Le dimanche du pardon

publicat in Parole du métropolite Séraphin pe 1 Mars 2020, 12:22

Ce dimanche est appelé dans le calendrier orthodoxe « le Dimanche de l’expulsion d’Adam hors du paradis », ou bien « le Dimanche du pardon ». En ce moment, au début du Grand Carême, nous nous souvenons des premiers hommes, Adam et Ève, qui ont été chassés du paradis pour avoir désobéi au commandement de Dieu qui leur avait dit de ne pas manger de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (Livre de la Genèse, chapitre 3).

Tentés par la beauté de cet arbre, qui « était bon à manger et agréable à la vue, et précieux (…) » (verset 6), et trompés par le diable qui leur a fait croire qu’ils ne mourraient pas s’ils y goûtaient, comme Dieu leur avait dit, les premiers hommes ont mangé du fruit de l’arbre défendu. À ce moment-là, Adam et Ève ont connu par leur propre expérience le bien et le mal, à savoir ils se sont rendu compte tout de suite du bien et du bonheur qu’ils avaient avant, et du mal qu’ils venaient d’acquérir. Ils se sont vus tout à coup nus, et ayant honte de ce qu’ils avaient fait, se sont cachés derrière les autres arbres du paradis. Au lieu de reconnaître leur péché et de demander pardon, ils ont rejeté la faute l’un sur l’autre, sur le serpent qui les a tentés et même sur Dieu. À la question de Dieu : « Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ? », Adam répond : « La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé » (v. 12). En d’autres termes : c’est toi le coupable, Seigneur, car tu m’as donné une femme qui m’a tenté. Ève, à son tour, répond à Dieu en disant : ce n’est pas moi, mais « le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé » (v. 13). Le fait de ne pas reconnaître son propre péché et de le rejeter sur les autres, et même sur Dieu, est quelque chose que nous héritons tous de nos proto-parents, Adam et Ève ! Si Adam et Ève avaient demandé pardon pour leur péché, Dieu leur aurait pardonné, et leur sort et ceux de leur progéniture, jusqu’à la fin du monde, aurait été tout autre. À cause du manque de repentir, Dieu les chassa du paradis, mais leur promit un rédempteur, qui allait écraser la tête du serpent (v. 15). Celui-ci est notre Sauveur Jésus Christ Qui par Sa Passion volontaire, par Sa Mort et Sa Résurrection, a détruit la puissance du diable et a tiré de l’enfer Adam et Ève et toute leur progéniture endormie dans la foi. Il est important de retenir qu’après la chute des premiers hommes, Dieu a maudit le diable qui les a tentés, mais n’a pas maudit les hommes qui avaient péché. Dieu ne maudit jamais les hommes, mais les bénit et attend le repentir de chacun jusqu’à la mort !

L’histoire des premiers hommes est aussi l’histoire de chacun d’entre nous. Nous héritons tous de nos proto-parents Adam et Ève, avec leurs côtés positifs, mais aussi négatifs. Tout comme le premier homme a été créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu » , nous aussi nous portons dans notre être intérieur et le plus intime l’image et la ressemblance de Dieu, c’est-à-dire Dieu Lui-même. C’est pourquoi l’homme tend naturellement vers Dieu, son Prototype, et n’a pas de repos jusqu’à ce qu’il le trouve. « Mon âme n’a pas de repos jusqu’à ce qu’elle repose en Toi, Seigneur », a dit le Bienheureux Augustin. Seul l’homme qui a déformé complètement sa nature par le péché arrête de chercher Dieu, transgresse ses commandements, ne prie pas et vit dans l’indifférence comme « quelqu’un qui n’a pas de Dieu ». Ce sont les plus malheureux des hommes !

Mais le penchant pour le péché, pour la désobéissance à Dieu, l’avidité et vers toute mauvaise action que nous faisons dans la vie, c’est aussi l’héritage des premiers hommes et de leur progéniture. Chaque homme est une synthèse de toute l’humanité, d’Adam jusqu’aux parents qui l’ont engendré. Nous héritons donc de tous, mais surtout de nos grands-parents et de nos parents, pour le meilleur et pour le pire. Les enfants sont l’icône des parents ! Et pourtant les mauvais penchants hérités ne sont pas une fatalité. Si nous avons la foi, nous les combattons et petit à petit, avec l’aide de Dieu, nous arrivons à les vaincre. C’est ainsi que le mal dont nous avons hérité se transforme en bien et Dieu récompense notre lutte par la paix et la joie du cœur, et à la fin par le bonheur éternel. La vie a toujours un sens positif, que nous ne devons pas oublier même dans les épreuves les plus terribles que nous traversons. Avec une foi inébranlable, une prière sincère et avec l’aide de Dieu, tout mal peut se transformer en bien. Si nous portons toujours Dieu dans notre âme, rien ne peut nous faire de mal ! Mais sans Dieu, nous sommes très vulnérables ; le péché et ses conséquences vont tourmenter sans cesse notre âme et notre corps. Il n’y a pas d’issue en dehors de Dieu.

Maintenant, au début du Grand Carême, en méditant  sur la vie des premiers hommes chassés du paradis, prenons dans notre cœur la décision de ne plus suivre leur exemple de désobéissance, mais au contraire, restons obéissants envers les commandements de Dieu, qui nous sont donnés pour nous préserver de ce qui nuit à l’âme et au corps. Dieu nous demande surtout de nous aimer les uns les autres, parce que seulement l’amour apporte la paix et la joie dans l’âme. Nous ne pouvons pas avoir la santé et le bonheur si nous ne nous aimons pas les uns les autres, si  nous n’aimons pas tout le monde, y compris nos ennemis. L’amour pur qui vient de Dieu, par l’obéissance à Lui, est le remède qui guérit notre âme et notre corps de toute infirmité. Dans ce Carême, chacun est appelé à la sobriété, dans la mesure du possible, en s’abstenant de manger et de boire mais aussi en renonçant aux plaisirs de ce monde et surtout au péché. En même temps, Dieu nous appelle à soulager notre conscience par le Sacrement de la Confession, à intensifier notre prière et à faire tout le bien possible à nos semblables qui se trouvent dans le besoin. Seulement par le jeûne et les bonnes actions notre âme se remplit de paix et de joie, comme récompense de nos labeurs. 

Demandons pardon les uns aux autres aujourd’hui, pour que notre carême soit agréable à Dieu. Et je suis le premier à vous demander pardon, moi votre Père spirituel ! 

Que le bon Dieu nous pardonne à tous et nous aide à porter la croix de Son Fils dans ce Carême et tous les jours de notre vie, pour que nous puissions nous réjouir de Sa Résurrection ! 

†  Le Métropolite Séraphin