent à l’Eglise la plupart du temps ! Donc nous devons pré-server ceux que nous avons nous-mêmes baptisés, de toutes nos forces ! et inciter les parents des enfants baptisés à les faire ve-nir à l’Eglise pour la communion, leur ex-pliquer ce que c’est, pourquoi ils doivent venir, ce qu’est la Liturgie. Et c’est à ce mo-ment-là que nous devons le faire, quand nous les avons pour le baptême, pour un événement important de leur vie, quand le cœur humain est ouvert et sensible.Je m’étais un jour réuni avec les prêtres d’une paroisse importante, et nous avons par-lé du baptême, parce que là-bas ils ont une DIZAINE de baptêmes chaque samedi, dans le meilleur des cas, parfois il y en a douze ou quinze. Et ils me demandaient comment fai-re pour préparer quinze baptêmes en un week-end. – C’est très simple, leur dis-je, com-bien de prêtres êtes-vous à la paroisse ? (Ils sont trois ou quatre.) Et le vendredi soir que faites-vous? – Nous faisons la prière et la confession. – Alors pourquoi l’un des prêtres ne rassemble-t-il pas tous ceux qui ont un baptême le lendemain pour faire une caté-chèse commune, pour les parents et les par-rains et marraines ? Je vous livre UNE habitu-de déjà. Ils n’y avaient pas pensé. Bien sûr, parce que qu’est-ce que c’est la pastorale ? C’est le samedi et le dimanche ? Qu’est-ce que la pastorale du prêtre ? La pastorale du prêtre c’est sept jours sur sept ! Pas huit heu-res pas jour, mais au moins quatre heures par jour. QUELS MIRACLES FAIT UN PRÊTRE QUI TRA-VAILLE POUR SA PAROISSE QUATRE HEURES PAR JOUR ! Je parle des prêtres qui ne travaillent pas le reste du temps. Pour les prêtres qui travaillent, ça devient déjà une chose très difficile, mais d’habitude les prêtres qui travaillent ont des paroisses moins importantes.
Le fait de s’occuper des gens, de ne pas les traiter d’une manière consumériste – seulement par téléphone, par Internet ou que sais-je, à distance, en les baptisant sans s’intéresser à eux, à qui ils sont, d’où ils viennent, ce qu’ils font – mais d’une manière très humaine, très évangélique, va faire que vous allez voir les églises se remplir de ceux à qui nous nous intéressons, puisque Dieu Lui-même que nous servons les accueille et S’intéresse à eux. Les paroisses où l’on fait une catéchèse pour les enfants et où l’on se préoccupe des familles, sont des paroisses vivantes où les générations s’entrecroisent et vivent vraiment la grâce de la présence de Dieu dans leur vie de chaque jour.
Je ne vais pas insister plus là-dessus, mais je vous prie, mes frères prêtres : ne faites plus des sacrements de mariage ou de baptême sans préparation préalable ! Il y a des cas de gens qui sont très proches de l’Eglise, qui viennent chaque dimanche, mais cela représente deux cas sur dix, les huit autres ne sont pas dans ce cas. On les baptise et on les jette dans le monde, sans leur dire quelle est leur foi, la foi selon laquelle ils ont fait baptiser leurs enfants. On pense qu’ils savent. Donc ne soyons pas étonnés, que nous soyons français, roumains, grecs, russes, arabes, géorgiens ou autre : nous sommes les mêmes. La semence, la bonne semence que nous avons mise aujourd’hui, quand la terre est préparée, croîtra inévitablement, quelle que soit la personne, française ou roumaine, ou n’importe qui sur cette terre. quand la terre de l’âme est préparée il faut y mettre la bonne semence. Si l’on ne met pas à l’automne le blé dans la terre, que va-t-on moissonner plus tard ? rien ! on va mourir de faim !
J’ai parlé du baptême et du mariage, mais on peut ajouter d’autres moments de la vie humaine quotidienne ou des événements, la prière pour les défunts, les moments difficiles de la vie où les gens cherchent des réponses, la maladie, les moments de joie : comment ne pas donner à ce moment-là tout ce qu’il y a de mieux en nous de la part de Dieu ? Souvent c’est le moment raté pour certains, parce qu’on les traite mal ou avec indifférence. Bien sûr je ne généralise pas, il m’arrive moi-même de ne pas faire attention à une personne parce que je suis occupé, donc la personne passe en second et je me concentre sur ce que j’ai à faire. Mais c’est une attitude fausse. La première chose que nous devons apprendre, prêtres, diacres, évêques et fidèles des paroisses, c’est l’attention envers notre prochain.
