publicat in Grands spirituels pe 7 Janvier 2021, 05:09
(Christine Artiga, psychothérapeute orthodoxe)
Mere Silouana, une moniale pas comme les autres
Mère Silouana n’a jamais été une moniale classique qui restait prier dans son monastère. Elle a vécu ce que saint Silouane avait recommandé aux moines et moniales qui étaient comme elle : « Le moine dans son monastère prie pour le monde, mais que celui qui ne peut le faire, qu’il serve les autres, qu’il accomplisse des œuvres philanthropiques. »
Tout au long de sa vie, mère Silouana a connu la douleur de vivre. Avant de devenir moniale, elle a d’abord, sous le régime communiste, été professeur de philosophie ce qui a souvent été pour elle source de souffrance car elle ne cessait de s’interroger sur le sens de la vie sans trouver de réponses. Au fil du temps, cette incessante quête de la vérité a fini par déranger grandement les dirigeants du Parti et elle a été déchue de ses fonctions.
Sa quête permanente du sens de la vie et de la vérité l’ont conduite à un retour vers l’Église. Après la révolution roumaine en 1989, elle a travaillé dans les bas-fonds de Bucarest avec les drogués et les prostituées et tout particulièrement avec les enfants des rues devenus orphelins. Ce fut pour elle une véritable descente dans l’enfer de l’humanité déchue et elle connut le désespoir. Mais, grâce à Dieu, elle a progressivement découvert avec émerveillement les écrits ascétiques et spirituels de la Philocalie et, par la suite, elle a embrassé la vie monastique. Elle a été higoumène du monastère Saint-Silouane à Iaçi, en Moldavie-Bucovine. Son charisme missionnaire a été, dès le départ, soutenu par Mgr Théophane, métropolite de Moldavie, qui l’a encouragée à créer un centre de formation et de conseil. Dans ce centre travaille toute une équipe d’assistantes sociales, de psychologues, de psychothérapeutes qui prennent et continuent de prendre en charge des familles, des enfants mais aussi des personnes ayant subi des traumatismes psychologiques. L’objectif de ce travail d’accompagnement a toujours été sous-tendu par un désir profond d’amener tous les êtres en souffrance qui venaient vers elle à rencontrer véritablement le Christ en leur faisant redécouvrir la profonde richesse de l’Église orthodoxe.
Ensuite, mère Silouana a consacré son temps à diffuser la spécificité thérapeutique spirituelle très singulière qui était la sienne en faisant des conférences et des séminaires au cœur même de l’Église, en Roumanie et dans certains pays d’Europe. Elle a su, avec discernement et pertinence, articuler la spiritualité des saints Pères et les découvertes en sciences humaines, particulièrement en psychologie et en neurosciences. Sa vision sur le « côté maladie » du péché est transgénérationnelle et, lors de ses séminaires, mère Silouana nous a invités avec méthode et clarté à identifier la teneur de notre enfer pour y rencontrer véritablement le Christ. Dans ce travail, elle a su accorder une place très importante à la compréhension de tout l’enjeu de la relation parents-enfants qui, pour nous chrétiens orthodoxes, doit devenir la base d’un modèle familial trinitaire.
La demarche et l’œuvre de Mere Silouana sont uniques.
Portée par la sainte parole qui a été donnée à saint Silouane « Tiens ton esprit en enfer et ne désespère pas » et sans vraiment la comprendre, elle a tout simplement cherché à appliquer à la lettre le message divin contenu dans ces mots. Ainsi, en acceptant pleinement de vivre la douleur, en assumant sa propre douleur et celle des autres, elle a fait preuve dans sa vie d’un haut degré de sacrifice. Mais son sacrifice n’a jamais été mortifère, c’était un saint sacrifice plein de joie. Mère Silouana avait beaucoup d’humour et, dans ses séminaires, on entendait beaucoup d’éclats de rire. C’était une grande éveilleuse. Elle a su nous éveiller à la véritable présence de Dieu en secouant nos façons sclérosées de penser et en faisant tomber les écailles de nos yeux. Elle avait vraiment ce don de la parole forte qui éveille et qui nous faisait nous sentir intensément vivants. En même temps, tout en accueillant pleinement les êtres en souffrance, elle ne cachait jamais ses propres faiblesses et ses doutes.
