Père Jean-Luc Duloisy

publicat in In memoriam pe 17 Juin 2020, 10:02

Le 20 août 2019 vers midi, un coup de téléphone nous annonça que Père Luc venait de mourir. Il était hospitalisé depuis deux jours, en grande détresse respiratoire et avait accepté avec soulagement d’être intubé et sédaté quelques jours. Ceci s’était déjà produit auparavant, nous étions confiants. Le plus jeune de nos trois enfants était rentré de ses vacances en Italie, j’ai eu la chance de l’avoir près de moi car ce fut un choc épouvantable.

Jean-Luc Duloisy est né en janvier 1943 dans une famille très croyante et très pratiquante. À l’âge de deux jours, baptisé à l’église d’Etival-Clairefontaine, il a assisté auparavant à la grand’messe malgré un froid glacial. Plus tard, au catéchisme, il était toujours premier et il devait songer bientôt à devenir prêtre. Il a été élève au petit séminaire d’Autrey jusqu’à la classe de philosophie mais, dès son service militaire, il a réalisé qu’il avait plutôt vocation à se marier et à avoir des enfants. Plusieurs années plus tard il connut sa future épouse à l’issue d’une messe en mémoire de Louis XVI, ils étaient en effet tous les deux de fervents monarchistes.

Vers la trentaine, il a perdu la foi... et l’a retrouvée dans l’Église orthodoxe. Pour lui il ne s’agit nullement d’un changement de religion, mais il a conscience de retrouver ses racines, celles de nos Pères dans la foi et de nos ancêtres pendant le premier millénaire.

Il approfondit ses connaissances, étudie sans cesse et prie beaucoup. Parallèlement, il est un bon mari et un père attentif et plein d’amour pour ses enfants. Toute la petite famille est devenue orthodoxe et a fréquenté la chapelle de la Sainte Rencontre près de Nancy. Bientôt il a été ordonné diacre et deux ans après prêtre pour cette paroisse qui existait depuis près de trente ans.

Il fut un liturge et un spirituel, ses catéchèses et ses homélies en témoignent. Pour la Semaine Sainte, il installait un lit de camp dans la salle de réunions, disait ainsi tous les offices et invitait les fidèles qui le souhaitaient à se joindre à lui. Chaque année, il organisait fin septembre un pèlerinage à Saint Michel (il y a près de Toul un « petit mont saint Michel et une chapelle).

Il participait aussi, tous les ans en mai avec des paroissiens, à un pèlerinage sur les pas de Sainte Jeanne d’Arc avec une marche de Domrémy à Vaucouleurs. De nombreux scouts dont nos trois enfants y prenaient part. Le Père Luc, à quatorze ans, a fondé une patrouille libre à Etival et il était encore chef de troupe juste avant son mariage. Il a transmis son amour du scoutisme à ses enfants.

Toute sa vie il a eu une grande dévotion pour saint Jean-Baptiste. Son second AVC lui a fait perdre la voix, plus question de célébration ni d’homélie, il l’a retrouvée six mois plus tard, le jour de la Saint Jean-Baptiste. Le 29 août. Il y a trois ans, après une grave opération, qui a eu lieu le Mercredi Saint, il a dû être endormi artificiellement et s’est réveillé le jour de Pâques !

Depuis plusieurs années, sa santé laissait à désirer et nous étions inquiets. Il ne pouvait plus célébrer seul la Liturgie car il lui était nécessaire de s’asseoir à plusieurs reprises au cours de celle-ci. On l’a opéré, entre autres, d’une carotide bouchée à quatre-vingts pour cent. Je ne l’ai jamais entendu se plaindre de ses douleurs, pourtant parfois très vives, ni de ses handicaps. Il a toujours envisagé la mort sereinement.

Du fait de sa santé, ses activités étaient devenues assez réduites, il a passé des heures chaque jour à publier sur l’ordinateur les textes liturgiques, des commentaires, et il était très apprécié et avait plus de mille amis qui le lisaient attentivement et lui posaient des questions sur l’Orthodoxie que certains découvraient et apprenaient à connaître grâce à lui.

Voici ce que j’ai fait paraître le 22 août dernier : « mon mari vient de naître au Ciel. Il va reposer à l’ombre de Saint Gauzelin, tout près du monastère dédié à Marie. Notre Dame du Mont veille sur lui. Il est près du cœur de Jésus qu’il a aimé par-dessus tout. Nous confions à cette terre de Bouxières le meilleur des maris, le meilleur des pères et un prêtre d’exception. 

Mémoire éternelle et que brille à jamais sur lui la Lumière ! »

Bernadette Duloisy