Le Jugement dans le Nouveau Testament

publicat in Parole de l'Évangile pe 15 Mai 2020, 07:02

Le Jugement dans les Évangiles synoptiques

« Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » (Mt. XXII, 14)

Le Jugement, le Jour de Dieu, occupent une place de premier ordre dans le Nouveau Testament. Qu’il s’agisse dans les quatre évangiles de l’enseignement et des paroles du Seigneur, des Actes des Apôtres, des épîtres des saints Apôtres Paul, Pierre, Jacques et Jean, ou de l’Apocalypse, le thème du Jugement est omniprésent dans l’Écriture de la Nouvelle Alliance. Il nous faudra donc évoquer successivement le Jugement dans les évangiles synoptiques, puis dans celui de saint Jean ainsi dans le Livre des Actes des Apôtres et dans les épîtres de saint Paul et des autres Apôtres et enfin dans l’Apocalypse, tant la matière est abondante.

La prédication du Précurseur

Il faut commencer par les évangiles synoptiques et en premier lieu par la prédication du Prophète et Précurseur, le Baptiste Jean, qui figure dans les évangiles de saint Matthieu, saint Marc et saint Luc. Le troisième chapitre de l’évangile de saint Matthieu s’ouvre sur l’impérieux appel du Baptiste au repentir : « Repentez-vous car le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt. III, 2b). Cet appel a une connotation nettement eschatologique, le Messie venant en ces temps qui sont les derniers. C’est le temps du Jugement qui s’annonce : « Engeance de vipères, qui vous a suggéré d’échapper à la Colère prochaine ? », « Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu » (Mt III, 7 à 10). Ces paroles du Précurseur, contre les Sadducéens et les Pharisiens venus vers lui, sont très dures, car il est ici question du Jugement messianique et eschatologique. Celui qui vient, le Messie, l’Oint du Seigneur, le Christ, « vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » et « Il tient en sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire ; il recueillera son blé dans le grenier ; quant aux bales [enveloppe du grain des céréales],il les consumera au feu qui ne s’éteint pas » (Mt. III, 11b-12).

La prédication du Baptiste Jean est centrée sur l’urgence du repentir car le Jugement est imminent : « Le Royaume des Cieux s’est approché ». En Mt. III, 11, l’expression ίσχυρότερος – plus fort que – nous renvoie à l’Esprit de force – πνεῡμα…ἰσχύος – (Isaïe XI, 2c, LXX) dont est investi le Roi-Messie sur qui repose l’Esprit du Seigneur (XI, 2a, LXX). Il est le Maître du Jugement, il vient nettoyer son aire, séparer les brebis des boucs, les élus des réprouvés. Sa sentence est sans retour et, quant aux bales dont il est question en Mt. III et en Lc. III, 17, elles sont promises au feu « qui ne s’éteint pas ». 

Pour échapper à la colère de Dieu il ne suffit pas d’être des fils d’Abraham selon la chair, d’appartenir au peuple choisi « car je vous dis que Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham » (Lc. III, 8). Encore faut-il produire de bons fruits de repentir, confesser ses péchés, être dans l’humilité du Publicain et non dans l’orgueil du Pharisien. Le Jugement concerne les hommes de toutes les générations et peut-être même, toute la Création car à la suite de la prévarication d’Adam, c’est toute la Création qui a été entrainée dans la chute.

Ce que nous enseigne le Seigneur

Semblablement au Précurseur, le Seigneur Jésus Christ, Verbe de Dieu fait homme, commence son ministère public par l’heureuse Annonce de l’Avènement du Royaume de Dieu, en sa personne. Dans la controverse avec les Pharisiens au sujet de la guérison d’un démoniaque, Jésus déclare : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc quele Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous » (Mt. XII, 28) et répondant à la question de ces mêmes Pharisiens sur le temps de la venue du Royaume, il dit : « Voici que le Royaume est au milieu de vous » (Lc. XVII, 21b).

