Comment puis-je aider une personne qui a perdu la vue et qui a maintenant peur ?
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Je pense qu’il est très important que la personne ne se sente pas seule. Tu ne peux pas compenser sa perte, mais tu peux l’aider à comprendre qu’elle n’est pas seule, ne sera pas abandonnée et que la situation qu’elle vit n’est pas une situation qui ne peut plus être gérée ou une situation impossible. Un aveugle a toujours besoin de soutien et d’aide mais il y en a eu d’autres, il y en aura d’autres et l’aveugle ne doit pas être nécessairement triste parce qu’il est dans cette situation.
Comment peut-on gérer la peur de l’abandon ou de la séparation avec une personne chère ?
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Nous devons faire la distinction entre peur et tristesse. Tu ne peux pas ne pas être triste lorsque tu te sépares d’une personne chère, au moins dans l’immédiat. Mais ce n’est pas une séparation. L’autre ne passe pas dans une inexistence, il ne se dissout pas. Alors tu te dis : « Il a été pris avant moi et il attend que je le rejoigne, lorsque j’arriverai aussi, un jour, auprès de lui. Nous nous rencontrerons, nous nous reverrons. Il va m’aider de là où il est. Il est devant Dieu et il prie pour moi. Il n’existe pas une séparation réelle, mais il existe une tristesse réelle.
Est-ce un mal de fuir les gens qui nous troublent et qui nous communiquent leur état de peur ?
Hiéromoine Gheorghe Sas : Je ne pense pas que cela soit un mal. Je dois voir à côté de qui je suis assis et avec qui je suis assis. Je fais le choix de mon entourage ainsi que du cadre et je dois savoir ce que je suis capable de porter. Chacun d’entre nous a sa mesure. Maintenant, si je peux porter le poids d’un tel entourage, alors je peux rester, mais si je ne suis pas capable de porter un tel entourage, de tels amis, alors il est plus utile pour moi, de sortir de là sinon je subirai des pertes et je risquerais de me perdre, moi-même, à la fin. Il est bon d’avoir un conseiller dans la vie, parce que ces cas diffèrent en fonction de la personne et de la situation. Le mieux, c’est d’avoir l’avis du père spirituel. Le père spirituel te connaît et il sait mieux combien de poids tu peux porter et ce qui t’est utile.
Quel est le conseil que vous donneriez aux jeunes de la Diaspora ? Est-ce qu’il leur faut rentrer au pays en tenant compte des temps d’incertitude que l’avenir nous réserve ?
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Nous ne pouvons pas leur dire ce qu’ils doivent faire, parce que, même si tu proposais une formule à quelqu’un, je ne sais pas si cet homme pourrait vraiment la respecter. Tu lui dis qu’il faut qu’il reste et il ne peut pas rester et il doit rentrer. La manière dont le problème est posé est erronée. Dans la vie on ne part jamais de quelque part mais on va vers quelque chose. Mes décisions ne doivent pas être déterminées par la part négative. Si je rentre dans mon pays, je ne viens pas comme un lâche parce que je suis en train de fuir je ne sais pas quoi. Si je viens à la foi, je ne viens pas comme un lâche, en fuyant je ne sais pas quoi. Je dois savoir vers quoi je vais et pourquoi j’y vais. Si je rentre au pays, c’est pour sa beauté, je viens à la foi, je viens pour la beauté de la foi. En final, la vraie patrie est le ciel. Mais malgré cela, il existe un mystère. Il s’agit du mystère de la relation entre la biologie et la géographie. C’est le mystère de la relation de l’homme avec le pays dans lequel il est né. Il y a un lien entre eux. Si je rentre au pays, je dois savoir pourquoi j’y retourne. Est-ce que j’y retourne en raison de ce lien qui existe entre moi et cette terre, est-ce que j’y retourne pour sa beauté ?
Que pouvons-nous faire, nous les célibataires qui avons le désir de nous marier, mais qui n’avons pas rencontré la personne ? Qu’est-ce qui nous manque ? Ou qu’est-ce que nous ne faisons pas bien ?
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Il y a des choses qui ne peuvent pas être contrôlées et tu dois en faire ta part. Tu dois développer les qualités dont quelqu’un aurait besoin. S’il t’arrive de rencontrer quelqu’un qui a besoin de ce que tu peux offrir, c’est bien. Si tu ne te prépares pas, n’attends pas que quelqu’un te prenne pour entretenir ta vie, que quelqu’un t’adopte avec tes frustrations et tes soucis. Si tu acquiers des qualités qui sont susceptibles d’être remarquées par cette personne, alors tu pourras lui être utile, sinon, tu vas te servir de ces qualités que tu as acquises pour d’autres circonstances. Mais il n’y a pas de règle « Si tu fais cela, tu vas te marier ». Tu dois prendre soin de ton aspect physique. Il y a des choses qui tiennent de ta zone de contrôle. Mais comme je disais, nous devons être aussi authentiques. Nous devons acquérir les qualités dont les autres ont besoin. Tu dois devenir indispensable dans la vie de l’autre, que l’autre ne puisse plus se débrouiller sans toi ou que cela lui soit difficile sans toi. Si tu ne te prépares pas et que tu te bases sur des choses superficielles, même s’il te prenait, il te laisserait ensuite.
Hiéromoine Gheorghe Sas : Mais vous savez, chaque chose se fait en son temps. Et alors, il faut savoir comment ne pas perdre du temps. Quand tu es jeune, tu peux te marier plus vite, mais si tu laisses passer le temps, alors cela devient de plus en plus difficile. Tu voudrais mais tu ne peux plus. En plus, il y a beaucoup de peurs qui apparaissent.
