La lumière du Consolateur est venue et a illuminé le monde

publicat in L’évangile au Monastère pe 20 Juin 2019, 21:46

Aussi longtemps que je m’en souvienne, la Fête de la Descente du Saint-Esprit est pour moi la fête la plus belle, la plus grande et la plus joyeuse. Qu’on l’appelle Rusalii [nom de cette fête en roumain]Pentecôte, ou le Grand Dimanche, j’ai compris que c’était le jour de la naissance de l’Église et que nous pouvons nous souhaiter réciproquement « Beaucoup d’années en Christ avec la santé ». Et c’est pourquoi probablement elle est si importante. Pourtant, il y avait aussi quelque chose qui apportait encore plus de joie céleste, et que pendant longtemps je n’ai pas pu déceler. Plus tard, j’ai compris que c’était l’état bienfaisant de l’Esprit Consolateur et Donateur de Vie.

La Pentecôte est une fête qui existait dès l’Ancien Testament. On célébrait alors la plénitude du nombre sept et on faisait mémoire des souffrances du peuple hébreu dans le désert, avant d’arriver en terre promise. Dans le Nouveau Testament, à la Pentecôte nous célébrons la naissance à une nouvelle vie, la sortie de la terre des iniquités et notre adoption par le Père, dans le Fils, par le Saint Esprit.

L’office qui décrit la fête est composé d’hymnes d’une profonde signification théologique. Ultérieurement, certaines ont été reprises du Pentecostaire de ce jour et disséminées dans les offices de toute l’année. Je fais référence tout particulièrement à certaines de ces hymnes : le tropaire de la fête, ton 8, « Tu es béni ô Christ, notre Dieu … », qui est devenu le « Tropaire de l’Orthodoxie » et est chanté pendant toutes les Liturgies pontificales au moment de l’encensement, après la Petite Entrée. Puis, le dernier stichère des Apostiches (qui est répété encore deux fois dans le cadre des Matines) sur le ton 6 « Roi céleste …», est devenu la prière fondamentale de toutes les Laudes et les hiérurgies de l’Église. Ensuite, l’ikos de la fête, placé au centre du canon des Matines, après la 5e ode, a été repris comme tropaire à Tierce dans la période du Grand Carême. Et, chose non moins importante, nous avons le cinquième stichère des Grandes Vêpres du ton 2 « Nous avons vu la vraie lumière …», qui a été placé dans le cadre de la Divine Liturgie, aussitôt après la communion des fidèles. Bien que de nos jours on observe une uniformisation et souvent même un éloignement par rapport au mélos d’origine, il est utile de connaître les principes généraux qui sont à la base du choix d’un ton en faveur d’un autre dans le cadre des offices. Prenons comme exemple le stichère dont nous parlons. Au stade d’« idiomèle » (avec une mélodie à part) dans le cadre des grandes Vêpres de la Pentecôte, on le chante sur le ton 2. Les spécialistes l’appellent le ton « royal », parce qu’il est chanté surtout aux fêtes royales, aussi bien pour les stichères (comme pour Noël et Épiphanie), que dans le cadre de la Divine Liturgie, aux Antiennes des fêtes (« Par les prières…»). De ce stichère, placé à la fin de la Liturgie, on en a gardé seulement le texte, en changeant le ton chromatique doux pour un ton diatonique 8. De cette façon, presque personne ne pouvait plus identifier l’origine de ce stichère. Mais il existe encore des endroits qui gardent des sonorités archétypales.

La présence du Très Saint Esprit est toujours mise en rapport avec toute l’œuvre de la Trinité. Le « Gloire… » des Vêpres met très bien en lumière cette vérité. L’empereur Léon VI, appelé aussi “le Sage’ (+912) a composé une icône sonore de l’œuvre de la Sainte Trinité : « Venez, peuples, adorons la Divinité en trois Personnes : le Fils dans le Père, avec le Saint Esprit. Car le Père a engendré avant les siècles le Fils, coéternel et siégeant avec Lui sur le trône ; et le Saint Esprit était glorifié dans le Père avec le Fils : une Puissance, un Être, une Divinité, à Qui nous disons en l’adorant : Saint Dieu, Celui Qui a tout fait par le Fils, avec la synergie du Saint Esprit ; Saint fort, par Qui nous avons connu le Père et par Qui l’Esprit Saint est venu dans le monde ; Saint immortel, Esprit Consolateur, Celui qui procède du Père et repose dans le Fils, Trinité sainte, gloire à Toi! »1 Dans la partie finale du stichère, que nous avons soulignée, nous rencontrons aussi une exégèse du Trisagion. Nous voyons que ce « Dieu » est le Père Tout-puissant, le Pantocrator « fort », est le Fils par qui tout a été fait, et l’« immortel » est le Saint Esprit qui est aussi Consolateur, donateur de vie et sanctificateur.