Sa prédication commence en Galilée, « proclamant l’Évangile de Dieu et disant : ‘Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l’Évangile’ » (Mc I, 15). La venue du Messie, comme nous le savons, correspond aux temps qui sont les derniers, d’où l’urgence du repentir. Jésus proclame la Miséricorde de Dieu, mais nous allons voir qu’il enseigne aussi les exigences de sa Justice, car Dieu est inséparablement Justice et Miséricorde. Loué soit-Il, car Sa Miséricorde pèse plus lourd que Sa Justice ! Sans cela il n’y aurait pas âme qui vive sur la terre. Cependant, Jésus énonce avec force ce que commande la Justice divine, paroles qui ne le cède en rien aux exhortations vigoureuses du Précurseur : « Entrez par la porte étroite. Large, en effet, et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s’y engagent ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent » (Mt VII, 13-14).

Au seuil du Royaume s’opère une séparation comme nous l’avons vu. Pour bien mesurer la hauteur des exigences de la Justice divine, il suffit d’écouter attentivement la Parole du Seigneur dans l’Évangile. Écouter pour mettre en pratique avec son aide. Voyez plutôt : en Mt. V, 22, le Seigneur évoque la géhenne du feu en faisant référence à la vallée de Hinnom au sud de Jérusalem. C’était en ce temps-là une décharge publique où le feu brûlait sans discontinuer, les Juifs la voyaient comme un enfer, à cause de ce feu perpétuel. Parlant de la justice à propos de la colère contre son frère, le Seigneur déclare : « Quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement ; et celui qui dira à son frère : Raca, sera passible du Sanhédrin ; et celui qui lui dira : Fou, sera passible de la géhenne du feu ».

À propos des faux prophètes Jésus déclare : « Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. Vous les reconnaîtrez donc à leurs fruits » (Mt. VII, 19-20). Il est évident que la menace contenue dans cette sentence va bien au-delà des faux prophètes ici visés et concerne toutes les générations. Lors du récit de la guérison du serviteur d’un centurion, plein d’admiration pour les paroles de ce dernier, le Seigneur adresse ces paroles à ceux qui le suivaient : « Amen je vous le dis : chez personne en Israël je n’ai trouvé une si grande foi. C’est pourquoi je vous le dis : beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident, et prendront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le Royaume des cieux, tandis que les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : là où il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Mt. VIII, 10b-12). Celui qui refuse de pardonner à son frère est aussi semblable au serviteur impitoyable de la parabole et il sera jugé sévèrement : « Ne devrais-tu pas avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi ? Et son maître irrité le livra aux exécuteurs, jusqu’à ce qu’il eût remboursé toute sa dette. Ainsi vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur » (Mt. XVIII, 33-34).

Dans la parabole du festin de noces en Mt. XXII, 1-14 il est dit que celui qui s’introduit parmi les convives sans avoir revêtu le vêtement de noces sera jeté pieds et mains liés dans les ténèbres extérieures. D’où la nécessaire vigilance, « Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus ! » (Verset 14). Le mauvais riche, au séjour des morts, est « en proie aux tourments », alors que Lazare est dans le sein d’Abraham et un abîme infranchissable les séparent à tout jamais (Lc. XVI, 19-31, en particulier le verset 26). Lorsque les cinq vierges folles de retour vers la salle des noces trouvent porte close, l’Époux étant arrivé, dirent : « Seigneur, Seigneur ouvre-nous ! Mais il leur répondit : Amen, amen, je vous le dis : je ne vous connais pas ! » (Mt. XXV, 11b-12). Ou encore dans la scène du Jugement dernier en Mt. XXV, le Christ adresse cette dure parole à ceux qui seront placés à sa gauche : « Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et ses anges » (v. 41b).