Outre le centre de formation à Iaçi, mère Silouana proposait des séminaires de formation où elle alliait connaissance des Pères et connaissance en sciences contemporaines. Cette formule existe en Roumanie depuis un certain nombre d’années. Pendant six ans, mère Silouana a ouvert ces séminaires aux français et c’est ainsi que j’ai eu la joie d’y participer. Chaque séminaire proposait un enseignement théologique et psychologique, avec tout un programme très structuré qui éveillait progressivement les personnes à leur dimension d’hypostase. Pour cela, mère Silouana n’hésitait pas à faire appel aux sciences séculières, notamment à des techniques, des « trucs » comme elle disait, qui peuvent aider chaque personne dans sa souffrance à connaître les fondements psychologiques de son mal, de sa maladie. Cette connaissance séculière n’apporte pas la véritable guérison, dans le sens du salut de l’âme, car la guérison ne peut être que l’œuvre de Dieu en l’homme. Cependant, cette connaissance va offrir à l’œil de l’âme un regard pénétrant. En effet, en identifiant les injonctions, les fausses croyances, les messages contraignants, les loyautés invisibles qui ont déterminé nos comportements, créé en nous des faux selfs et qui nous ont façonné une certaine « personnalité », nous allons nous rendre compte que nous ne sommes pas aussi libres que nous le pensons. En découvrant que notre propre volonté n’est pas en accord avec les désirs les plus profonds de notre âme, mais que ce sont ces schémas enregistrés dès la tendre enfance, voire souvent dès la vie utérine, qui déterminent notre désir, alors, nous allons désirer être réellement libres.
Mais pour accéder à cette liberté, il n’y a qu’un seul chemin : c’est le Christ. C’est donc dans l’Église que nous connaîtrons cette liberté d’enfants de Dieu. L’accès à cette liberté ne peut se faire qu’en crucifiant le vieil homme et ce vieil homme ne peut être crucifié que dans une synergie entre la grâce divine et la liberté humaine. Nous ne sommes pas dans une vision augustinienne qui considère que tout dépend de la volonté de Dieu. Et comme nous ne sommes pas des marionnettes, nous avons à assumer notre nature humaine. C’est là où les apports en psychologie ou neurosciences vont pouvoir nous aider. Car selon l’adage patristique « ce qui n’est pas assumé, ne peut être sauvé ».
Ayant vécu dans le monde un grand nombre d’années, mère Silouana a connu la pertinence de certains outils utilisés dans les thérapies contemporaines et c’est de façon très visionnaire qu’elle a osé faire un pont entre ces thérapies séculières et notre foi chrétienne. Pour éviter le piège de la psychologisation ou de la spiritualisation, elle a clairement pensé le lien entre psychologie et foi à partir du fondement de notre anthropologie orthodoxe, c’est-à-dire la déification. La théosis ou déification est ce processus de transformation qui nous fait cheminer de l’image à la ressemblance, vers la sainteté, qui nous fait vivre une rencontre de plus en plus vraie avec Dieu. Mais pour « voir Dieu tel qu’Il est »1, «il y a une exigence préalable, c’est la purification du cœur. Cette purification est une thérapie qui est l’œuvre de l’Église dont la tête est le Christ »2. Car malheureusement, on peut vivre une vie spirituelle sans jamais véritablement rencontrer Dieu, à cause de nos constructions de survie qui ont été autrefois nécessaires mais qui aujourd’hui pervertissent notre vraie relation à Dieu et nous enferment dans une fausse spiritualité. Lyn Breck, dans une conférence intitulée : « La vie psycho-spirituelle : épanouissement ou fuite » à Notre Dame Souveraine, à Chaville en 2009, nous disait combien « on peut fuir Dieu en se fuyant soi-même ».
Aussi la devise de Socrate : « connais-toi, toi-même » est encore et toujours une nécessité pour sortir de nos cécités.
La psychologie, la psychiatrie, la psychanalyse, les psychothérapies étudient les lois psychologiques de l’être humain après la chute. Personne ne fonctionne hors de ces lois, si ce n’est les saints et encore de façon partielle, car même dans la vie des saints, ces lois ne sont pas abolies. Ainsi au fur et à mesure qu’on avance dans la vie spirituelle, on affaiblit ces lois psychologiques3.
