Ajouté le: 6 Mars 2010 L'heure: 15:14

La fondation de la Métropole orthodoxe de Valachie

(XIVe siècle)

 

La fondation  de la Métropole orthodoxe de Valachie

Les Métropoles de Valachie et de Moldavie apparaissent au XIVe siècle en conjonction avec l’apparition des deux principautés roumaines. L’indépendance et la mise en place pour la première fois d’une organisation autonome de l’Eglise ont eu lieu dans un contexte historique favorable, qui impliquait d’une part le royaume de Hongrie et la papauté, de l’autre le khanat turco-mongol (ou tatar) de la Horde d’Or, sans oublier la reconnaissance par le Patriarcat de Constantinople. Le rôle décisif fut joué par un personnage providentiel, le prince Basarab.

I. L’orthodoxie et les Valaques du nord du Danube au XIIIe siècle

Avant la formation de la principauté de Valachie, l’espace entre le Danube et les Carpates était divisé entre plusieurs petites formations politiques autochtones des Valaques (ou Roumains) qui avaient subi la domination tour à tour des différents peuples nomades (Khazars, Petchenègues, Comans). Pour finir, les Mongols, après la grande invasion de 1241 qui avait mis à feu et à sang l’Europe orientale, chassèrent les Comans et formèrent au nord de la Mer Noire le khanat de la Horde d’Or, auquel les chefs valaques étaient soumis et payaient le tribut. D’autre part, à l’ouest, dans la plaine de la Pannonie et jusqu’à la courbe des Carpates, s’étendait le royaume de Hongrie, principale puissance catholique de la région. Dès le début du XIIIe siècle, en étroite relation avec la papauté, la couronne hongroise tenta de s’étendre au-delà des Carpates, dans la région soumise aux Comans, où fut créé un évêché catholique appelé « évêché des Comans ».

Mais cet évêché se superposait en réalité à une organisation ecclésiastique orthodoxe des Valaques beaucoup plus ancienne. Dans une lettre adressée en 1234 au futur roi de Hongrie Béla IV, le pape Grégoire IX exprimait son mécontentement de ce que les « Valaques » de « l’évêché des Coumans » recevaient les Saints Sacrements de la main de « pseudo-évêques de rite grec ». L’indignation du pape était d’autant plus grande que des chrétiens de rite romain, Magyars, Saxons, « passent chez les Valaques pour vivre dans leur pays et ainsi, se confondant dans un même peuple avec ces Valaques, reçoivent eux aussi les susdits Saints Sacrements ». C’est pourquoi le pape Grégoire rappelait fermement à Béla que « toi, par contre, en tant que prince catholique (…) tu as promis sous serment de faire que tous les sujets non catholiques obéissent à l’Eglise romaine » et il l’invitait à nommer au plus tôt un vicaire pour l’évêque de rite romain des Comans qui aurait en charge ces Valaques « schismatiques ».

De même, le diplôme accordé en 1247 par le roi Béla IV à l’ordre croisé des chevaliers de saint Jean (qui deviendrait plus tard, au XVIe siècle, l’ordre de Malte) se réfère à plusieurs formations politiques entre les Carpates et le Danube (le pays du Séverin, le cnézat de Jean, celui de Farcas, le pays de Seneslau, « voïvode des Valaques ») et faisait mention des églises qu’ils avaient construites. La Valachie ou Tara românească (le « pays roumain ») est née de l’unification de ces formations au XIVe siècle, qui fut l’œuvre d’un voïvode de la région sub-carpatique de l’Arges.

II. La fondation de la Valachie et de la Métropole orthodoxe

Le voïvode Basarab fut en effet véritablement un personnage providentiel pour l’histoire du peuple roumain et est d’ailleurs devenu un personnage mythique dans la tradition populaire sous le nom de « Negru Vodă ». Grand chef de guerre et homme sage, il réussit à réunir sous une seule direction les divers chefs entre le Danube et les Carpates. Il saisit le moment opportun lorsque, au début du XIVe siècle, la domination de la Horde d’Or commença à s’affaiblir, ce qui incita le roi de Hongrie – avec l’approbation du pape Jean XXII – à préparer une offensive au-delà des Carpates. Basarab commença par accepter d’entrer en relation avec le souverain hongrois, ce que ce dernier interpréta comme un acte de soumission. Mais une fois son pouvoir consolidé, Basarab réussit à affirmer son indépendance vis-à-vis de la couronne hongroise après la fameuse bataille de la Posada (1330), où il remporta une grande victoire sur le roi Charles Robert d’Anjou. Il reste dans l’histoire roumaine le grand fondateur du premier état médiéval.

La fondation de la principauté de Valachie fut rapidement suivie d’une nouvelle organisation centralisée de l’Eglise. La reconnaissance de la Métropole de la Valachie est liée au nom du fils de Basarab, le prince Nicolas Alexandre (1352-1364). Ce dernier fit appeler à sa cour le métropolite de Vicina, une ancienne ville aux bouches du Danube où existait déjà une métropole orthodoxe sous la juridiction du patriarcat de Constantinople. Nicolas Alexandre demanda ainsi le transfert de cette métropole à la Cour d’Arges, c’est-à-dire dans la nouvelle capitale. Ses efforts auprès du Patriarcat furent couronnés de succès, la reconnaissance étant obtenue en 1359. Le métropolite Hyacinthe occupa le nouveau siège pendant de longues années, jusqu’en 1372, et put poser les bases d’une organisation solide de la nouvelle métropole.

A la différence de la fondation de nouveaux sièges épiscopaux à l’occasion de la conversion des peuples païens au cours des siècles précédents, la fondation de la métropole de la Valachie se situait dans une continuité, ne faisant que réorganiser une Église présente depuis longtemps sur le territoire de la Valachie. Cette Église était bien orthodoxe ou « de rite grec » – comme il ressort aussi des lettres pontificales – et elle avait l’intention de le rester, en dépit des efforts du pape et de la couronne hongroise. Nous allons voir par la suite que la fondation de l’Etat moldave seulement quelques décennies plus tard présente des ressemblances frappantes avec celle de la Valachie. Avec ces deux états frères, les Roumains purent entrer dans la famille des états chrétiens héritiers de la culture byzantine et de la tradition orthodoxe, qu’ils ont conservées pendant les siècles suivants, malgré la chute de Constantinople.

Ioana Georgescu‑Tănase (Rome)

Bibliographie :

1. Mircea Păcurariu, Istoria Bisericii ortodoxe române, Bucarest, 2006.
2. Şerban Turcuş, Sfântul Scaun şi românii în sec. al XIII-lea, Editura enciclopedică, Bucarest, 2001.

La fondation de la Métropole orthodoxe de Valachie

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