Le Jugement s’impose aux hommes comme une réalité incontournable, bien que le temps de notre vie terrestre c’est le temps de la patience, de la longanimité de Dieu, le temps de la miséricorde, mais le repentir est et reste au cœur de la vie de ceux qui sont au Christ : « Non, je vous le dis, mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous de même » (Lc. XIII, 5). C’est pour cette raison et parce qu’il veut que tous soient sauvés, que le Seigneur ne cesse d’avertir, d’exhorter, d’appeler à la vigilance. « Craignez celui qui peut faire périr corps et âme dans la géhenne » (Mt. X, 28 et Lc XII, 4). Pour éviter les rigueurs du jugement tout doit être fait : « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi, mieux vaut pour toi qu’un seul de tes membres périsse, plutôt que ton corps tout entier ne soit jeté dans la géhenne » (Mt. V, 29). Car il en sera du « Jour où le Fils de l’homme se révélera » comme du temps de Noé entrant dans l’Arche ou de Lot sortant de Sodome (Lc. XVII, 26-30).

Les différents aspects du Jugement de Dieu

Selon l’enseignement du Seigneur, le jugement doit être considéré sous plusieurs aspects, car il est inséparablement communautaire et personnel. C’est d’abord une œuvre depurification. Le Maître du Jugement fait un tri, il sépare et le verbe grec κρίνειν, signifie séparer, distinguer, juger, peser, estimer, tandis que κρίμα, c’est le jugement, la sentence. Trier c’est éliminer et c’est garder. La parabole du bon grain et de l’ivraie et celle du filet que nous trouvons dans l’évangile de saint Matthieu l’attestent. « Comme on cueille l’ivraie et qu’on la brûle dans le feu ; ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son royaume tous les fauteurs de scandales, et ceux qui commettent l’iniquité, et ils les jetteront dans la fournaise ardente… » (Mt. XIII, 40-42). De même la parabole du filet compare le Royaume des cieux à un filet jeté dans la mer et qui prend toutes sortes de poissons qui sont ensuite triés par les pêcheurs « de même à la fin des temps les anges viendront et sépareront les méchants d’avec les justes et ils les jetteront dans la fournaise ardente ; là seront les pleurs et les grincements de dents » (Mt. XIII, 49).

Aux assises du Jugement dernier, en Mt XXV : « Lors donc que le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui toutes les nations seront rassemblées συναχθήσονται il séparera αφορίσει les uns d’avec les autres comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs et il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche » (versets 31 et 32). De même dans la parabole des noces royales où le roi apercevant un convive sans les habits de noce, s’adresse à lui et lui dit : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir l’habit de noces ? […] Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui pieds et mains et jetez-le dans les ténèbres du dehors… » (Mt. XXII, 11-13).

Le Jugement dernier et le Jour de Dieu

Le Jugement dernier est une réalité eschatologique qui arrivera à la consommation des siècles et qui verra la défaite définitive des puissances hostiles à Dieu, celle de Satan et de ses légions. Ce sera le dénouement d’un drame qui a commencé avec la révolte de l’ange déchu, celui qui a la haine de Dieu et qui veut perdre toutes les âmes humaines, celui qui est perpétuellement en guerre contre le Christ. Les évangiles synoptiques rendent compte à de nombreuses reprises de ce conflit entre le Christ et les puissances infernales. Le récit de la tentation au désert après le baptême du Seigneur au Jourdain juste avant le début du ministère public, en témoigne (Mt. IV, 1-11 ; Mc. I, 12-13 ; Lc. IV, 1-13). Dans la parabole du Semeur qui s’empare de ce qui est semé si ce n’est le Malin : « Quelqu’un entend-il la Parole du Royaume sans le comprendre, arrive le Malin qui s’empare de ce qui a été semé dans le cœur de cet homme… » (Mt. XIII, 19 ; voir aussi Lc. 8, 12 ; Mc. IV, 15).

Il y a d’autres récits évangéliques dans lesquels nous voyons face à face le Christ et l’Ennemi, Satan, comme lorsque le Seigneur enseigne à la synagogue de Capharnaüm et guérit un démoniaque. L’esprit impur, le satan, refuse de quitter cet homme et s’écrit : « Que nous veux-tu Jésus le Nazarénien ? Es-tu venu pour nous perdre ? » [En Mt. VIII, 29 : Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ?] Le démon ajoute cette parole qui peut nous surprendre : « Je sais que tu es le Saint de Dieu » (Lc. IV, 34). Le diable sait qui est Dieu, mais il n’a pas foi en lui. Il est animé d’une haine viscérale contre le Christ et contre les hommes. C’est pourquoi il finit par détruire même ceux qui le servent fidèlement. Dans le récit de la guérison d’un démoniaque du pays des Gadaréniens, les démons supplient le Christ « de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme » (Lc. VIII, 31).