Mais pour affaiblir ces lois psychologiques qui nous maintiennent prisonniers du vieil homme, prisonniers de nos « faux selfs », il nous faut les connaître. Pour s’habiller de l’homme nouveau, il faut se déshabiller du vieil homme. C’est dans ce lent processus du déshabillage du vieil homme que se sont inscrits les séminaires de mère Silouana. Ce « processus n’entraîne pas une mutation immédiate », c’est « un processus de métamorphose qui prend du temps », car comme « le papillon sort progressivement de sa chrysalide, l’homme psychique, le vieil homme fait lentement place à l’homme spirituel, l’homme nouveau »4.
Les seminaires de Mere Silouana : une fine pedagogie pour decouvrir la pedagogie divine.
Ces séminaires qui continuent d’être proposés par ses moniales sont comme une feuille de route qui nous permettent petit à petit de nous assumer pleinement en tant qu’orthodoxes. Ils sont construits de façon très didactique. Nous avons tous déjà des embryons de connaissances, mais ces séminaires viennent élargir nos connaissances plus ou moins floues, héritées le plus souvent d’une théologie occidentale scolastique, moraliste et juridique, et ils vont nous permettre d’articuler de façon fluide connaissances psychologiques et connaissances théologiques de la Tradition. Ils vont très progressivement éclairer le langage des Pères qui parfois peut nous paraître un peu voilé en les comprenant à la lumière du langage « psychologique »5 de notre époque contemporaine, pour mieux nous faire apprécier la véritable voie de guérison que nous offre l’Église orthodoxe.
Chaque séminaire est comme une marche pour nous faire appréhender de façon progressive le mystère de la transformation de la chenille, de la « larve »6 que nous sommes en papillon. Ce passage de l’image à la ressemblance qui va de « commencement en commencement par des commencements qui n’ont jamais de fin »7 est au cours des séminaires abordé de façon très pédagogique. Il est scandé en plusieurs temps :
Dans un premier temps, nous posons « la base divine de notre existence humaine et le mystère de notre libre-arbitre » en nous interrogeant sur ce que signifie la chute et ses conséquences.
La première prise de conscience fondamentale est de bien saisir que le péché est une maladie de l’âme et non pas une faute juridique. Nous sommes malades et nous n’en sommes pas conscients. Le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous guérir de cette maladie, pas pour nous donner un pardon juridique. Si la théologie occidentale met l’accent sur l’humanité du Christ, sur sa compassion et son amour, la théologie orthodoxe, tout en reconnaissant cette humanité du Christ, va plus dans le fond des choses en articulant sans cesse cette humanité avec le Verbe incarné. Ainsi, comme nous le dit Bertrand Vergely « le Logos incarné est venu libérer l’homme de ce qui le crucifie, Il le libère de la douleur, de la souffrance », « le Christ est venu guérir l’humanité dans ce qui est à l’origine des maladies et de la pauvreté, c’est-à-dire sa raison car la raison humaine est malade »8. Ainsi guérir de la maladie du péché appartient à l’homme dans son entier et, à travers le Christ, nous sommes en lien avec tous les hommes. Et quand nous assumons notre péché en tant que maladie, nous participons humblement à la transfiguration de l’Adam total.
Saint Grégoire Palamas nous apprend à faire la différence entre les énergies créées et les énergies incréées. Dieu est le créateur et l’homme, créature de Dieu, est un être créé. Les énergies de la pensée et les énergies psychiques sont des énergies créées alors que les énergies incréées sont les énergies divines. Puis, nous abordons les notions d’individu et d’hypostase. Père Zacharie du monastère de saint Sophrony à Maldon, en Grande-Bretagne, définit l’hypostase comme étant « la personne qui constamment recherche à assumer son être divin en accomplissant les commandements de Dieu et la ressemblance au Christ. Alors que l’individu reste piégé dans l’impasse tragique de la chute et l’ignorance du créateur. L’hypostase possède le don de Dieu alors qu’à l’individu, il manque la connaissance de Dieu9. »
Ainsi clarifiées, toutes ces notions d’énergies créées ou incréées d’une part, et d’individu ou d’hypostase d’autre part, vont nous conduire à une meilleure connaissance de nous-mêmes, à repérer en nous ce qui est de l’ordre du psychologique ou de l’ordre du spirituel. Nous sommes là sur la première marche du travail divino-humain auquel nous sommes appelés.
Et comme la vie en Christ est une vie « connectée » aux énergies incréées, aux énergies divines, il est important d’identifier ce qui bloque la connexion.