On peut dire n’importe quoi, on peut corriger n’importe qui et n’importe quoi, mais attention à la manière de le faire, à la manière d’aborder la personne qui se présente devant nous. Nous faisons une confusion terrible ! Ce n’est pas devant Joseph, Basile ou Jean que la personne se présente, mais elle se présente devant le Christ. Et tel que nous traitons cette personne, elle transfère ce traitement sur Dieu. Ça c’est très vrai ! Donc quoi que nous fassions : veillons à notre attention envers la personne qui est devant nous. Et c’est ça notre théologie chrétienne orthodoxe ! Parler du mystère de la personne, de ce que le christianisme orthodoxe apporte au monde d’aujourd’hui, c’est bien, mais la première des choses c’est le regard envers notre prochain.
Et à partir de cela, bien sûr le regard sur soi-même. Monseigneur Marc nous a parlé tout à l’heure de ce qu’est le regard sur nous-même devant Dieu, du repentir. Parce que nous, nous faisons exactement l’inverse. Parfois la confession se transforme en une sorte de liste des choses que les autres nous ont faites. C’est comme ça. Mais pourquoi Dieu permet-Il que les autres aient une telle attitude envers nous ? On ne se pose jamais cette ques-tion. Et en quoi telle ou telle attitude de telle ou telle personne envers nous va-t-elle nous aider ? Jamais on ne se le demande. On dit : l’autre a fait une faute, je ne veux plus le voir, ou : il faut que je le corrige. Oui, mais comment.
Donc cette vie pastorale à l’intérieure de l’Eglise, de notre Eglise, de ce que nous BÂTIS-SONS comme Eglise du Christ de A à Z, se fonde sur le regard de Dieu envers nous et notre regard envers nous-même et envers les autres, sur l’attention. Nous sommes mille fois des éveillés ! nous sommes des neptiques, on parle des Pères neptiques – et nous avons donné ce nom à notre association des jeunes Nepsis. Être éveillé, savoir connaître le moment pro-pice à chacun pour mettre cette semence dans sa vie, même si il va disparaître un certain temps de l’Eglise, il va partir pour telle raison, mais Dieu est seul à savoir ce qu’il se passe dans le cœur de chacun d’entre nous, quand nous mettons notre tête sur l’oreiller chaque nuit. Et c’est là qu’est menée la guerre invisible de chacun d’entre nous, en chacun d’entre nous, par le Christ Lui-même, pour gagner des cœurs purs.
Donc la question qui se pose n’est pas : où, comment et qu’est-ce qu’il fait untel ou un-tel ? mais : qu’avons-nous donné de la part du Christ à chacun de ceux qui s’approchent de nous ? Ce n’est pas la peine de donner des exemples concrets de la manière dont on traite une personne qui vient pour la première fois dans nos communautés, de la manière dont on la regarde ou de ce qu’on lui dit, mais : QUI vient à sa rencontre ? QUELLE est notre réaction, fidèles et prêtres à la fois ? Le prêtre ne peut pas bâtir une communauté sans les fidèles, pas plus que les fidèles ne le peuvent sans le prêtre et tous ceux qu’il y a autour.
Je pense qu’il y a la confession de chacun d’entre nous, mais il y a aussi une confession ou une métanoïa communautaire, que l’on doit faire au moins de temps en temps. L’Assemblée générale d’une communauté, c’est le moment de dire les belles choses, de dire peut-être les choses moins belles ou moins bonnes, mais aussi de mettre les vrais accents sur ce que Dieu attend de nous. C’est très important. Je me souviens souvent de cette parole que j’ai entendue : il faut devenir très humain avant de devenir chrétien. Être humain avant de devenir chrétien. Mais aussi ne JAMAIS oublier notre mission de prêtre et de baptisé dans l’Eglise.
QUESTION : Récemment des rroms (gitans) sont arrivés dans la paroisse, et ils ont com-mencé à mendier pendant l’office. J’ai retrouvé des gens que je voyais mendier dans la rue, qui ont trouvé le chemin de l’église. Que faire ?
RÉPONSE : C’est quand même incroyable quand on trouve le chemin de l’Eglise quand même ! On voit des gens mendiant, on ne s’arrête pas pour leur parler, pour leur demander qui ils sont, d’où ils viennent ou ce qu’ils font, s’ils sont chrétiens, s’ils sont baptisés. Com-ment les traitons-nous ? Même si on voit qu’ils mendient, on doit leur dire : voilà, je te don-ne une pièce mais attends-moi, attends jusqu’à la fin de l’office, reste tranquille dans l’Egli-se et à la fin on va parler. Parce que tout est dans le fait de les traiter avec respect. Ne pas, par l’intermédiaire de ce qu’on leur donne, ignorer qui ils sont, ce qu’ils pensent, ce qu’ils vivent, et LE POURQUOI.
La meilleure des choses c’est de s’approcher humainement, de parler et de leur montrer qu’on les aime. C’est tout. Comme chacun d’entre nous, qui que nous soyons, si on nous aime, on s’ouvre, comme une fleur, et on commence à communiquer, à donner nous aussi de l’amour, et à rencontrer vraiment l’autre.

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