L’œuvre de sainteté dans l’Église, par la présence de la troisième Personne de la Sainte Trinité, est très étendue. Nous le voyons dans l’Écriture Sainte, dans la Sainte Tradition, mais aussi dans l’hymnographie. Dans l’Évangile de Jean, nous en avons un témoignage : « Le Consolateur, le Saint Esprit que le Père enverra en Mon nom, vous apprendra tout et vous rappellera tout ce que Je vous ai dit. » (14, 26). Et encore : « Et quand viendra le Consolateur que Je vous enverrai, l’Esprit de Vérité, qui procède du Père ; Il me portera témoignage » (15, 26). Dans les Actes des Apôtres, nous voyons également que « vous serez baptisés avec le Saint Esprit, dans peu de jours » (Act, 1, 5), et qu’au Jour de la Pentecôte « tous ont été remplis du Saint Esprit et ont commencé à parler dans d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de parler » (Act 2, 4). En se basant sur l’Écriture Sainte, les saints hymnographes ont décrit également l’œuvre de l’Esprit Saint. En voici un résumé, dans le troisième stichère de Vêpres : « L’Esprit Saint donne tout : Il fait surgir des prophéties, Il sanctifie les prêtres, Il a enseigné la sagesse aux gens simples, Il a fait des pêcheurs, des théologiens ; Il accomplit toute chose bonne dans l’Église ». Dans le typicon de la grande bénédiction des eaux, à l’Épiphanie, Saint Sophrone de Jérusalem (+11 mars 638) vient parfaire l’image de la Personne du Saint Esprit ; il dit qu’Il est « L’Esprit de sagesse, l’Esprit de l’intelligence, l’Esprit de la crainte de Dieu, l’Esprit du Christ ». En d’autres termes, Il n’est pas seulement Celui qui agit, mais Il est Lui-même la Sagesse, la Paix et la Puissance.

Dans la partie centrale de l’office de Matines, qui comprend les canons, les deux grands hymnographes du VIIIe siècle, Saint Jean Damascène et son frère adoptif, Saint Côme le Mélode, ont mis en paroles merveilleuses le plus possible de ce qui est « insaisissable par l’esprit ». Le premier canon est celui de Saint Côme. Dans sa riche activité hymnographique, l’évêque de Maïouma a utilisé tous les tons pour les canons des fêtes royales. Pour la fête de la Pentecôte, il a utilisé le plagal du ton 3 ou ton 8, qui est un ton lourd (varis), imitant ainsi ce son qui est venu du Ciel sur les Saints Apôtres (Act 2, 2)2. Et Saint Jean Damascène, appelé aussi Jean Arcla, a écrit le deuxième canon de la fête sur le ton 4, branche léguétos.

Entre toutes les fêtes, c’est la Pentecôte qui a les offices les plus amples. La Liturgie de Saint Jean Chrysostome, du jour de la fête, est unie aux Vêpres. Il y a d’autres cas semblables durant l’année liturgique ; voir par exemple la Fête de l’Annonciation. Mais les Vêpres du Grand Dimanche sont tout à fait spéciales. Cet office a la même structure que les vêpres de la semaine, à quoi on ajoute la lecture des sept prières intercalées de petites litanies, toutes en rapport avec la Descente du Saint Esprit. Celles-ci invoquent l’aide de la Sainte Trinité, en rappelant les sept dons du Saint Esprit Qui est descendu le jour de la Pentecôte. Même si nous savons que le jour du Dimanche est le jour de la Résurrection par excellence, et que pour sa grandeur nous ne nous mettons pas à genoux, c’est grâce au fait que ces sept prières sont lues à genoux que cet office a reçu le nom de « Vêpres de l’agenouillement ». De même, il y a des demandes pour ceux qui se sont endormis dans le Seigneur. En analysant la similitude avec l’office de la Bénédiction des Eaux à la Fête du Baptême du Seigneur, les chercheurs considèrent que l’auteur de ces prières est également Saint Sophrone, le Patriarche de Jérusalem.

Je pense que parmi toutes les fêtes royales, celle-ci est la seule qui, par son hymnographie, accomplit le cycle octoèque de l’Église. Ou en d’autres termes, c’est la fête qui a des hymnes chantées sur tous les huit tons, avec ou sans leurs sous-branches. Et c’est un signe de la plénitude, allant aussi de pair avec l’événement de la Descente du Saint Esprit Qui « emplit tout ».

Les saints sont une autre preuve de l’œuvre du Saint Esprit dans les hommes. Qu’il sanctifie leur corps, qui par la suite devient de saintes reliques, ou seulement leur âme, ils deviennent porteurs du Saint Esprit, pneumatophores, et peuvent intercéder pour nous devant le Trône de Dieu. Le Saint Esprit est toujours présent dans l’Église, celle qui combat et celle qui triomphe, jusqu’à la fin des siècles. Comme prolongement de la fête de la Pentecôte, le dimanche qui suit est consacré à Tous les saints en qui a œuvré le Donateur de vie. Et c’est dans cette dynamique que se clôt la période du Pentecostaire de cette année ecclésiale.

Comme nous l’apprend l’Église, disons encore et encore : Viens, Donateur de vie, Consolateur … et purifie-nous … et sauve nos âmes. Et nous verrons des résultats extraordinaires.

Moniale Timothée,
Monastère « Sainte Parascève » de Vilaller (Espagne)

Notes :

1. Pentecostaire, Duminica Cincizecimii [Le Dimanche de la Pentecôte], ed. IBMBOR, Bucarest, 1999, pp. 314-315
2. http://www.anastasis.org.uk/kosmas.htm