Ajouté le: 10 Décembre 2009 L'heure: 15:14

Saint Nicodème de Tismana et le renouveau hésychaste (XIV-e siècle)

Le monachisme a joué un rôle fondamental dans la renaissance de la vie spirituelle de l’Eglise orthodoxe au cours du XIVème siècle, en particulier par le renouveau hésychaste, qui a marqué la plus belle victoire de l’orthodoxie au cours de ce siècle dont il constitue la dernière grande affirmation avant la chute définitive de Byzance sous la domination des Turcs ottomans. Les fruits de l’hésychasme arrivent jusqu’au nord du Danube grâce à l’œuvre de Saint Nicodème, fondateur du monastère de Tismana, vénéré en Valachie comme l’un des Pères du monachisme roumain.

Saint Nicodème de Tismana  et le renouveau hésychaste  (XIV-e siècle)

I. Le renouveau hésychaste au XIVe siècle

Au sens large, le terme « hésychaste » désigne ceux qui se sont identifiés avec le courant hésychaste du XIVe siècle, mais au sens restreint il était utilisé depuis longtemps en référence aux moines qui pratiquaient l’hésychia (paix, silence) par la prière continuelle du cœur « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi (pécheur) ». Pendant les XIIIe et XIVe siècles, cette tradition spirituelle a connu un nouvel élan, portée par de grands saints ascètes comme saint Nicéphore l’Hésychaste (traité sur la Garde du cœur) et saint Grégoire le Sinaïte. Dans la seconde moitié du XIVe siècle saint Grégoire s’est installé en Bulgarie, rejoint pas nombre de disciples parmi lesquels saint Théodose, fondateur du monastère de Kilifarevo, où s’est formé, entre autres, saint Euthyme, grand lettré et dernier patriarche de Trnovo. Mais la personnalité centrale de l’époque est celle de saint Grégoire Palamas, dont la théologie relative aux « énergies » de Dieu a fait l’objet d’une grande controverse dogmatique, doublée par un conflit politique à l’intérieur de l’Empire byzantin. A la suite d’événements dramatiques sur lesquels nous ne reviendrons pas, le synode de 1351 de Constantinople a mis fin au conflit marquant la victoire du parti hésychaste et de la doctrine palamite, marquant le début d’une époque particulièrement fertile pour la vie spirituelle de l’ensemble de l’Eglise orthodoxe, au delà des frontières des différents Etats. De grandes personnalités du mouvement hésychaste sont devenues patriarches de Constantinople après le synode de 1351: Isidore, Calliste Ier et Philothée Kokkinos et une bonne partie des hiérarques ont été nommés dans les rangs des hésychastes, ce qui a sauvé l’Eglise orthodoxe alors que l’Empire byzantin touchait à sa fin.

Moine athonite hésychaste, saint Nicodème a été porté par les événements de cette époque au nord du Danube, amenant avec lui cette richesse spirituelle qui va nourrir le développement du monachisme en Valachie.

II. Saint Nicodème et la fondation des monastères Voditza et Tismana

Né en Macédoine à Prilep dans une famille noble apparentée à celle du prince Lazare de Serbie, Nicodème se fait moine dès sa jeunesse au monastère de Chilandar au Mont Athos, fondé par le prince serbe Stéphane Nemanjia et son fils saint Sava (dont il a été question dans un article précédent). Nicodème se distingue vite par sa vie ascétique, par sa sagesse et par son savoir, devenant très recherché parmi les moines. Mais il a aussi été un homme de son temps. Nous savons qu’il fait partie de la délégation athonite rendue auprès du patriarche Philothée de Constantinople pour faciliter la reconnaissance longtemps tergiversée du Patriarcat serbe de Péc. Après cette mission couronnée de succès, Nicodème retourne en Serbie, où il fonde deux monastères. Puis, sous la pression de l’avancée des Turcs dans les Balkans, il passe de l’autre côté du Danube, en Valachie, où régnait à cette époque Vlaicu Voda (1364-1377).

Celui-ci accueille saint Nicodème et lui accorde son soutien. En effet, la Métropole de Valachie étant reconnue depuis peu de temps (1359), le désir du prince était de consolider l’Eglise par la fondation de monastères dans la tradition athonite-byzantine (même si certaines formes de monachisme existaient déjà sur ce territoire). 

Avec l’aide du prince, Nicodème fonde un monastère à Voditza, sur les rives du Danube, dans la région historique du Banat de Severin. L’acte de fondation datant de 1372 rappelle les revenus et privilèges octroyés par le prince et précise que les moines se gouvernent selon ce que le staretz (abbé) Nicodème a établi, sans aucune intervention du prince ou de l’évêque, et qu’après sa mort ils choisiraient eux-mêmes leur staretz. Saint Nicodème obtient donc une complète autonomie pour son monastère, ainsi qu’il fera plus tard pour Tismana. Malheureusement Voditza aura une vie courte car le prince orthodoxe qui pouvait la protéger (Vlaicu Voda) perd la possession du Banat de Severin, récupéré un temps par le grand prince de la Valachie, Mircea l’Ancien (1386-1418), mais seulement pour être vite regagné par le roi de la Hongrie catholique puis pour finalement tomber aux mains des Ottomans. Comprenant la fragilité de la situation politique de la région, saint Nicodème fonde un second monastère à l’intérieur du pays, à Tismana, dans la région de Gorj, avec l’aide du prince de Valachie mais aussi du prince Lazare de Serbie. Ce monastère aura une grande importance dans le développement du monachisme roumain. Sous la direction de Nicodème, plusieurs manuscrits sont copiés et l’enseignement de la foi orthodoxe connaît un nouvel essor. Nous avons aussi conservé la correspondance théologique de saint Nicodème avec le dernier patriarche de Trnovo, saint Euthyme, une grande personnalité de l’hésychasme.

Par l’ensemble de son œuvre saint Nicodème se révèle être l’un des Pères les plus marquants de l’Eglise des Pays roumains. Il a porté au nord du Danube les fruits du renouveau spirituel du grand siècle hésychaste, qui se sont répandus par la suite par la fondation de nouveaux monastères dans ces pays. 

Saint Nicodème s’éteint le 26 décembre 1406, date de sa fête, pendant le règne de Mircea l’Ancien, étant enseveli au monastère de Tismana, où il fait jusqu’à aujourd’hui l’objet d’une grande vénération.

Ioana Georgescu‑Tănase

Bibliographie :

1. Mircea Păcurariu, Istoria Bisericii ortodoxe române, Bucarest, 2006.
2. Jean Meyendorff, Aristeides Papadakis, L’orient chrétien et l’essor de la papauté, Cerf, Paris, 2001.

Saint Nicodème de Tismana et le renouveau hésychaste (XIV-e siècle)

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