Ajouté le: 10 Février 2011 L'heure: 15:14

Sur les traces des saints martyrs de Lyon

Sur les traces des saints martyrs de Lyon

La ville des frères Lumière et la Fête des Lumières

Nunt Nous sommes convaincus que vous êtes nombreux à connaître Lyon en tant que centre de la gastronomie française, comme ville natale d’Antoine de Saint-Exupéry et comme lieu de la première projection cinématographique réalisée par les frères Lumière. Mais de plus en plus, les gens associent la ville de Lyon à la Fête des Lumières: on en a beaucoup fait la publicité ces derniers temps, et pour cette raison, la ville attire quelques millions de touristes chaque année. Qu’est-ce donc au sens large que cette Fête des Lumières? C’est un festival qui consiste dans une projection au laser sur les façades des principaux monuments de la ville au rythme d’une musique électronique: il se déroule au mois de décembre, chaque année entre le 8 et le 12. Peut-être vous posez-vous déjà la question (d’ailleurs légitime): « qu’avons-nous à faire, nous, chrétiens orthodoxes, avec une telle fête civile, et comment se fait-il qu’ait été organisé, justement pendant cette période, un pèlerinage sur le thème des martyrs de Lyon ? » Eh bien, quoique la France soit aujourd’hui une société fortement sécularisée, elle fut un terrain extrêmement fertile dans l’histoire du christianisme des premiers siècles. Et, dans cette Histoire, la ville de Lyon a joué un rôle à la fois précoce – elle fut le siège du premier épiscopat de la Gaule romaine – et très important: les saints martyrs du 2ème siècle après Jésus Christ s’y offrirent en sacrifice sanglant.

La Fête des Lumières – un hommage à la Vierge Marie

La des Lumières a été seulement un pont qui nous a permis de faire le passage « en sens inverse” de la « Fête des Lumières » à la fête de « la Lumière », autrement dit de la lumière « créée » à la lumière « incréée ». Venons-en à l’origine de cette fête appelée « des Lumières » et dont les origines sont en réalité profondément chrétiennes. Elle a été instituée au 17ème siècle, par une célébration quotidienne, à partir du 8 décembre (Conception de la Mère de Dieu dans le calendrier latin), en l’honneur de la très sainte Vierge Mère de Dieu, et en signe de gratitude pour avoir protégé la Ville de la peste. Il est vrai que, suite aux prières ardentes adressées à la Vierge Marie par les Lyonnais, l’épidémie de peste qui ravageait le Sud de la France à cette époque (1643) s’est arrêtée à quelques kilomètres à peine de Lyon: immédiatement, la Vierge Marie devint la protectrice de la Ville. Avec le temps, les habitants prirent l’habitude d’allumer, tous les soirs à partir du 8 décembre, sur le bord de leur fenêtre, des lumières en signe de mémoire et de gratitude; au 19ème siècle les édiles de la Ville décidèrent d’entreprendre la construction d’une superbe basilique dénommée Notre-Dame-de-Fourvière à l’endroit le plus élevé de la Ville – la colline du même nom. Depuis lors et jusqu’à nos jours, à côté de la basilique, une immense statue de la Vierge domine, plaquée d’or, la ville entière. On peut donc comprendre maintenant pour quelle raison la fête des Lumières a été choisie comme date symbolique pour le pèlerinage de Nepsis.

Lugdunum – capitale de la Gaule romaine

La ville de Lyon fut fondée par les Romains au 2ème siècle avant Jésus Christ sous le nom de Lugdunum. Cet avant poste de l’Empire romain était tellement important qu’il était compté parmi les trois villes impériales où tenait garnison une armée permanente. D’ailleurs, deux empereurs romains – Claude et Marc Aurèle – sont nés à Lugdunum, qui devint capitale de la Gaule romaine dans les deux premiers siècles après Jésus Christ. Toutefois, pour nous, chrétiens, l’importance de cette cité romaine réside dans le fait que c’est là qu’est attesté le premier noyau chrétien organisé dans cette partie de l’empire romain. Ce noyau était formé de personnes qui payèrent cher leur appartenance à la communauté chrétienne; elles confessèrent leur foi dans le Seigneur Jésus Christ, payèrent le tribut du sang et devinrent ainsi martyrs.

