Ajouté le: 16 Mai 2010 L'heure: 15:14

De quelle nourriture notre cœur a-t-il besoin ?

De quelle nourriture notre cœur a-t-il besoin ?

Que de soins, que d’attention ne portons-nous pas à notre corps. Nous le nourrissons quand il a faim et le vêtons quand il a froid. Nous le reposons à la suite d’une grande fatigue et le soignons quand il est malade. Par des exercices corporels, nous nous soucions de diversifier ses aptitudes et, dans certains cas, d’accroître ses performances. Nous lui épargnons de grandes fatigues et, en raison de notre souci de son bien-être, veillons de jour et de nuit à lui éviter toute privation susceptible d’amoindrir ses capacités.

Mais quelle attention portons-nous à notre cœur ?

De quels soins l’entourons-nous ? Savons-nous anticiper ses désirs ? Sommes-nous attentifs à lui éviter toute blessure. Veillons-nous à lui procurer le bien nécessaire ? Sommes-nous soucieux de le rassasier comme il convient ? Nous empressons-nous de lui éviter toute atteinte maladive ? L’engageons-nous sur les chemins de la paix ? Veillons-nous à préserver sa noblesse de toute souillure du mal ? Le vêtons-nous, comme il sied à sa nature, de nobles sentiments ? Le réchauffons-nous jusqu’à satiété au feu vivifiant de l’amitié et de l’amour ? Le fortifions-nous avec des attouchements de tendresse ? Illuminons-nous suffisamment de sa lumière ceux qui viennent frapper à sa porte ? Lui enseignons-nous comment se garder des faux-pas ? Prenons-nous suffisamment soin de sa fragilité ?

Comme l’eau jaillit naturellement de sa source, ainsi la vie jaillit-elle de l’Amour, et ainsi l’Amour presse-t-il la vie à se dire dans la célébration et dans la glorification de ce mystère de joie, de paix, de vérité et de justice d’où elle procède. S’il peut arriver à la vie d’ignorer sa propre origine, elle ne peut ignorer qu’elle ne saurait se suffire à elle-même. Car vivre, c’est vivre pour quelqu’un, quelqu’un d’autre que soi-même. Et c’est ce qui presse la vie à se dire, à se manifester. Mais, elle ne peut se dire à elle-même, ni aux autres, son propre mystère qu’en témoignant de ses énergies, de ses opérations qui procèdent de la Lumière « qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jn 1, 9) et sont appelées à resplendir, et n’aspirent qu’à demeurer dans cette Lumière, source de beauté pour le monde, de vérité pour l’intelligence, de bonté pour le cœur de l’homme, de justice et de paix.

D’où vient-il alors que cette vivante doxologie offerte par la création entière, du lever du soleil à son couchant, à sa Source, à son Créateur, soit souvent dans nos vies détournée vers l’auto-glorification de nous-mêmes ?

« Par l’annonce divino-humaine universelle de l’Eglise, l’Evangile est proclamé à toute créature (Col 1, 23). Oui, même à la pierre et elle a crié de douleur lorsqu’elle a vu le merveilleux messager de la Bonne Nouvelle agonisant dans les tourments de la Croix (Mt 27, 51); proclamé aussi à la mer, et elle a reconnu le Dieu de l’Evangile, elle s’est apaisée devant lui, émue, elle l’a porté sur ses flots comme sur des ailes ; proclamé encore aux bêtes sauvages, et elles se sont apprivoisées devant le Seigneur de l’Evangile ; elles ont vécu avec Lui au désert et elles l’ont humblement servi, ce qui est révélé dans le Livre divin : il vivait avec les bêtes sauvages (Mc 1, 13) ; proclamé enfin à toutes choses qui ont vu, entendu, perçu le Seigneur Jésus bienheureux et très miséricordieux, et elles l’ont vu et elles l’ont entendu et l’ont perçu : oiseaux et papillons, vers et fleurs, vents et pluies, l’herbe et les insectes, l’air et la lumière, les nuages, le soleil et les étoiles, tous l’ont vu sur la terre, tous l’ont perçu, tous se sont tournés vers Lui, tous ont couru vers Lui, tous ont éprouvé pour Lui de la compassion, tous l’ont entouré, tant de Lui rayonnait constamment une force merveilleuse et bénie, tendrement dispensée à toute créature »1.

D’où vient-il que le feu de la joie qui est un flot débordant de vie et d’amour, jaillissant du trône de Dieu, « au cœur de notre cœur », au lieu de nous embraser et de nous faire brûler de sa vive ardeur, de transfigurer nos pensées, nos paroles et nos actes en une continuelle glorification de notre Dieu et Seigneur, Source de notre vie, soit souvent un feu d’épines, de désirs impropres à notre nature que nos offrons à Dieu sur l’autel de nos convoitises ? D’où vient-il que le vin de l’ivresse de la vie tourne si facilement à l’aigre en nos âmes ?

Le Livre des Rois nous parle de la veuve de Sarepta, auprès de laquelle le Seigneur envoya le prophète Elie au temps où sévissait la famine en Samarie (1 Rois 17, 9-16) ; le vase d’argile de cette veuve, image de son cœur, renfermait peu de biens, mais des biens impérissables, une mesure de froment et un peu d’huile – le froment c’est la parole de vie enfouie en son âme et prometteuse d’une riche moisson de salut et l’huile, la grâce vivifiante de l’Esprit-Saint.

Elle fit toute chose à la demande d’Elie, suivant sa recommandation, l’âme confiante, « et ils mangèrent, elle lui et sa maison, pendant longtemps. La jarre de farine ne s’épuisa pas, et la cruche d’huile ne se vida pas, selon la parole que le Seigneur avait dite par le ministère d’Elie » (1 Rois 17, 15-16).

Ainsi voyons-nous que le feu inextinguible de l’amour brûlait de jour comme de nuit dans le cœur de cette veuve. Le souffle de l’Esprit y attisait la flamme de la charité avec laquelle « l’avarice n’a point de part ». Le froment de l’humilité mêlé à la crainte de Dieu et l’huile de l’espérance couvaient en son cœur. Aussi, reçut-elle, sur la toison de son âme, par le doigt d’Elie, la grâce de Dieu comme une myrrhe odorante. Elle ouvrit larges les ventaux de son cœur, et le vent de la grâce la fit aborder au rivage de l’abondance où l’Amour attise le feu de l’amour, où la rosée de la prière des saints adoucit toute amertume, où la plénitude de la grâce supplée à toute faiblesse, et où l’indigence selon le monde se révèle plénitude selon Dieu.

Jacques Agbodjan

Notes :
1. (Père Justin Popovitch, Philosophie orthodoxe de la Vérité, Dogmatique de l’Eglise orthodoxe, Tome quatrième, trad. J.-L. Palierne, Coll. La Lumière du Thabor, Editions L’Age d’Homme, Lausanne 1997 

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