publicat in Homélies et sermons pe 4 Juin 2021, 10:53
Le temps de l’Église, c’est l’Esprit cheminant dans le secret des cœurs, c’est la patience de Dieu qui mesure encore à l’humanité la manifestation de son amour pour que le feu de cet amour, lorsque sa présence se dévoilera toute, restaure au lieu de consumer. Dieu en effet « ne retarde pas l’accomplissement de sa promesse, mais il use de patience envers nous, ne voulant qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la pénitence » (2 Pi 3, 9).
Le sens de l’histoire, les Pères l’ont souvent rappelé, est donc la constitution du Plérôme de l’humanité déifiée. Telle est l’attente des martyrs et faut-il ajouter, celle de Dieu. Pour chacun de nous, le sens de l’histoire est dans notre choix pour ou contre le Christ, dans la profondeur de notre humilité qui nous ouvre au souffle de l’Esprit, dans la synergie de la grâce et de notre amour, synergie qui donne à notre sacerdoce royal sa puissance d’exorcisme, d’intercession, de transfiguration. Ainsi collaborons-nous à l’abolition définitive de la mort et à la transfiguration cosmique, car dit encore l’Apôtre « (notre) sainteté et (notre) piété » doivent nous permettre de « hâter la Parousie du Jour de Dieu » (2 Pi 3, 11). « Un autre Ange vint alors se placer sur l’autel, muni d’une pelle d’or. On lui donna beaucoup de parfums pour qu’il les offrît, avec les prières des saints, sur l’autel d’or placé devant le trône. Et, de la main de l’Ange, la fumée des parfums s’éleva devant Dieu, avec la prière des saints. Puis l’Ange saisit la pelle et l’emplit du feu de l’autel qu’il jeta sur la terre. Ce furent alors des tonnerres, des voix et des éclairs, et tout trembla » (Ap 8, 2-5). Ainsi les prières des saints, unies à la « diaconie » des anges, accélèrent l’embrasement apocalyptique dont nous savons qu’il est à la fois mort et résurrection.
Le temps de l’Église culmine donc à la prise de conscience par chaque personne humaine que la Fin est déjà présente, que l’histoire, en Christ, est dès maintenant consommée. Car Parousie signifie non seulement avènement mais attente, non seulement attente mais présence. Le temps de l’Église, pour reprendre l’expression de saint Séraphin, est celui de « l’acquisition du Saint-Esprit ».
Olivier Clément,
Transfigurer le temps - Notes sur le temps à la lumière de la tradition orthodoxe, Delachaux et Niestlé, 1959