Faut-il avoir peur de la mort (question en relation avec ce que père Cléopas avait dit)
Hiéromoine Gheorghe Sas : Les Saints Pères disent que si j’ai la peur de la mort tout le temps en tête, si je me souviens que je peux mourir demain, cela ne veut pas dire qu’il faut que j’aie peur de mourir mais il faut me préparer à la mort, avoir en vue le temps de ma fin, le temps de la mort, le temps de la rencontre avec Dieu. Alors que se passerait-il si je savais que je mourrais demain ? Est-ce que je pourrais être méchant ? Est-ce que je pourrais être détestable ? Est-ce que je ne ferais pas la paix avec tout le monde ? Est-ce que je ne chercherais pas à être bon, à prier davantage ? La peur de la mort me protège du péché et me fait avancer sur le plan spirituel. Sinon on reste comme ça et la vie passe à côté de nous.
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Le père Cléopas parlait de la pensée de la mort, pas nécessairement de la peur de la mort. Il ne faut pas avoir peur de la mort, mais penser à la mort. Si tu penses à la mort et ce qui va suivre après la mort, tu te protégeras de toutes situations superficielles.
Comment peut-on gérer la peur de l’échec ?
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Mieux vaut-il avoir peur du manque d’expérience que de l’échec ? Il faut avoir peur de ne pas essayer, non de l’échec. Il se peut qu’il ne s’agisse pas de la peur de l’échec mais qu’il s’agisse plutôt de l’amour de sa propre image. Que disent les autres ? Quelle est l’opinion des autres ? Il s’agit plutôt de l’orgueil. Il est plus grave que tu restes non-éprouvé, que d’essayer et de ne pas réussir. Tu essaies encore une fois, une dixième fois et de l’échec tu apprends.
Comment approcher l’adolescent qui t’ignore et qui ne te respecte pas en tant que parent ?
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Il se peut que des erreurs aient été commises avant d’en arriver là. Pour que l’adolescent t’ignore et ne te respecte pas, il se peut que tu ne sois pas un modèle pour lui et que tu ne sois pas une autorité pour lui. Et cela veut dire que tu as fait des erreurs jusque-là. Et si tel était le cas, il faut l’encaisser et supporter les conséquences. Tu ne peux plus le changer. S’il se change lui-même, alors récite un Acathiste d’action de grâces, sinon il faut supporter.
Hiéromoine Gheorghe Sas : Si l’adolescent n’a pas peur du parent et que maintenant le parent a peur de l’adolescent, de ce qu’il peut faire, cela signifie que, dès le début, le problème n’a pas été bien abordé.
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Si tu as voulu être ami et non père, il te traite de la même manière.
Hiéromoine Gheorghe Sas : Vous savez que tout a des conséquences, toutes nos actions, bonnes et mauvaises. Et à un moment donné, on se heurtera à elles et alors il ne faudra pas oublier notre statut et il nous faudra assumer la situation telle qu’elle est. Si je suis parent, alors il faut être parent avec tout ce que cela implique dans la vie d’un parent. Mais si je suis parent, il faut que je sois aussi ami mais je dois être aussi autoritaire. Je dois avoir aussi de l’amour et de la bonté. Mais tout cela, doit tenir l’enfant dans des limites, en premier lieu, les limites du bon sens. Et cela n’a rien à voir avec la foi. Je me rappelle qu’à la maison je ne sais pas si j’ai lu un Acathiste tant que j’y habitais. Je ne savais pas et mes parents non plus. On ne priait pas durant des heures mais on jeûnait, on allait à la Liturgie le dimanche et on priait le soir. On ne priait pas le matin, mais l’accent était mis sur le fait d’être un homme. Mon père disait : « Partout où tu passes, il te faut faire de la place pour le bonjour ». Nous, maintenant, nous oublions d’apprendre aux enfants à être des êtres humains. On se donne du mal pour qu’ils deviennent des grands médecins, des ingénieurs, des savants ou toute autre chose et nous investissons en eux du temps, de l’argent et toute notre vie. Et après nous ne savons plus quoi faire. Le père Théophile tenait beaucoup à ne pas appeler les parents par leur prénom. S’il est père qu’il soit père et si elle est mère qu’elle soit mère. Ce n’est pas Maria ou Basil ou mes amis. Si tu deviens ami, tu dois gérer une relation d’amitié et non de parent.
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Et après, cela devient un groupe, une bande de personnes, pas une famille.
Hiéromoine Gheorghe Sas : Et le culot apparaît. Tout cela parce que tu lui as donné des libertés dans l’idée d’être plus près de lui.
Que fait-on quand on ne trouve pas un père spirituel qui correspond à notre cœur ?
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Tu continues à chercher.
Hiéromoine Gheorghe Sas : Les pères spirituels n’ont pas disparu de ce monde.
Hiéromoine Pantéléimon Susnea : Sois patient. Peut-être que tu trouveras, ou peut-être ton cœur doit changer.
Hiéromoine Gheorghe Sas : Prie. Peut-être que tu n’es pas encore prêt, pour être sous la guidance d’un père spirituel. Mais nous devons savoir ce que l’obéissance au père spirituel signifie. Tu dois l’écouter et pas l’inverse. Si tu vas voir un père spirituel pour lui dire comment il devrait préparer ton programme parce que tu sais mieux que lui, alors tu ne trouveras jamais de père spirituel. Vous devez savoir que toute la vie est accrochée à la relation avec le père spirituel, parce que c’est dans la relation au père spirituel que tu te formes ta vraie stature et que tu œuvres pour ton âme. À travers le père spirituel, tu arrives à Dieu. Comment veux-tu découvrir la voie de Dieu autrement qu’à travers le père spirituel ?
Traduit du Roumain par Alina Gogu

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