Avant d’entrer dans les événements qui ont conduit au sacrifice, il est essentiel de comprendre quel était leur contexte social et politique. L’empire romain se trouvait au 2ème siècle après Jésus Christ à son apogée. Du point de vue territorial, il comprenait tout le bassin de la Mer Méditerranée (Mare Internum); les attaques des barbares ne se faisaient encore sentir que de façon sporadique et périphérique, et la pax romana semblait imposée partout. Le lien culturel qui, d’un point à l’autre, assurait l’unité de l’Empire, était le culte de César et des dieux, culte par lequel se manifestait la loyauté à l’égard de Rome. Cette réalité se rencontrait de façon régulière à Lugdunum, où se trouvait un autel spécialement dédié à César, et où se réunissaient chaque année au début d’août les représentants des 60 villes de la Gaule romaine. A cette occasion on organisait diverses festivités sanglantes, parmi lesquelles étaient fort appréciés les combats de gladiateurs et d’animaux.

Les bases du christianisme dans l’Empire romain

La La société romaine était donc une société impitoyable: l’espérance de vie moyenne ne dépassant pas tente cinq ans, la vie des gens n’y avait pas de valeur particulière, d’autant plus que quarante pourcents de la population environ était constituée d’esclaves. Le christianisme commence à se répandre dans un contexte où le culte pratiqué était stérile; il consistait en des prières pour adoucir la colère des dieux et ne satisfaisait pas, même de loin, le besoin spirituel des gens. Le christianisme apportait en soi une espérance et rendait à la vie et à l’égalité entre les hommes la valeur que ceux-ci méritaient. Imaginons quelle signification pouvait prendre pour un esclave le mot « frère » quand il venait de la part de son maître ou d’un haut aristocrate chrétien! Pourtant, assumer publiquement l’appartenance au christianisme comportait un très grand risque parce que les chrétiens refusaient précisément de participer au culte de César et des dieux, ce qui les faisait considérer comme dangereux pour l’unité de l’Empire. Ils subissaient en plus diverses accusations comme celles d’inceste (confusion due au fait qu’ils s’appelaient mutuellement « frère » ou « sœur »), d’anthropophagie ou de cannibalisme (« Prenez, mangez, ceci est mon corps... ») et de meurtres rituels.

L’an 177 – persécution et martyre des chrétiens de Lyon

La connaissance des événements qui ont conduit, leur évêque saint Pothin en tête, plusieurs dizaines de chrétiens au martyre, est due aux écrits de l’historien Eusèbe de Cézarée, auteur de la première Histoire de l’Eglise, écrits du début du 4ème siècle, dans lesquels il témoigne de ce qui s’est passé pendant à peu près les deux siècles précédants. L’historien reproduit des passages importants d’une lettre dont il dit qu’il l’a « sous les yeux »: elle a été, à l’époque même des persécutions, adressée par des chrétiens qui avaient survécu aux événements à « leurs Frères de Petite Asie et de Phrygie ». Cette lettre relate en détail le martyre des chrétiens lyonnais unis à leur évêque, martyre qui eut lieu entre mars et août 177 après Jésus Christ. Cette attestation de l’organisation hiérarchique spécifique d’une Eglise locale est le signe d’une importante communauté chrétienne à cette époque. De nombreux chrétiens étaient Grecs ou Orientaux: saint Pothin était originaire de Smyrne (Izmir), et avait été disciple de saint Polycarpe, lui-même disciple de saint Jean l’Evangéliste. Il semble que l’insurrection populaire contre les chrétiens aurait été déclenchée par leur refus de participer au culte de la déesse Cybèle, festivité qui se trouva coïncider avec le Vendredi saint (29 mars) de l’an 177. Ce refus de participer fut immédiatement considéré comme blasphématoire et anti-impérial. La persécution de civils par des civils était pourtant proscrite par la loi (selon l’édit de l’empereur Trajan), et, dans une première étape, il fut seulement interdit aux chrétiens l’accès des lieux publics. Ultérieurement toutefois, éclate une vraie chasse aux chrétiens, illégale puisque le même Trajan avait ordonné qu’ils ne fussent par poursuivis de façon spéciale. Seulement, le nouvel empereur, Marc Aurèle, n’est plus aussi favorable aux chrétiens. Par la suite, convoqués devant le légat impérial, la majorité des chrétiens confesse la foi, de façon ouverte et sans contestation. Ils sont alors, derrière leur évêque, qui, très âgé (90 ans), ne meurt que deux jours après avoir été jeté en prison, soumis aux pires tortures. Le lieu de ces supplices n’était pas loin du forum romain, sur la colline de Fourvière, le siège de l’administration impériale à cette époque. Puis il fut transféré dans l’amphithéâtre des trois Gaules, sur les pentes de la deuxième coline, la Croix-Rousse: entre le 1er et le 3 août 177, un grand nombre de chrétiens y est livré en proie aux animaux furieux. Parmi eux est comptée Blandine, une esclave: malgré son apparence fragile, elle est la dernière à rendre l’âme, et elle marque la mémoire populaire en exprimant en même temps le courage et la force sans trouble des martyrs, jaillissant de la profondeur de leur foi. Il est à noter que les citoyens romains (au nombre de 11) bénéficièrent d’un traitement spécial, et furent décapités sans être mis à la torture. Au total, un nombre de 49 chrétiens, parmi lesquels 25 hommes et 24 femmes, dont on ne connaît que les noms, est ainsi mis à mort. Pour que les chrétiens survivants ne puissent les ensevelir, leurs cadavres furent laissés pourrir à l’air libre ou donnés aux chiens, les restes étant ensuite brûlés et la cendre jetée dans le Rhône, près de l’amphithéâtre. .

