Ajouté le: 11 Septembre 2009 L'heure: 15:14

Élisabeth Behr‑Sigel (VI)

 

L’EXPERIENCE PASTORALE
 
Après un semestre d’études passé à Berlin pour y poursuivre sa maîtrise, Élisabeth Sigel revient en mars 1932 à Strasbourg, sa ville natale, où elle obtient son baccalauréat en théologie. Fiancée à André Behr, un émigré russe étudiant en chimie, la jeune femme s’interroge à présent sur son avenir professionnel. 
 

Élisabeth  Behr‑Sigel (VI)

La jeune diplômée se rend chez l’inspecteur de l’Église réformée pour lui soumettre ses interrogations. Son cursus théologique très complet, qui a notamment comporté un enseignement de la prédication et des stages en paroisse, lui confère la capacité d’exercer le ministère pastorale. À cette époque, nombreuses sont les paroisses que la guerre a privées de leur pasteur et le manque d’hommes d’Église se fait ressentir. L’inspecteur de l’Église réformée propose à la jeune femme un débouché audacieux : devenir pasteur auxiliaire dans une petite paroisse des Vosges, à Villé‑Climont. Liselotte accepte : « Au nom du sacerdoce royal de tous les baptisés, étant appelée dans un contexte spécifique de pénurie de pasteur au sein de l’ERAL [Église Réformée d’Alsace‑Lorraine], j’ai cru pouvoir et devoir assumer l’office de ministre [du culte]. »1 

C’est ainsi qu’elle devient l’une des premières femmes pasteur en France. Liselotte s’adapte facilement à sa paroisse, petite bourgade de montagne formée de deux villages, l’un en hauteur et l’autre dans la vallée. Elle se nous d’amitié avec les familles paysannes qui accueillent d’un bon œil la sportive jeune fille n’hésitant pas à se rendre en bicyclette jusque dans les fermes les plus reculées. Liselotte assume la direction du culte et la prédication, mais ne célèbre jamais de baptême ni de sainte Cène. Sa position insolite d’orthodoxe en charge d’un ministère réformé ne cesse de lui poser question, ainsi qu’en témoigne sa correspondance de l’époque avec André Behr. Lors d’une retraite de la FUACE [Fédération Universelle des Associations Chrétiennes d’Étudiants], en août 1932, Liselotte s’ouvre à son ami Paul Evdokimov qui lui conseille d’en parler à l’évêque Vladimir. Après beaucoup d’hésitation, la jeune femme décide de se rendre auprès du président du Consistoire réformé pour lui faire état de son appartenance confessionnelle nouvelle. Celui‑ci se montre très compréhensif et permet à Liselotte de continuer son ministère pastoral jusqu’à son mariage. 

Les mois d’automne 1932 sont l’occasion pour la jeune femme de parachever son travail sur la sainteté russe tout en s’interrogeant sur son devenir professionnel. L’unique débouché que lui laissait entrevoir ses études – le ministère pastoral – est désormais exclu pour elle et Liselotte doit se résoudre à l’idée qu’il lui faudra chercher un travail en dehors de ses chères activités théologiques. 

L’expérience pastorale d’Élisabeth s’achève, riche d’expérience et d’interrogations. Tout en vivant avec un certain déchirement son éloignement de l’Église luthérienne, la jeune femme comprend qu’il lui faut désormais entrer pleinement dans l’orthodoxie. Elle restera toute sa vie marquée par cette aventure de quelques mois où, jeune étudiante inexpérimentée, elle a pu apporter son soutien pastoral  à de nombreuses familles. Ce sera la base d’une longue interrogation sur le ministère des laïcs, en particulier des femmes. 

Olga Lossky

Notes:
 
1. « Grands témoins : Élisabeth Behr‑Sigel », article paru dans Unité des Chrétiens, n° 137, Janv. 2005, p. 32.

Élisabeth Behr‑Sigel (VI)

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