publicat in Parole du métropolite Séraphin pe 1 Janvier 2022, 19:56
Cette exhortation à la prière revient tout le temps dans les ecténies des offices de l’Église, dans le cadre desquels nous prions : « pour la paix d’en haut et le salut de nos âmes », « pour la stabilité des saintes Églises de Dieu et pour l’union de tous », « pour des saisons clémentes et pour l’abondance des fruits de la terre », « pour ceux qui voyagent, pour les malades, pour ceux qui peinent et pour leur salut... », « pour être délivrés de toute affliction, péril et nécessité... » etc.
La prière de l’Église est une prière universelle, cosmique. L’Église prie non seulement pour les besoins quotidiens de chacun de ses membres, mais aussi pour le monde entier et toute la création de Dieu, car personne ne peut s’isoler de ses semblables et de la nature environnante.
La prière de l’Église a une force tout à fait spéciale, parce que ce n’est pas seulement la prière des fidèles rassemblés dans un lieu de culte particulier, mais c’est la prière du Christ Sauveur Lui-même, le Chef de l’Église, Qui prie en nous par l’Esprit Saint (Romains 8, 26), tout comme la prière de la Mère de Dieu, des saints Anges et de tous les saints qui prient avec nous. De même, lorsque nous prions dans l’église lors des saints offices, notre prière s’unit à celle de tous les chrétiens qui prient eux aussi dans leurs églises. La prière de l’Église est donc une immense prière qui unit Dieu aux hommes et les hommes les uns aux autres, en les rendant vraiment frères en Christ.
Le point culminant de la prière de l’Église est la communion aux Saints Mystères, à savoir au Corps et au Sang du Christ Sauveur, sans laquelle nous ne pouvons pas avoir la vie en nous : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’avez point la vie en vous-mêmes. » (Jean 6, 53). C’est pourquoi personne ne peut vivre vraiment sans participer régulièrement aux saints offices et sans communier le plus souvent possible aux Saints Mystères. Quel n’est pas l’égarement de ceux qui prétendent qu’ils n’ont pas besoin de l’Église parce qu’ils peuvent aussi prier à la maison ! Certes, chaque fidèle a le devoir de prier chez lui également, au moins aux moments établis par la Tradition : matin, soir, avant et après le repas... Mais cette prière est le prolongement nécessaire de la prière communautaire, elle surgit et est entretenue par la prière de l’Église. Personne ne peut prier comme il convient à la maison sans avoir la conscience d’appartenir à l’Église du Christ, – à savoir à une communauté de fidèles qui se rassemblent régulièrement afin de célébrer ensemble la Divine Eucharistie (la Divine Liturgie) – et sans participer effectivement à cette prière communautaire. Le Sauveur a fondé l’Église justement pour que les hommes se rassemblent et se nourrissent de Son Corps et de Son Sang, qu’Il donne pour la vie du monde. C’est ainsi que croît et s’affermit l’amour entre les hommes, à savoir leur unité. Les fidèles commencent à prendre conscience du fait que personne ne s’auto-suffit, que chacun a besoin des autres, tout comme les membres d’un corps ne peuvent pas vivre de manière isolée, coupés du corps. C’est ainsi que se réalise (s’actualise) sur terre l’Église, ce grand miracle de l’union des hommes par la foi et l’amour. L’Église, nous apprend le Saint Apôtre Paul, est « le corps du Christ » (Ephésiens 1, 23 ; 5, 23), et ses fidèles sont les membres de ce corps et en même temps membres les uns des autres : « Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. » (1 Corinthiens 12, 27) ; « Car, comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres. Puisque nous avons des dons différents, selon la grâce qui nous a été accordée » (Romains 12, 4-6).
On ne peut vivre concrètement cette grande réalité de notre foi que par la purification des péchés, par la participation régulière à la Divine Liturgie, par le jeûne et la prière. En particulier, la prière que l’on fait avec l’attention concentrée dans le cœur adoucit en nous les pulsions passionnelles et nous en libère petit à petit, en nous rendant doux et humbles, à l’image du Sauveur « recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes » (Matthieu 11, 29). Et la bonté du cœur nous fait sentir tous nos semblables, même nos ennemis, comme nos propres membres. Car tous nous formons, en vérité, un seul organisme, un seul corps, le corps du Christ. Seul le péché nous divise en nous-mêmes et nous rend étrangers les uns des autres, nous détermine à nous détester et à nous haïr. Pour le dépasser, il n’y a pas d’autre voie que celle de la prière. Prions le plus et le plus souvent possible, prions bien, à savoir l’esprit uni avec le cœur, à l’église et à la maison, au travail, pendant le voyage. Partout et sans cesse. Prions le Seigneur !
† Le Métropolite Séraphin