Pour cela, nous activons le désensablage du vieil homme en faisant des exercices très concrets inspirés de certains outils de connaissance de soi bien connus dans les milieux psychologiques : triangle dramatique, persécuteur, sauveur, victime, scénarios de vie, messages contraignants…
Dans un deuxième temps, nous abordons la notion très neuroscientifique d’intelligence émotionnelle pour comprendre et vivre dans notre chair combien nous sommes bien souvent dans l’esclavage émotionnel, c’est-à-dire dans la dépendance émotionnelle. C’est là tout un travail de discernement entre le ressenti et la pensée. Saisir la différence entre nos ressentis (émotionnels ou corporels) et notre pensée va être capital pour avancer avec précision sur le chemin de purification du cœur et ainsi transformer nos états psychologiques en états spirituels. Aujourd’hui, les neurosciences nous apprennent que notre cerveau est programmé sur le registre plaisir/douleur. En fait, c’est là une programmation du monde de la chute, car comme le dit saint Maxime le Confesseur « le plaisir et la douleur sont les chaînes de notre nature humaine ». Nous savons aujourd’hui que ces chaînes sont enregistrées dans le logiciel de notre cerveau, dans notre hypothalamus (là où se rencontrent système neuro-végétatif et système hormonal) comme des habitudes, des automatismes qui ont créé en nous de véritables autoroutes. Il est donc important de faire la différence entre l’émotion et la pensée. Je peux demander à Dieu de me libérer de ma colère, de ma peur… mais si cela reste au niveau de ma pensée, cela ne changera pas grand-chose. Par contre, si lorsque je ressens une émotion (colère, peur…), je cesse de l’étouffer mais que je l’accueille en la vivant pleinement avec Dieu, en restant connecté au Seigneur, je vais alors découvrir « charnellement » sa présence : « Seigneur, viens dans ma colère, viens dans ma peur… ». Alors mon émotion identifiée, clairement nommée, entre dans mon hypothalamus en même temps que le Christ puisque je viens de L’appeler et mon hypothalamus en sera transfiguré ! Ainsi, nous faisons l’expérience, au cœur même de la tourmente émotionnelle, du fait que le Christ vient nous guérir, à condition de Lui tendre la main et de ne pas la lâcher. Gardons en mémoire l’icône de la descente aux enfers où le Christ vient libérer Adam de l’enfer en le tirant par le poignet. Notre travail est de tendre la main vers le Christ et de Le laisser nous tirer vers Lui.
Nous voyons donc que les neurosciences nous aident à mieux connaître notre impuissance, notre dépendance au cycle infernal plaisir/douleur inscrite dans la mémoire profonde de l’homme depuis la chute. De ce fait, en apprenant à décrypter les chaînes de nos dépendances qui nous arrachent à l’amour du Christ, nous prenons conscience que, pour nous extraire du piège douleur/plaisir, il nous faut rester connecté aux énergies incréées, ce qui nécessite une extrême vigilance.
Côté pratique, un grand travail est fait sur la différence entre ressenti et pensée. Puis, à partir d’un objet transitionnel apporté (poupée ou tout autre objet…), nous allons très concrètement explorer nos modes d’attachement, puis les différentes typologies de caractères, les schémas de désadaptation. Le but de tout ce travail est d’identifier toujours plus finement ce qui nous fige dans des fonctionnements stéréotypés et nous coupe de notre véritable relation à Dieu.
Dans un troisième temps, nous allons comprendre « l’importance de la connaissance de soi dans le processus de croissance spirituelle », en apprenant à discerner la distance qui sépare le monde créé du monde incréé. Cette distance est bien souvent abyssale, mais c’est aussi le lieu de rencontre avec notre Dieu personnel. Cette distance entre le crée et l’incréé nous fait vivre une tension qui est source de souffrances plus ou moins grandes. Ce lieu de souffrance est le lieu de notre blessure, de notre coupure que nous avons souvent tendance à fuir en la comblant par du plaisir. Si cette attitude devient systématique, nous restons dans la dépendance émotionnelle, dans le monde de la chute. Mais si, au contraire, nous offrons au Seigneur cette douleur, cette souffrance comme nous offrons notre prosphore à chaque liturgie, alors cette douleur devient l’occasion d’amener les énergies incréées dans le créé. Cette transformation ne peut s’opérer que dans le cœur de l’homme en acceptant d’endurer le point de souffrance, parfois jusqu’à l’insupportable, de tenir dans cette douleur, calmement, sans résister. Cette endurance n’est pas un acte masochiste mais peut être comparée à celle du marathonien qui ne lâche pas car il désire ardemment arriver au bout de sa course. Aussi, offrir sa prosphore, c’est accepter la réalité douloureuse avec patience, c’est accepter de descendre dans son enfer avec confiance.
