La période du Pentecostaire ou le temps de la joie après l’ascèse

publicat in Parole du métropolite Séraphin pe 1 Mai 2019, 16:19

Dans leur sagesse insufflée par le Saint Esprit, les Pères de l’Église ont établi que l’année ecclésiale soit divisée, du point de vue du contenu des offices des sept Laudes (Vêpres, Petites Complies, Complies, l’Office de minuit, Matines avec les Heures – Prime, Tierce, Sexte et None), en trois Périodes : celle de l’Octoèque, allant du Dimanche de Tous les Saints jusqu’au Dimanche du Pharisien et du Publicain (35 semaines) ; du Triode, de ce Dimanche jusqu’au Dimanche de la Résurrection (10 semaines) ; et du Pentecostaire, du Dimanche de la Résurrection jusqu’au Dimanche de Tous les Saints (7 semaines). Comme on peut le voir, ces Périodes sont déterminées par les deux grandes Fêtes, la Résurrection du Seigneur et la Descente du Saint Esprit qui leur impriment un caractère spécifique : en comparaison avec la période de l’Octoèque, la période du Triode se caractérise par un esprit de profond repentir et d’ascèse, et la période du Pentecostaire par un esprit de joie. Pourquoi les Pères ont-ils établi ces Périodes d’après les deux grandes Fêtes ? Parce que la Résurrection du Seigneur, par laquelle Il a vaincu la mort et a apporté au monde la joie du salut, est la pierre d’assise de la foi chrétienne et le cœur de la prédication des Apôtres et de leurs successeurs, évêques et prêtres, et la Descente du Saint Esprit fonde l’Église et actualise en elle continuellement, à travers les Saints Sacrements et les autres offices, l’œuvre du salut en chaque génération et en chaque fidèle.

Le Saint Esprit est celui qui œuvre tout en tous et en tout ! En tant que Donateur de Vie et Trésor des biens (de la grâce), Il guide le monde sur des chemins insoupçonnés, souvent à travers des souffrances et des épreuves, vers le salut. Son œuvre dans les hommes et dans le monde est si grande et si importante que les Pères de l’Église disent que « tout est grâce ». En ce sens, le Saint Apôtre Paul dit : « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. » (Éphésiens 2, 8). Et c’est toujours lui qui dit : « car c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. » (Philippiens 2, 13). Mais les mêmes Pères nous exhortent sans arrêt : « donne ton sang pour recevoir la grâce », paroles insufflées par l’Épître aux Hébreux : « Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang, en luttant contre le péché » (12, 4). 

La vie chrétienne est donc mystérieusement tissée par ces deux réalités paradoxales : « tout est grâce » et « donne ton sang pour recevoir la grâce » ! Si nous ne prenons pas conscience du fait que tout est grâce, nous allons croire que ce que nous réalisons dans notre vie quotidienne est le résultat de notre travail et que ce qui nous arrive, dans notre famille et dans le monde, est dû à la chance ou au hasard. Pour nous, les chrétiens, cependant, il n’y a pas de chance, ni de hasard ! « Rien n’est un hasard, tout advient par la Providence », répétait tout le temps le Père Constantin Galeriu. « Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés » (Matthieu 10, 30). Et « sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 5). La conviction inébranlable que tout est grâce, que par conséquent tout arrive par la volonté ou l’indulgence de Dieu, pour notre bien, nous donne le courage et la force pour porter la croix de nos afflictions et de nos épreuves, que nous devons supporter chaque jour. En ce sens, le Saint Apôtre Paul nous assure : « que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Romains 8, 28). De même, la conviction que tout est grâce accroît en nous l’humilité, vertu fondamentale du chrétien, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu et même aux hommes.

D’autre part, nous devons avoir toujours en vue le fait que la grâce que nous recevons continuellement de Dieu est exigeante et prétend que nous soyons ouvriers avec Lui. « Car nous sommes ouvriers avec Dieu » (I Corinthiens 3, 9). Dieu n’œuvre jamais sans notre volonté et sans notre participation. Sinon, il transgresserait notre liberté. Dieu a planté dans notre nature cette tension vers la communion avec Lui et avec nos semblables ; et aussi, la tension vers l’œuvre du bien. Simplement, le péché pervertit en tous cette tension et la dirige vers l’autonomie par rapport à Dieu et par rapport à nos semblables. C’est l’égoïsme, le retranchement en soi-même et la recherche de son propre plaisir, au grand dam de nos semblables que nous ne percevons plus comme des membres de notre propre corps, mais comme une proie à ravir. Au fond, notre combat contre le péché est un combat contre l’égoïsme, le renoncement à sa propre volonté et l’obéissance à Dieu, qui nous parle par la voix de notre conscience, des Écritures, des événements de notre vie et de la vie du monde, et surtout par la voix d’un père spirituel expérimenté. Le combat contre l’égoïsme n’est pas facile, parce que le péché est profondément enraciné dans notre nature. «Je me suis fait une idole de moi-même», dit-on dans le Canon de Saint André de Crète. Pour démolir les idoles en nous, nous devons combattre, en vérité, jusqu’au sang. Mais dans ce combat nous ne sommes pas seuls. La grâce de Dieu est toujours avec nous. Elle nous soutient. Elle nous relève à chaque chute. Elle nous donne la force et le courage pour combattre jusqu’au bout. Et c’est elle aussi, et seulement, qui finit par triompher du péché en nous.

Après les sept semaines de prière et d’ascèse durant le Grand Carême, voici maintenant que nous nous réjouissons de la victoire de notre Seigneur qui est aussi notre victoire. Si nous avons vécu l’ascèse durant la période du Triode afin de nous soulager du fardeau du péché, voici maintenant que nous récoltons les fruits de notre combat.

† Le Métropolite Séraphin