Ajouté le: 7 Décembre 2009 L'heure: 15:14

Élisabeth Behr-Sigel (VIII)

 Les incertitudes  de la guerre

 

Durant les premières années de son mariage, Élisabeth connaît des années de bonheur familial paisible à Nancy, partagée entre le soin de ses enfants, son activité épisodique d’enseignante et la poursuite des travaux théologiques. La mobilisation général d’août 1939 vient briser cette harmonie. 
 

Dès la déclaration de guerre entre la France et l’Allemagne, André, le mari d’Élisabeth, est mobilisé comme officier et doit partir dans le sud de la France pour y servir comme ingénieur des poudres. C’est le début d’une période de trouble et d’incertitude, que la jeune théologienne consigne au jour le jour dans de petits carnets noirs. Dès les débuts de l’invasion allemande, elle est contrainte d’évacuer Nancy avec ses deux filles et se retrouve nommée à Saint-Cast, en Bretagne, dans un collège d’enfants évacués. Sans nouvelles de son mari, dans l’attente anxieuse des informations alarmantes qui déferlent chaque jour sur le pays, Élisabeth connaît là des mois mouvementés, adoucis seulement par la présence réconfortante des petites en pleine croissance et la beauté des paysages marins. Enfin une lettre parvient du sud : tombé malade de la vésicule biliaire, André a été rapatrié dans un hôpital. À l’occasion de Noël, il peut revenir passer une quinzaine de jours de permission dans sa famille. Puis il doit repartir sous les drapeaux. 

Les allemands parviennent jusqu’à Saint-Cast. Élisabeth n’hésite pas à s’adresser à eux dans sa langue maternelle et la surprise des soldats est grande de voir cette menue femme brune, tannée par le soleil, leur parler dans un allemand parfait. La jeune mère envisage la possibilité de rentrer à Nancy. Laissant les enfants à la garde de sa belle-mère venue à Saint-Cast avec son mari, elle obtient un laissez-passer pour Nancy où elle se rend en vue d’évaluer la possibilité du retour. Dans le train qui l’y emmène, elle retrouve par hasard son mari dont elle était sans nouvelle depuis un moment. Fait prisonnier dans le sud, il a pu facilement s’évader. Le retour de la famille à Nancy est décidé à l’automne 1940. 

Commence alors, dans les mois sombres d’occupation, une période de lutte profonde, lutte pour la survie physique et morale. Liselotte fait le tour des fermes environnantes pour en rapporter les victuailles nécessaires à la bonne croissance de ses enfants, André obtient du charbon dans l’usine où il travaille. La résistance spirituelle s’organise avec les voisins. Des réunions régulières se mettent en place chez les Behr, rassemblant des représentant des trois confessions chrétiennes. Les discutions sur la foi donnent le courage de supporter la dureté des temps. Un réseau d’entraide se met ainsi en place de façon tacite, notamment pour cacher des enfants juifs. Durant plusieurs mois, les Behr hébergent chez eux la petite Yvonne, une fillette juive que leur a confiés sa mère. Grâce à la complicité de mère Marie Skobstov, avec laquelle elle garde un contact téléphonique, Élisabeth parviendra à faire passer Yvonne en zone libre. La jeune femme n’hésite pas à escorter à la Kommandantur des juifs allant se faire enregistrer, les faisant bénéficier de son allemand parfait. Par prudence, elle met un terme à son enseignement, ayant appris que l’on ouvre des enquêtes sur les origines de chaque fonctionnaire. La vie des Behr sous l’Occupation est marquée par les privations, les longues heures d’attente dans les caves durant les bombardements, mais aussi un sentiment d’osmose, de fraternité très intense, au sein de la famille comme avec les voisins. Durant toute cette période de lutte, Élisabeth ne cesse de consigner dans ses carnets ses angoisses, sa peur, mais surtout sa confiance totale en Dieu en qui elle place tous ses espoirs au cœur d’une situation qui, à vue humaine, apparaît comme sans issue.

Olga Lossky

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Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale

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