Cette confiance est essentielle, elle se tisse très progressivement dans la relation avec le père spirituel ou la mère spirituelle ou avec un « aîné » sur le chemin en Christ, en nous arrimant sur la bonne rive et elle se nourrit de toute la vie ecclésiale et liturgique. C’est la confiance que Dieu ne nous abandonnera pas. Sans cette confiance, il peut y avoir risque d’effondrement et c’est ici où l’aide psychothérapeutique devient utile pour redonner « un sol solide » à une personne qui n’en avait peut-être jamais fait l’expérience, qui n’a jamais connu « une mère suffisamment bonne »10. Pour descendre dans son enfer sans danger, il faut avoir connu des grâces. Et si nous savons que Dieu ne nous éprouve jamais au-delà de nos forces, que notre croix est proportionnée à ce que nous pouvons supporter, il faut rester vigilant et ne pas se jeter à l’eau sans savoir nager.
Ainsi, quand on commence à pouvoir accueillir pleinement la douleur comme une expérience spirituelle, on cesse de projeter sur l’autre ses mauvaises pensées, ou de les retourner contre soi-même. Offrir sa douleur demande du discernement, il faut être capable de l’identifier, de la nommer avec clarté. Mais clarifier sa douleur est un processus, on ne peut d’abord offrir que la partie émergeante consciente et petit à petit d’autres parties émergeront à la surface. Alors, « l’échographie de l’âme » sera de plus en plus précise. Et c’est au fur et à mesure du dépliement de cette douleur que j’appelle Dieu : « Seigneur ! Viens dans ma tristesse, mon angoisse, mon désespoir…dans mon schéma d’abandon…transforme-la/le/les… ». Offrir une véritable prosphore nécessite de réunir les bons ingrédients et cela peut demander du temps et de la patience. Alors, Dieu y déposera Sa grâce, quand Il veut, comme Il veut, car Dieu ne peut façonner un saint qu’avec les matériaux qu’on Lui apporte. Si ma prosphore est faite de chocolat et de noisettes, je n’offre pas les bons ingrédients, elle ne sera jamais une véritable offrande de ma maladie et je continuerai à me plaindre du fait que Dieu ne me répond pas.
Côté exercice pratique, nous utilisons des outils métaphoriques comme le moi ouvert, fermé, aveugle, caché, refoulé, potentiel. Et puis un grand travail sur notre ombre sera fait, où il s’agira de voir que ce que je n’aime pas chez l’autre me révèle la part d’ombre que j’ai à assumer.
Si les trois premiers séminaires ont posé les bases de connaissance de notre tunique de peau à la lumière des connaissances psychologiques, les deux autres séminaires seront un fin éclairage de la voie hésychaste.
Dans le quatrième temps intitulé « l’orthodoxie, voie de guérison, illumination, déification », nous avons approfondi le mystère de la personne, de l’hypostase, le principe philocalique et la philocalie à travers des textes de saint Grégoire Palamas, saint Diadoque de Photicé, Dumitru Staniloae, le père Jean Romanidès… Dans ce séminaire très hésychaste, les temps d’études ont alterné avec les temps de prière de Jésus afin que chacun puisse petit à petit découvrir en lui-même la vraie prière du cœur. Les textes étudiés concernaient l’ascèse et tous nous ont aidés à comprendre que l’union entre Dieu et l’homme se passe sur le plan des énergies. Les énergies humaines créées sont capables de s’unir aux énergies incréées de Dieu à condition que l’homme assume sa part humaine en suivant les commandements du Christ. Ce travail de conscience, effectué en thérapie ou à la lumière d’outils thérapeutiques, va nous permettre d’assumer réellement notre part humaine en éclairant les parties refoulées, inconscientes de notre âme et en les offrant à Dieu comme une prosphorefaite de notre chair, de notre sang. Cette offrande se fait dans l’intimité de notre cœur, dans notre prière personnelle ou au cœur de la liturgie.