publicat in Canonica pe 11 Avril 2019, 16:53
« Que nul ne se lamente sur ses fautes, car le pardon s’est levé du tombeau. »
(Saint Jean Chrysostome, Homélie pour le saint et grand jour de Pâques)
La Résurrection du Seigneur est un repère pour toute notre vie ecclésiale. Le chrétien est fils de la Résurrection (I Cor. 15, 20), né pour l’Éternité comme personne épanouie par la communion avec Dieu. Ceux qui sont devenus chrétiens ont la force de se défaire de la vie ancienne, étant « morts au péché, mais vivants pour Dieu, en Christ Jésus, notre Seigneur » (Romains 6, 1), marqués par la crucifixion avec le Christ et par la présence du Fils de Dieu dans l’Homme Nouveau (Gal. 2, 20).
Tous les rites de l’Église ont pour vocation d’exprimer cette perspective d’une manière perceptible par des gestes et des postures. Il y a un temps pour assumer la mort du péché par le repentir, l’agenouillement et l’ascèse, et un autre temps pour révéler la participation à la Joie de la Résurrection, par la Communion aux choses d’en haut. Ainsi, pendant le Grand Carême nous vivons le premier état, en préparant le temps de la joie de la Résurrection, où à partir de la Fête de Pâques et jusqu’à la Descente du Saint Esprit, nous ne faisons plus de gestes de repentir pénitentiel : nous ne nous mettons pas à genoux, nous ne faisons pas de grandes prosternations, et à la place de l’expression liturgique du repentir « Seigneur, purifie-moi pécheur », nous disons « Le Christ est ressuscité ! » et recevons la réponse qui confirme dans le dialogue la foi en la Résurrection : « En vérité Il est ressuscité ! ».
Toute la Tradition de l’Église montre que le temps de la Résurrection est le temps où nous reconnaissons que Dieu, dans Sa miséricorde, a guéri les plaies du péché et tout ce que nous avons confessé au bon moment et dont nous nous sommes défaits est pardonné. Le temps de la Résurrection doit être donc compris comme une conséquence naturelle du temps du repentir.
La tradition de l’Église a souligné l’importance de cette compréhension en établissant dans le calendrier ecclésial des périodes spécifiques, chacune avec son contenu et son message. Le temps du repentir est marqué par des hymnes spécifiques, des agenouillements, de grandes prosternations, une ascèse plus rigoureuse, et le temps de la Résurrection est célébré par la joie de la communion qui surgit de la présence du Christ au milieu de nous.
Le 1er Canon de Saint Denis d’Alexandrie nous montre que l’humiliation de l’âme passe par l’abstention de nourriture, jusqu’au moment de la fête de la Résurrection. Le Canon 15 de Saint Pierre d’Alexandrie, le Canon 20 du Ier Concile Œcuménique, le canon 91 de Saint Basile le Grand, le canon 90 Trulan nous montre que dans la période de la Résurrection on ne s’agenouille pas, puisque le corps participe également, par sa position orientée vers le ciel, à la joie de cette Solennité.
En même temps, ce qui est spécifique à cette période n’est pas seulement l’absence d’agenouillement mais aussi le remplacement du repentir par la conscientisation de la participation personnelle à la Résurrection du Christ et la valorisation du pardon.
En tant que membre de l’Église, Corps du Christ, chaque chrétien participe directement à la Résurrection et prend part au Royaume en retrouvant l’état de l’homme élevé à sa beauté primordiale1. Saint Basile le Grand nous dit à ce propos : « au jour de la résurrection, par la position de la prière (absence de l’agenouillement n.n.) non seulement nous nous rappelons la grâce qui nous a été donnée, comme à ceux qui ressuscitent avec le Christ et qui ont le devoir de chercher les choses d’en haut, mais aussi nous vivons en quelque sorte l’image du siècle attendu. » Par conséquent la station debout, le regard porté vers le haut, les chants de gloire sont le signe de la participation directe à la Résurrection, œuvre qui comprend tout le corps ecclésial et chaque membre individuellement. Pour cette raison, durant la période de la Résurrection on ne chante dans l’Église aucun chant de repentir, et au lieu de cela on proclame le triomphe de la Vie sur la mort.
