publicat in Hymnographie et philocalie pe 9 Janvier 2020, 05:00
Saint Nicolas de Jitcha, Prières sur le lac, Éd. L’Âge d’homme
Traduit du serbe par Zorica Terzič
Dans mon cœur je descends profondément pour voir qui y habite hormis moi et Toi, Dieu Éternel !
Et je trouve avec crainte des étrangers sans nombre, qui se disputent le partage de mon cœur. J’en trouve autant dans mon cœur que le temps ne contient d’âmes humaines et non humaines depuis Adam.
Puis je comprends pourquoi mon cœur est affaibli et ne peut recevoir ni Toi ni moi dans ses demeures, mais nous repousse, nous les propriétaires, aux confins de nos terres.
Avant que je ne sorte du sein de ma mère, le monde avec ses désirs s’est logé en moi.
Chaque flatterie du monde, cher très cher, je l’ai payée, mettant sans cesse de côté et offrant un bout de mon cœur, jusqu’à ce que je remette au monde mon cœur tout entier et que les flatteries me deviennent insipides.
Les vieillards se plaignent à moi, en raison de leur âge : « À cause des nombreuses années, notre cœur a vieilli ! »
En vérité, vieillards, votre cœur n’a pas vieilli à cause des années nombreuses, mais à cause des désirs nombreux.
Et dans la solitude je conseille à mon cœur : soustrais-toi au jour d’hier, car lui s’est déjà soustrait à toi. Tous ces objets, auxquels ton désir te liait hier, aujourd’hui n’existent pas : les uns ont changé, la maladie en a défiguré d’autres, d’autres encore sont morts. N’existent pas, non plus, les objets de tes désirs de demain : avec son fouet, le temps fouette son troupeau, qui sue et perd du sang à cause des coups. Quant aux objets du jour d’aujourd’hui, ils jettent en toi, débordant déjà d’ombres de cadavres, de nouveaux désirs qui, demain, seront aussi des ombres de cadavres.
Ne ressasse pas les sentiments passés, car ils t’attacheront au pilier du temps autant de fois que tu les répéteras, ô mon cœur. Et tu seras l’esclave du temps, et tu vieilliras et tu mourras avant la mort.
Arrache au plus vite les nœuds de la passion, qui se sont noués des désirs et des sentiments associés et souvent répétés. Il est plus facile d’arracher un à un les fils des désirs et des sentiments que les nœuds forts de la passion. Mais tu dois arracher ces derniers aussi, quitte à répandre du sang, si tu veux une nouvelle enfance et une nouvelle jeunesse, plus belle et plus éternelle que ta précédente jeunesse.
Chasse le monde en dehors de toi, ô mon cœur, et vois comme il est impuissant. Et observe-toi alors, et tu sentiras une force inattendue. Le monde nous semble puissant, mais seulement tant que nous sommes ses esclaves.
Et tu seras étendu comme l’éternité, et l’éternité demeurera en toi.
Dieu, Trinité une, dont le cœur n’a pas été envahi par la ténèbre et qui est libre du monde, purifie mon cœur des hôtes indésirables qui ont barbouillé mon cœur de ténèbres. Que mon cœur soit lumineux, et que la ténèbre en vain gravite autour sans pouvoir l’envahir !
Que mon cœur soit le cœur d’un fils et d’un maître et non celui d’un serviteur et d’un voleur.
Donne-moi le cœur de Jésus-Christ, autour duquel la ténèbre piétine en vain pour y entrer sans pouvoir y entrer.
Ô Reine de la beauté céleste, ceins mon cœur d’une protection maternelle.
Ô Esprit saint et tout-puissant, féconde mon cœur de l’amour céleste. Que tout ce qui y naîtra et croîtra ne soit de chair et de sang, mais de Toi, ô Esprit Saint, mon Seigneur !