Le Jugement qui concerne toutes les générations humaines sans aucune exception, consacre la défaite de l’Ennemi et la victoire de Dieu sur toutes les puissances ténébreuses. C’est le Jour du « Dieu Fort ». Dieu est patient, son temps n’est pas le nôtre, mais à l’heure venue Sa force se manifestera avec éclat et le monde sera purifié de ses adversaires. Ce monde sera définitivement vaincu, alors : « De même qu’on enlève l’ivraie et qu’on la consume au feu, de même en sera-t-il de la fin du monde : le Fils de l’homme enverra ses anges, qui ramasseront de son Royaume tous les scandales et tous les fauteurs d’iniquité, et les jetteront dans la fournaise ardente […] Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père. Entende qui a des oreilles ! » (Mt. XIII, 40-43).

Ce Jour de Dieu, Jour eschatologique est donc un Jour de victoire, un Jour de Jugement, Jour du second Avènement où le Christ vient sur les nuées du ciel, avec puissance et gloire. Le monde finissant sera ébranlé par la Majesté divine, comme d’ailleurs les puissances des cieux, « et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine ; et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire » (Mt. XXIV, 30). Ce Jour de Dieu est décrit dans l’Évangile comme la Manifestation glorieuse du Fils de l’homme, crucifié au Golgotha, vainqueur de la mort au matin de Pâques, et c’est dans ce cadre que se tiendront les assises du Jugement dernier.

Le Jugement de chaque personne

Si le Jugement concerne les hommes de tous les temps, depuis le commencement du monde, nous sommes mis en présence, au moyen des versets déjà cités, de la vision grandiose du Fils de l’homme qui vient dans sa gloire avec tous ses anges. Alors le Christ siègera sur un trône entouré des douze Apôtres et les douze tribus d’Israël et les nations seront assemblées devant lui. Les livres seront ouverts et chacun sera rétribué selon ses œuvres, lesquelles expriment concrètement sa foi et son appartenance au Christ. « Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres » (Mt. XVI, 27). Le souverain Juge, le Christ, a prévenu : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux ; mais celui qui m’aura renié devant les hommes, à mon tour je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux » (Mt. X, 32-33).

Devant ce trône de gloire, non seulement chacun comparait avec le poids de ses œuvres, mais il a déjà prononcé la sentence sur lui-même si elles sont mauvaises. Le souverain Juge est présent mais, selon certaines scènes évangéliques se rapportant au Jugement, il peut y avoir aussi d’autres accusateurs qui témoignent contre cette génération mauvaise et adultère « Car tout comme Jonas devint un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l’homme en sera un pour cette génération. La reine du Midi se lèvera lors du jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon ! Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas ! » (Lc. XI, 31-32).

Conclusion (toute provisoire)

Il est évident que nous sommes loin, dans les limites de cet article, d’avoir identifié tous les versets des évangiles synoptiques qui se rapportent au Jugement. Mais il nous faudra aller plus avant dans les paroles du Seigneur qui expriment son enseignement sur le Jugement dernier. Quelle est sa pédagogie ? Pourquoi a-t-il recours à ces expressions, ces images, ces paraboles bien connues de ses disciples et de tous ceux qui l’écoutent, pour appeler à la vigilance vu l’imminence du Jugement ? Cependant, il convient de ne pas avoir une compréhension strictement juridique du Jugement, et nous verrons pourquoi.  Terminons avec cette parole de saint Isaac le Syrien, extraite de son 34e Discours ascétique : « Frère, je te recommande ceci : "Qu’en toi le poids de la compassion fasse pencher la balance jusqu’à ce que tu sentes dans ton cœur la compassion même que Dieu a pour le monde" ».

P. Gérard Reynaud