Dans la continuité logique de cette pratique, en partant des paroles de Saint Jean Chrysostome que nous écoutons pendant la nuit de la Résurrection, nous comprenons que le temps pascal n’est pas un temps de repentir : « Que nul ne se lamente sur ses fautes, car le pardon s’est levé du tombeau. Que nul ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous a libérés. Il a détruit la mort, celui qu’elle avait étreint. »2.
D’autre part, il est important de ne pas faire une association forcée du jeûne avec le repentir et l’affliction pour les péchés, et de l’absence de jeûne avec l’interdiction absolue de la préoccupation pour la consolidation de notre restauration en Christ. Le Sauveur montre que l’association du repentir avec l’affliction, la lamentation sur le péché, n’est pas en cohérence avec la Nouvelle Alliance : « Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. » (Matthieu 6, 16). La sobriété est un état d’équilibre naturel de l’homme qui maîtrise les penchants de ses instincts mais prend soin des besoins quotidiens dans la sobriété : «Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage... » (Matthieu 6, 17).
Même si le temps de la Résurrection n’est pas un temps de repentir, le Canon 66 Trulan nous témoigne que : « Il convient que les chrétiens, à partir du saint jour de la Résurrection du Christ notre Dieu et jusqu’au dimanche suivant, passent sans cesse toute la semaine dans les saintes églises, avec des psaumes, des hymnes et des chants spirituels, en se réjouissant et en célébrant en Christ, en se consacrant à la lecture des divines Écritures et en se délectant des Saints Sacrements. Car c’est ainsi que nous allons être ressuscités et élevés avec le Christ... ». La tradition de l’Église a prolongé ce vécu jusqu’au Dimanche de la Pentecôte, lorsque, après les vêpres, nous assumons à nouveau l’agenouillement par un rite spécifique.
Le temps de la Résurrection est par conséquent une période de manifestation explicite de la communion avec le Christ Ressuscité, en tant que participation personnelle à la Résurrection.
Comment peut-on concilier cette recommandation de communion constante avec le commandement de ne pas pleurer sur nos péchés ?
La préparation pour la Sainte Communion ne s’accomplit pas seulement par la confession en tant qu’acte pénitentiel mais aussi par la constance du progrès spirituel béni par l’Église dans le dialogue avec son père spirituel, assumé comme une confession perpétuelle. Ainsi, même s’il y a un temps pour la lamentation, la période de la Résurrection n’est pas une période où l’on abandonne le souci de croître spirituellement. C’est un temps d’enrichissement par la communion aux lumières qui nous guident, qui se trouvent dans les vies de ceux qui font l’expérience féconde de la foi. C’est le sens du canon 66 Trulan, qui nous exhorte à communier, pendant la période pascale, à la compréhension des choses d’en haut, dans la communion de l’Église.
Dans ce sens, pendant la période de la Résurrection, à partir de la Sainte Fête de Pâques et jusqu’à la Descente du Saint Esprit, il convient que l’homme, préoccupé par sa croissance spirituelle, se prépare pour la communion en se nourrissant de la Parole des Écritures et des Saints Pères, de la sagesse de la tradition liturgique, de la parole des pasteurs, du conseil spirituel, en vivant ainsi une préparation pour la Communion au-delà de la lamentation pour le péché et de l’agenouillement.
Dans cette période, nous pouvons assumer le fait que l’absolution et la bénédiction pour la Communion données par le père spirituel peuvent être aussi le fruit du conseil spirituel éclairé par la Joie de la Résurrection, une confession perpétuelle, éclairée par l’esprit de la filiation spirituelle.
P. Patriciu VLAICU
Notes :