Le pèlerinage de Nepsis

Un nombre de 15 courageux et courageuses, principalement de Paris et de Lyon, s’était donné rendez-vous par un froid imprévu le matin du samedi 11 décembre 2010 avec le Père Antoine Callot, le recteur de la paroisse orthodoxe francophone de la Sainte Rencontre de Lyon (Métropole grecque). Le Père Antoine fut pour nous un guide infatigable pendant toute la durée du pèlerinage. Celui-ci commença par la visite de l’amphithéâtre des trois Gaules à la Croix-Rousse: à la suite de fouilles, cet amphithéâtre a commencé à être dégagé en 1957; il fut identifié en 1958 grâce à la découverte d’une dalle portant l’inscription « Amphitheatrum Caesaris Augusti. Sacerdos Rom. Et Aug. ».

L’étape suivante fut le site de l’Antiquaille dont on pense qu’il abritait la prison de saint Pothin: après avoir été successivement résidence particulière, monastère et hôpital, il est actuellement le siège de l’Espace Culturel du Christianisme à Lyon – ECCLY. Sous la forme d’un parcours historique du christianisme, cet espace, actuellement en cours d’aménagement, est proposé comme lieu de célébration de la mémoire des chrétiens. Nous y avons été reçus par l’historien Emile Visseaux, l’un des membres de la fondation de l’ECCLY, qui a réussi à associer de façon admirable les preuves historiques et archéologiques et la vision chrétienne des événements telle qu’elle a été gardée par la tradition populaire.

Pour en revenir à la prison de saint Pothin, elle a été redécouverte au 17ème siècle sous les fondations du monastère des Visitandines en activité à cet endroit. Toutefois sa présentation comme lieu de célébration publique date d’une apparition de saint Pothin en vision à la Mère abbesse: il lui dit qu’il apparaîtrait et viendrait en aide à tous ceux qui viendraient en ce lieu.

Nous avons ensuite visité la basilique de saint Irénée, le 2ème évêque de Lyon, mort également martyr, et dont on pense qu’il est l’auteur de la lettre dont parle Eusèbe de Césarée. La basilique abrite les restes du saint ainsi qu’une tombe dans laquelle on pense qu’ont été jetées les cendres des martyrs : ces cendres, réputées miraculeuses, auraient été retrouvées dans les eaux du Rhône.

Vers le soir nous nous sommes réunis à la paroisse orthodoxe roumaine des saints Archanges, dont le recteur est le Père Càtàlin Cordos (Métropole roumaine) : où nous avons assisté à la conférence du Père Antoine qui nous a permis d’approfondir l’histoire des martyrs. Puis nous avons célébré l’office des Vêpres auquel étaient invités également les fidèles de quelques paroisses catholiques-romaines, gréco-catholiques et protestantes.

La journée de pèlerinage s’est conclue avec la visite des monuments illuminés à l’occasion de la Fête des Lumières. Il faut savoir que, quoique les projections se fassent sur la façade des bâtiments, quand il s’agit d’églises, on peut les visiter: une fois à l’intérieur, ceux qui avaient eu le zèle d’entrer s’entendaient expliquer le sens spirituel de la fête.

Le dimanche 12 décembre, nous avons tous participé à la Divine Liturgie qui fut suivie d’une agape bien méritée!

Nous tenons à remercier spécialement Adriana Popescu de Lyon pour l’excellente organisation, et nous rendons grâce à Dieu qui nous a rendus dignes d’écrire ces lignes!1

Marius Tache, Lyon

1. Sources principales de ces informations: les brochures d’ECCLY et les notes du Père Antoine

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